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Poutine peut-il déclencher seul une attaque nucléaire?

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Vladimir Poutine avec le ministre russe de la Défense et le chef d’état-major des armées, les trois hommes ayant accès à l’arme nucléaire.

À la tête de l’État russe, trois hommes ont accès à l’arme nucléaire. Vladimir Poutine, mais également son ministre de la Défense et le chef d’état-major des armées.

Dimanche dernier, aux côtés de son ministre de la Défense Sergueï Choïgou et de son chef d’état-major des armées Valéri Guérassimov, le président russe Vladimir Poutine a déclaré à la télévision “mettre les forces de dissuasion de l’armée russe en régime spécial d’alerte au combat”. Des “forces de dissuasion” composées notamment d’armes nucléaires.

Sur les réseaux sociaux, les observateurs ont pointé du doigt la mise en scène de l’annonce. Sergueï Choïgou et Valéri Guérassimov, les deux hommes les plus importants dans la hiérarchie militaire russe, étaient tenus à bonne distance du chef du Kremlin, à l’autre bout d’une longue table de réception, non sans rappeler le traitement réservé à Emmanuel Macron lors de sa dernière venue à Moscou.

Aval du chef d’état-major et du ministre de la Défense

Depuis le début de l’invasion russe en Ukraine initiée le 24 février par Vladimir Poutine, ce dernier est présenté comme un homme isolé et paranoïaque. Dans ces conditions, pourrait-il à lui tout seul lancer une attaque nucléaire, après avoir placé ses “forces de dissuasion” sous “régime spécial d’alerte au combat”?

“Il paraîtrait qu’il (Vladimir Poutine, ndlr) est quelque part en Sibérie, dans un bunker. C’est un homme assez complexe, ce qui est sûr, c’est qu’il est devenu paranoïaque. Au début de son règne en 2000, ce n’était pas le cas. Il faisait un tout petit peu attention à l’opinion de l’Occident. Aujourd’hui, il se moque éperdument de tout”, a analysé ce mardi sur BFMTV Hélène Blanc, politologue au CNRS et spécialiste du monde russe.

Dans les médias, les experts indiquent que le protocole exact de déclenchement d’une attaque nucléaire russe reste inconnu. “Les experts s’accordent pour dire que nous ne connaissons pas précisément le protocole”, indique dans les colonnes du Parisien Benoît Pelopidas, professeur à Sciences Po et auteur de l’ouvrage Repenser les choix nucléaires.

Puis d’ajouter que le chef d’État russe “semble avoir l’autorité de donner l’ordre. Mais le processus serait collégial. Il l’était du temps de l’Union soviétique”.

C’est en tout cas ce qu’avance dans L’Express Benjamin Hautecouverture, chercheur à la Fondation pour la recherche stratégique, spécialiste du nucléaire. Pour lui, l’idée selon laquelle Vladimir Poutine pourrait “appuyer seul sur le bouton rouge, dans un moment de folie digne du docteur Folamour”, est erronée.

“Le pouvoir nucléaire ne marche heureusement pas comme ça, même en Russie. Le dispositif de communication crypté destiné à ordonner le lancement d’une frappe nucléaire fonctionne en coordination avec le ministre de la Défense et le chef d’état-major des armées. C’est l’action combinée de ces trois personnes qui peut déclencher le feu nucléaire”, détaille-t-il dans L’Express.

Le cas de Valéri Guérassimov

En clair, si Vladimir Poutine venait à décider de lancer une frappe atomique, il aurait besoin de l’accord de Sergueï Choïgou, son ministre de la Défense, et du chef d’état-major des armées russes, Valéri Guérassimov. Le profil de ce dernier est intéressant. Nommé chef d’état-major en 2012, il est présenté comme le théoricien de la “guerre hybride”, une doctrine présentée comme incompatible avec l’usage de l’arme nucléaire.

Cette pratique de la “guerre hybride” entend s’en prendre à l’ennemi de manière détournée et sans contact direct. Les médias RT et Sputnik, qui viennent d’être interdits en Europe à la suite de l’invasion russe de l’Ukraine, sont des dérivés directs de cette notion. Une doctrine peu compatible avec l’emploi d’armes nucléaires. Valéri Guérassimov pourrait donc, si une frappe atomique venait à être décidée, opposer son refus à son emploi. Reste à connaître sa marge de manœuvre face à Vladimir Poutine.

Sur BFMTV-RMC ce matin, Vladimir Fédorovski, ancien diplomate russe, a décrit le maître du Kremlin comme un homme “psychorigide”. Vladimir Poutine, “c’est un enfant de la rue. Il a failli aller en prison. C’est quelqu’un de psychorigide, qui va jusqu’au bout. Il se bat”, a-t-il avancé.

Un risque minimisé par la Maison Blanche

Le risque d’une frappe nucléaire venant de la Russie semble en tout cas toujours très hypothétique.

Dans L’Express, Benjamin Hautecouverture rappelle que “Vladimir Poutine évoque l’augmentation de l’état d’alerte de la force de dissuasion. Il n’évoque pas une menace d’emploi, c’est très différent”.

Jules Fresard

bfmtv.com