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conflit russo-ukrainien : L’Afrique et la hausse du prix du blé

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Plusieurs pays africains importent du blé de Russie et d’Ukraine pour nourrir leur population. L’Ukraine en guerre cesse ses exportations de blé. Moscou suspend ses exportations vers les pays qu’elle juge hostiles à la Russie. Les prix des céréales s’envolent. Quelles sont les répercussions sur les économies et les sociétés africaines ? Tour d’horizon.

Le 24 février la Russie envahit l’un des greniers à blé de l’Europe. les cours du blé s’envolent. La tonne de blé s’échange à près de 300 dollars sur les marchés mondiaux.  ​C’est du jamais-vu depuis 2011, année des printemps arabes.

Depuis le début du conflit russo-ukrainien, le continent africain tout entier est directement concerné par cette flambée. En Afrique, de nombreux pays importent chaque année des tonnes de blé d’Europe. Du blé tendre, utilisé essentiellement pour fabriquer du pain, et du blé dur, base de la composition des pâtes notamment.

Les pays d’Afrique du nord extrêmement dépendants du blé russe ou ukrainien

Principal importateur de céréales en Afrique, l’Égypte a acheminé près de 13 millions de tonnes de blé en 2021. Cette année-là, 85% de ses importations venaient d’Ukraine ou de Russie. “La Russie et l’Ukraine étaient nos principaux fournisseurs de blé”, a reconnu le Premier ministre égyptien Mustafa Madbouly début mars.

En Egypte le pain est subventionné. Plus 60 millions de personnes sur les 100 millions d’habitants reçoivent cinq miches par jour dans le cadre d’un vaste programme de subventions. Mais dans les commerces, le poids de la galette distribuée aux plus modestes a diminué. Les boulangers face à la hausse des prix utilisent moins de farine.

L’Algérie est le pays du Maghreb qui achète le plus de blé à l’étranger chaque année. Alger en a importé entre 7 et 11 millions de tonnes l’an passé. Si la France a longtemps été son principal fournisseur, aujourd’hui, le géant maghrébin dépend très largement des importations russes et ukrainiennes.

Les ressources budgétaires du pays et donc les subventions des biens alimentaires sont liés à sa  dépendance exclusive aux hydrocarbures. Le pays vient de mettre fin aux subventions généralisées sur les produits de base. Ce mécanisme d’aides de l’État, qui existait depuis plusieurs années, permettait aux familles algériennes d’acheter des denrées de premières nécessités dans les commerces à moindre prix. La hausse des prix du pétrole pourrait donner plus de marges de manœuvres budgétaires au pays.

Vers une aggravation de la pénurie au Maroc et en Tunisie ?

Plus de 4.5 millions de tonnes de blé ont été importées au Maroc en 2021. 36% d’entre elles venaient de Russie (25%) et d’Ukraine (11%). Cette année, le royaume traverse une période de sécheresse accrue. La production de céréales du pays devrait baisser. Le pays devra avoir encore recours aux importations.

Mais la crise russo-ukrainienne a poussé les autorités à se procurer des céréales auprès d’autres pays. Selon le gouvernement marocain, les céréales pourraient être “facilement importé(e)s de l’Union européenne ou de n’importe quelle autre région”.

Le Maroc dispose de stocks de blé pour couvrir cinq mois de consommation après avoir reçu la plupart de ses commandes de l’Ukraine avant le début du conflit, a déclaré Abdelkader Alaoui, chef de la fédération nationale de la minoterie (FNM).

Le pain sera-t-il subventionné ?

Plusieurs associations de consommateurs, dont la Fédération nationale des associations de consommateurs (FNAC) et la Fédération marocaine des droits des consommateurs (FMDC), ont organisé des mouvements pour demander au gouvernement de prendre ses responsabilités face à la hausse des prix.

La Tunisie, elle aussi très dépendante de l’étranger pour son alimentation, notamment pour le blé, enregistre ces dernières semaines une pénurie de nombreux aliments de base.

Le riz, la semoule, le sucre et la farine viennent à manquer et la guerre en Ukraine accroît les difficultés du pays. En février, Tunis a entamé des discussions préliminaires avec le Fonds monétaire international (FMI) pour obtenir plusieurs milliards de dollars de prêts et tenter de préserver son économie lourdement endettée.

Les pays subsahariens touchés par la hausse des prix

Plusieurs pays d’Afrique subsaharienne sont également concernés par un possible gel des importations de blé originaires de Russie et d’Ukraine. Le Nigeria, pays le plus peuplé du continent africain et le Soudan, qui importent respectivement 5.5 millions et 3 millions de tonnes de blé par an, sont en tête.

Au Nigeria, premier pays de producteur de pétrole en Afrique, le gouvernement a déjà puisé dans ses réserves pour pallier hausse du cout de la vie. En début d’année, avant l’offensive russe en Ukraine, la présidence nigériane a annoncé renoncer à la suppression des subventions sur l’achat des carburants, une mesure extrêmement populaire dans le pays.

Au Nigeria, l’inflation portée par une forte augmentation des prix des biens alimentaires a fait basculer environ 7 millions de personnes de plus dans la pauvreté, selon la Banque mondiale en 2021. En 2021, le Nigeria selon l’agence Reuters a augmenté ses importations de blé de plus de 8%. Son grenier à blé se trouve non loin du lac Tchad, région occupée par des groupes djihadistes.

La pénurie de blé causé par la guerre en Ukraine risquerait même d’aggraver la malnutrition dans ce pays qui compte 206 millions d’habitants. L’organisation des Nations unies pour l’alimentation (FAO) doit rencontrer à Abuja le président Buhari, du  15 au 17 mars prochains, dans l’espoir de “renforcer les efforts” pour nourrir les habitants de l’Afrique de l’Ouest.

Le prix de la baguette s’envole au Sénégal

Au Sénégal, pays qui importe la moitié de son blé de Russie, les inquiétudes autour du prix du pain sont également ressenties par la population. Depuis plusieurs années, le gouvernement plafonne le prix de la baguette de pain, qui est actuellement à 175 francs CFA, soit 0.27 centimes d’euros. L’exécutif sénégalais n’a pas encore annoncé s’il reviendrait ou non sur ce dispositif.

Au Gabon, la flambée des cours du blé a été fulgurante. Au lendemain de l’entrée en guerre de la Russie contre l’Ukraine, le sac de farine de 50 kg a augmenté de 3 000 francs CFA, passant de 16 000 à 19 000 francs CFA. Cette augmentation brutale a entraîné une baisse rapide des stocks disponibles.

“Malgré la flambée des cours du blé, nous avons convenu avec nos partenaires, de maintenir le prix de la baguette de pain à son niveau actuel”, a déclaré le Premier ministre du Gabon Rose Christiane Ossouka Raponda en février. Depuis, les boulangers gabonais ont été autorisés à vendre une demi-baguette de pain pour prévenir toute pénurie.

Risque de famine à l’échelle mondiale

Le Programme alimentaire mondial (PAM), de son côté, dit craindre une crise alimentaire dans les régions affectées par la guerre en Ukraine. L’institution alerte aussi contre des risques de famine aggravée dans le monde. Une famine jugée “imminente”, en raison de l’interruption de la production et des exportations de céréales russes et ukrainiennes.

Selon l’Organisation des Nations unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO), huit à 13 millions de personnes pourraient souffrir de sous-nutrition dans le monde en cas d’arrêt des exportations alimentaires de l’Ukraine et de la Russie

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