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Sénégal, une forteresse démocratique qui tangue

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Il était une fois, un pays nommé Sénégal qui refuse de s’inscrire dans les coups d’Etat récurrents en Afrique. À présent, le Sénégal retient son souffle car 2024 nourrit des inquiétudes et le bateau est loin des rivages

Il était une fois, un pays nommé Sénégal qui refuse de s’inscrire dans les coups d’Etat récurrents en Afrique.

Senghor, le premier Président, était contesté mais, restait solide et faisait la fierté de son pays. Les sénégalais aimaient dire que lorsque leur Président téléphonait à ses homologues africains, ces derniers demandaient à leurs collaborateurs d’apporter un dictionnaire pour saisir le contenu des paroles de cet amoureux des Lettres. Il régna presque 20 ans et mis en exergue un début de démocratie avec 4 partis politiques. Il fallait bien qu’il y ait des partis de droite, de gauche, d’extrême gauche et libéral. C’était un enfant nourri de la culture française et chantre de la négritude. Ce catholique était adulé par les confréries religieuses.

Il était une fois, un Président africain qui démissionne pour la première fois et cède sa place à son Premier ministre, Abdou Diouf et les sénégalais commencent à revendiquer une réelle démocratie et le font savoir dans la rue avec véhémence. Abdou Diouf, commis de l’Etat, semble gérer les affaires avec dignité, le Sénégal reste zen… pas de coup d’Etat mais des coups d’éclat. Oui, c’est une première alternance au Sénégal : Abdoulaye Wade est élu. Vite, il faut sauver le Sénégal, Diouf l’appelle pour le féliciter le soir même. DIAM REK (La paix seulement) Il était une fois… le nouveau Président économiste et libéral, rebat les cartes. Tout est possible, les chantiers voient le jour : les routes improbables, l’autoroute, les universités sortent de terre. Dakar devient invivable et les immeubles fleurissent sans réel plan d’occupation des sols.

Il était une fois… ça commence à se gâter. Le Président de la République nomme son fils adoré et ses parents au sommet du pouvoir. Il est tout puissant et décide de se représenter à un troisième mandat illégal. Il dit à qui veut bien l’entendre : «Oui, je me dédis, je me représenterai pour un troisième mandat».

Il était une fois… les sénégalais disent «chiche». Ils le mettent à la retraite tardive à Versailles et élisent son ex-Premier ministre qui vivait dans l’humiliation. DIAM REK SENEGAL.

 Il était une fois…en 2012, Macky Sall arrive et veut créer la rupture : «la patrie avant le parti, les religieux sont des sénégalais à part entière. Economiquement, il semble suivre les traces de son mentor. Le pays est en chantier, il bosse dur… il nomme également ses proches à des postes prestigieux, c’est le fils spirituel de Wade.

Il était une fois… un fait marquant dans la démocratie sénégalaise : en 2017, Macky Sall est confortablement réélu au premier tour mais certains grands candidats de l’opposition ne le félicitent pas. La situation politique au Sénégal se tend, l’opposition se crispe, le pouvoir sort ses griffes et 2021 devient l’année horrible que le Sénégal n’a jamais connu : 14 morts suite à des manifestations.

Maintenant…le Sénégal retient son souffle car 2024, l’année de l’élection présidentielle, nourrit des inquiétudes et le «bateau» est loin des rivages.

Le Sénégal restera-t-il une forteresse démocratique malgré les turpitudes, et se ressaisira-t-il, comme d’habitude, pour sauver son image de pays singulier en Afrique ? La décision appartient au seul maître à bord, Macky Sall, pour l’inscrire définitivement au Panthéon des pays démocratiques.

Par Alassane Thiam