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Que reste-t-il du G5 Sahel, orphelin de ses pères fondateurs ?

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Que reste-t-il du G5 Sahel, orphelin de ses pères fondateurs ?

Lancée le 2 juillet 2017 à Bamako devant le président français Emmanuel Macron pour lutter contre le terrorisme, la force conjointe du G5 Sahel (Mauritanie, Mali, Niger, Burkina Faso et Tchad) devrait former 5 000 soldats des cinq pays impliqués pour mener à bien cette mission. Près de 5 ans après sa mise en œuvre, la force peine à relever le défi. Conséquences : des coups d’Etat qui se justifient par la progression de la menace terroriste. Sans oublier la disparition de deux de ses pères fondateurs. Que reste-t-il donc de l’initiative ?

ace à la dégradation de la situation dans le nord et le centre du Mali, limitrophe du Burkina Faso et du Niger, gagnés à leur tour par les violences djihadistes, les cinq pays du G5 Sahel (Mauritanie, Mali, Niger, Burkina Faso et Tchad) ont décidé, lors d’un sommet en février 2017, de réactiver le projet de création de cette force.

Cette initiative lancée en juillet 2017 a depuis reçu le soutien de l’Union africaine (UA), de l’Union européenne (UE). Puis le 21 juin dernier, le Conseil de sécurité de l’ONU a adopté à l’unanimité la résolution 2359, où il se félicite du “déploiement de la Force conjointe du G5 Sahel (FC-G5S) sur l’ensemble du territoire des pays qui y participent, avec des effectifs en personnel militaire et personnel de police pouvant aller jusqu’à 5.000 personnes”.

Son rôle premier est de reconquérir et de sécuriser les zones où les groupes extrémistes mènent “des actions par surprise”. Le G5 Sahel a déjà un quartier général, à Sévaré au Mali, et a eu à mener une première opération dans la zone des “trois frontières” entre Mali, Niger et Burkina Faso, mais manque toujours cruellement de financements.

Quelques dates clefs

6 Février 2017 : Création d’une force conjointe décidée
Les pays membres du G5 Sahel décident lors d’un sommet organisé en février 2017, dans la capitale malienne Bamako, de réactiver le projet de création de cette force conjointe, déjà évoqué en 2015. Une décision prise dans un contexte de dégradation de la situation dans le centre du Mali, limitrophe du Burkina Faso et du Niger, gagnés à leur tour par les violences djihadistes. L’initiative reçoit le soutien de l’Union africaine (UA) et de l’Union européenne (UE).

 Juin 2016 : Première résolution adoptée à l’ONU
La France présente en juin 2016 un projet de résolution au Conseil de sécurité de l’ONU autorisant le déploiement d’une force militaire africaine chargée de combattre les jihadistes et les trafiquants de drogue dans le Sahel. Au terme de quinze jours de discussions âpres en raison des réticences américaines, cette résolution est finalement adoptée à l’unanimité. Ce premier texte est “a minima” : si le soutien est politique, le financement reste toujours en question.

Juillet 2017 : lancement officiel
Le sommet du G5 Sahel s’est tenu dimanche 2 juillet 2017, à Bamako, au Mali, en présence des chefs des États impliqués et celle de président français Emmanuel Macron. «Ce sera à vous et à vos armées de convaincre que le G5 peut être efficace, dans le respect des conventions humanitaires. Les résultats doivent être au rendez-vous pour convaincre nos partenaires», déclarait Macron au rendez-vous qui marquait le coup d’envoi de la création de cette force militaire conjointe.

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Outre Emmanuel Macron, le défunt président malien, Ibrahim Boubacar Keïta, accueillait ce sommet, ses pairs Idriss Déby Itno (Tchad, mort en avril 2021), Mohamed Ould Abdelaziz (Mauritanie, en fin de mandat), Roch Marc Christian Kaboré (Burkina Faso, déchu par un coup d’Etat) et Mahamadou Issoufou (Niger, en fin de mandat).

IBK qui assurait la présidence tournante du G5 Sahel, après le lancement, avait commencé des tournées pour mobiliser ses paires. En septembre 2017, le défunt président malien avait rencontré Idriss Deby à N’Djamenan, Roch Marc Christian Kaboré au Burkina. Mais avant il avait eu un tête à tête avec son homologue mauritanien Mohamed Abdelaziz qui était la veille à Niamey où il s’était entretenu avec Mahamadou Issoufou.

Un an après, IBK a cédé sa place à Mahamadou Issoufou devenu le nouveau président en exercice du G5 Sahel pour un mandat d’une année. Roch Marc Christian Kaboré du Burkina Faso qui a pris le flambeau après Issoufou se trouve aujourd’hui entre les mains des putschistes.

Bien qu’il ait cédé sa place au maréchal Idriss Déby Itno pour l’année 2021, l’ex-homme fort du Tchad, est mort en avril 2021 des suites de blessures au front contre des rebelles qui aussi tentaient de le renverser, laissant ainsi la présidence à son fils, le général Mahamat Idriss Deby Itno.

Le général Mahamat Idriss Deby Itno n’a pas fait mieux que de retirer 600 soldats de la force du G5 Sahel sur les 1 200 déployés dans le cadre de la lutte anti-terroriste. Il a justifié cette décision par des raisons “stratégiques pour s’adapter au mieux à l’organisation des terroristes”. L’on se pose mille et une question sur ce qui reste de la force conjointe avec la configuration actuelle.

Ce retrait intervient au moment la menace terroriste qui plane depuis plusieurs années sur la région du Sahel s’intensifie. Aujourd’hui, même si des progrès ont été faits en termes d’organisation et de résultats opérationnels, la situation sécuritaire reste toujours préoccupante au Sahel. Elle est marquée par des coups d’Etat au Mali et récemment au Burkina Faso et se justifient par la montée en flèche des attaques terroristes. 

Au Sahel, les groupes armés ont non seulement prospéré entre pays de la région, mais ont aussi fait preuve d’une capacité d’intégration finalement supérieure à celle des Etats qu’ils attaquent. Animés par une cause commune, ils ont su, mieux que les nations, engrener des rouages locaux, régionaux et internationaux

L’histoire semble donner raison à Crisis Group  qui estimait que le G5 souffre « d’un manque d’autorité politique », car aucun des dirigeants des pays membres n’ayant l’ascendant sur les autres pour dicter une direction commune. Les cinq membres du G5 ne partagent pas la même opinion sur le déroulement des opérations dans le temps, disait Crisis Group dans un rapport en décembre 2017.

SALIF SAKHANOKHO