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PROFIL DE CAS: Mali/Mauritanie. Insécurité dans «l’insécurité» ?

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PROFIL DE CAS : Mali/Mauritanie. Insécurité dans « l’insécurité » ?

« Le Mali est un pays frère et voisin. Il  traverse en ce moment  une crise politique et sécuritaire et  la Mauritanie est disposée à contribuer à la solution de ce problème mais seulement dans l’intérêt du peuple malien  et dans le cadre d’une concertation internationale et régionale ».

Cette déclaration est celle du porte-parole du  gouvernement qui  avait exprimé fidèlement et clairement la position du Gouvernement mauritanien par rapport à la situation qui prévaut au Mali pays voisin lié à notre pays par l’histoire, la géographie, des intérêts politiques, économiques et religieux.

Par trois fois, -en  abordant la question sous différents angles-, le Ministre Moctar Ould  Dahi est resté cohérent avec lui-même, clair et précis dans ses explications.  « Nous suivons attentivement ce qui se passe et nous prêtons attention à toutes les informations qui circulent sur les réseaux sociaux».

Seulement, le ministre porte-parole du gouvernent ne répondait  pas précisément à la question que posait un journaliste. La question était de savoir si : « les derniers événements survenus au Mali en rapport avec la situation sécuritaire pour les mauritaniens qui se rendent dans ce pays ne signifient pas une dégradation  des relations » ?

Des signes  avant-coureurs ?

Dans une vidéo mise en ligne quelques heures après le massacre des sept mauritaniens égorgés  (dans des scènes filmées et publiées), un habitant  de la ville d’Adel Bagrou déclarait que son véhicule Toyota  Pic Up saisi par les FAMA circulait  à Nara avec une mitraillette montée dessus. Ce qui suppose donc que les forces armées maliennes se sont appropriées ce véhicule ou qu’elles l’ont réquisitionné de force.

Et,  comme on le savait donc, sept mauritaniens ont été cruellement  assassinés de sang-froid. Suite à  ces deux événements, 16 mauritaniens qui étaient retenus aux mains des forces armées maliennes avaient été libérés ce qui suppose donc qu’ils étaient détenus.

Voilà quelques cas qui illustrent évidemment parfaitement bien que les mauritaniens ne « sont peut-être plus » vraiment en sécurité dans certaines parties du territoire malien. Ce n’est d’ailleurs plus un secret pour personne. Le wali du Hodh Echarghi, (selon certaines informations) aurait tout récemment effectué une tournée dans la  zone frontalière avec le Mali justement au niveau d’Adel Bagrou, localité dont certaines  familles ont perdues des membres dans le massacre des  mauritaniens. Une tournée pas comme les autres puisqu’elle avait pour but de sensibiliser les riverains du Mali sur les problèmes liés à  la sécurité.

Dans une vidéo qui circule sur les réseaux sociaux,  un habitant  d’Adel Bagrou en  parlant de l’assassinat des sept  mauritaniens retrouvés égorgés et  enterrés avec neuf  peulhs dans une fosse commune pointe du doigt des éléments des forces armées maliennes et tient  celles-ci responsables de ce massacre qui est pourtant étranger aux méthodes militaires qui peuvent  massacrer  par rafales mais pas en égorgeant.

Dans sa déclaration, ce citoyen loue les très bonnes relations que les populations d’Adel Bagrou entretiennent avec les peulhs du Mali qui, affirme-t-il, n’ont jamais eu de problèmes avec des mauritaniens et vivent en très bonne intelligence avec eux.

Et si c’était justement là le problème ?

Les habitants d’Adel Bagrou sont quasiment tous éleveurs de pères en fils. C’est pourquoi d’ailleurs cette localité est considérée comme  l’épicentre de l’élevage extensif de la Mauritanie. Depuis des générations les populations d’Adel Bagrou entretiennent de très bonnes relations avec leurs voisins peulhs du Mali,  des éleveurs par tradition ancestrale, qui sont très nombreux dans la zone. Les deux communautés (maures et peulhs) ont des intérêts réciproques dans cette cohabitation pacifique qui encre ses racines dans des relations de complicités économiques. Les peuls sont de très bons gardiens de troupeaux  et les maures des éleveurs dont les animaux traversent de l’autre côté de la frontière  les périodes de soudure à la recherche de pâturages plus luxuriants.

Seulement, voilà. Les FAMA (Forces Armées Maliennes) sont en guerre avec des groupes armés qui sont aussi bien du nord que  du  centre du Mali. En 2018, 58 attaques ont fait plus de 500  morts au sein des communautés peulhs du Mali. 

En mars 2019, le chercheur malien Baba Dakono, avait expliqué dans la revue Le Monde que les massacres des  peulhs au Mali ont lieu dans des localités où historiquement les groupes socioprofessionnels ont des rapports conflictuels. Il évoquait le cas des peulhs et des chasseurs.

La situation  s’est aggravée  en prenant de nouvelles formes de violences extrémistes  à cause de la présence de multiples groupes armés notamment,  la Katiba Macina et les hommes des réseaux de trafiquants d’armes et de drogue  qui opèrent le long des frontières, particulièrement la vertébrale qui sépare le Mali de la Mauritanie.

Le problème de l’insécurité au Mali n’est pas nouveau. Il a commencé en 2012. A cette date, le MUJAO (Mouvement pour l’Unicité et le Djihad en Afrique de l’Ouest) avait pratiquement pris possession de toute la zone de Douentza. Mais à cause de la campagne militaire de la coalition franco-africaine lancée en janvier 2013, le groupe MUJAO avait replié. Et, dans son repli  vers l’extrême nord du Mali et vers la frontière mauritanienne, le groupe  avait abandonné d’importantes quantités d’armes et  de munitions dans certaines localités qui leur servaient de bases. 

Ces armes ont  été récupérées par des éleveurs et par des éléments qui se sont plus tard constitués en groupes d’autodéfenses communautaires. Les renseignements militaires ont révélé très tôt d’ailleurs qu’il existait depuis cette date un important trafic d’armes entre le Mali et certains pays voisins, un trafic qui empruntait un axe partant du nord vers le centre. 

Un changement de comportement des mauritaniens qui tarde à venir.

La problématique qui se pose pour les autorités mauritaniennes, c’est celle d’arriver à faire comprendre  à nos  populations des zones de proximité frontalière avec le Mali, que ce pays fait actuellement face à des très graves et sérieux problèmes sécuritaires de tous genres. Et que, ces populations mauritaniennes doivent éviter de « s’inscrire » pour quelles raisons que ce soit, dans l’établissement de relations de quelles natures qu’elles  soient avec des personnes ou des groupes, qui peuvent constituer une menace pour leur propre sécurité et celle de leurs biens. 

Donc, un appel des autorités administratives et sécuritaires pour un  changement de comportement que les habitants des localités mauritaniennes enclavées en bordure de la frontière malienne ont du mal à appliquer malgré toutes les consignes de sécurités données et parfois imposées.

L’assassinat  des sept mauritaniens. Un flou toujours flou.

Les autorités mauritaniennes refusent de se poser la question  (qu’elles  doivent normalement se poser), celle  de savoir pourquoi sept  mauritaniens ont été « égorgés »  à l’intérieur du territoire malien. Le ministre, porte-parole du gouvernement, Moctar Ould Dahi se veut rassurant et dit qu’une enquête est en cours et que les autorités mauritaniennes qui émettent sur la même fréquence que les autorités maliennes,  attendent les conclusions de cette enquête. Evidemment  c’est une esquive très diplomatique et très intelligente du porte-parole du gouvernement qui persiste et signe pour dire que le gouvernement n’a rien à cacher à personne même si lui, quand même, ne dit pas tout ce qu’il sait et qui suscite notre  curiosité nous autres journalistes.

Il faut quand même reconnaitre, comme l’a laissé comprendre le porte-parole du gouvernement,  que ces questions sécuritaires doivent être abordées avec beaucoup de prudence. Cela  aussi bien dans  l’intérêt de la Mauritanie que dans celui  du Mali, deux pays intimement et étroitement liés par différents  et nombreux intérêts dont notre pays tire beaucoup  d’avantages, particulièrement dans le domaine de l’élevage, de l’agriculture et du commerce. 

Il ne faut pas oublier par exemple que la Mauritanie importe tout le bois dont elle a besoin de la Cote d’Ivoire et que ses camions transitent par  le territoire malien pour repartir au Mali surchargés de produits de consommation de premières nécessités ce qui gonfle considérablement les recettes de nos sociétés commerciales.   

Il ne faut pas oublier par ailleurs que dans le domaine sécuritaire, les autorités maliennes évaluent à sa juste valeur le capital important que la Mauritanie apporte en matière de sécurité pour réduire considérablement les risques auxquels fait face le Mali, pays dans l’incapacité de verrouiller sa frontière Nord Est dans l’angle de  Cheguatt,  ce véritable casse-tête pour l’armée malienne. C’est la Mauritanie qui « goupille » militairement cette zone,  véritable « grenade offensive » qui, si elle  explosait va ouvrir une brèche pour  laisser « circuler librement »  des  armes, des minutions et toutes sortes de trafiquants.

Il ne faut pas oublier aussi que depuis les années de l’indépendance et bien auparavant, ces autorités  maliennes, sont assurées de la stabilité sur leur territoire au niveau du « triangle des Bermudes  de l’insécurité»,  (la zone comprise  entre Nara, Nampala et Goudam, dans la pointe Sud-Est) grâce  aux très bonnes relations qui ont toujours été entretenues entre les autorités maliennes et les chefs guerriers de la  puissante tribu des Oulad Daoud dont le dernier chef, Sidi Ould Hanena (le père de l’actuel N° 2 du régime, le puissant ministre de la défense)  a instauré un  climat de sérénité et d’entente entre  les populations maliennes  de Nara, Nampala, de Goudam et de Ras El Mâa au Mali et  celles de Bassiknou, Fassala néré, Amourj, Djigueni et Adel Bagrou en Mauritanie par une vraie politique de vivre ensemble de  non-agression et de bon voisinage.

Ould El Ghazouani, un grand espoir pour le Mali.

Le gouvernement mauritanien par la voix de son porte-parole a fait savoir  mercredi dernier  qu’il était « disposé à contribuer à la résolution de la crise que traverse le Mali dans le cadre d’une concertation régionale et internationale.»
Bonne nouvelle pour le Mali dont le ministre  des Affaires religieuses et du Culte, Mahamadou Koné, qui assistait  à Nouakchott aux assises de la deuxième édition de la Conférence Africaine pour la Paix dans le monde avait confié à la presse : “Nous comptons beaucoup sur la sagesse du président mauritanien Mohamed Ould Cheikh El Ghazouani pour sortir le Mali de la crise actuelle“. 

“Son Excellence Mohamed Ould Cheikh El Ghazouani, (que le ministre malien a qualifié de « sage » président »), a toujours soutenu la cause du Mali”, a ajouté le ministre  dans un entretien accordé à nos confrères d’Al Akhbar.

Mahamadou Koné, le ministre malien des affaires religieuses  dit beaucoup compter aussi, sur les chefs religieux et coutumiers de la sous-région pour  “joueur un  rôle de sensibilisation pour inviter les parties à l’apaisement”.

A l’apaisement,  les autorités mauritaniennes ont joué depuis le début de l’affaire des sept mauritaniens « égorgés ». Mais personne vraiment n’a cherché à savoir pourquoi ces mauritaniens ont été « égorgés » et pourquoi les scènes macabres ont été montrées dans des séquences filmées. Les mauritaniens tués s’étaient-ils impliqués dans des affaires auxquels ils sont étrangers ou ont-ils  payé le prix de leur rôle dans des activités de renseignements ? Personne n’a cherché de ce côté-là. Mais tout le monde le sait, ce genre d’exécution, (du déjà vu ailleurs) sert généralement à véhiculer un message. Si c’était le cas. Message de qui ? Adressé à qui ?

Quoiqu’i en soit, et en attendant que l’enquête  dont les conclusions seront partagées avec la Mauritanie apportent les réponses aux  questions posées à Ould Dahi au cours du point de presse et qu’il avait esquivées  très diplomatiquement, une chose est sure. Les assassins des sept mauritaniens et des neuf peulhs ont adressé un très sévère et clair avertissement. Pourquoi ? Et pour dire quoi ?

La réponse on la trouve  peut-être dans les consignes de sécurité données par le Wali du Hodh ECharghi qui a,  -suite aux événements survenus-,  fait du « localité-à-localité » le long de la frontière pour véhiculer un message. Celui de  demander aux populations d’observer la plus grande prudence et d’éviter des déplacements à l’intérieur du territoire malien  qui ne se justifient pas. 

Ce qui signifie ce que cela signifie.

Mohamed Chighali

Journaliste indépendant