Accueil Afrique Opinion -Assimi Goita: Admiration et peine

Opinion -Assimi Goita: Admiration et peine

PARTAGER

J’ai de l’admiration pour le jeune colonel qui affiche des allures de révolutionnaire. Son audace, son intrépidité et sa bonne volonté sont assez saisissantes.

Mais dans le même temps , j’ai de la peine pour le président malien. Qu’en sera-t-il de l’après Goita ou de la transition ? Pense-t-il réellement que les maliens s’assumeront comme lui le veut? Y aura t-il une continuité ?

Parceque ce n’est pas la première fois de voir vandanger des acquis révolutionnaires, il y a fort à parier que tout ce travail harassant, risquant et fatiguant ne soit remis en cause avec le régime politique post transition.

Le pire c’est que Goita et les siens pourraient même se retrouver à payer chère cette défiance à l’ordre mondial.

Il n’est pas exclu que les mêmes maliens les vouent aux gémonies et les traînent devant les juridictions nationales ou internationales pour X ou Y raison liée à la gouvernance du pays.

Personnellement, j’ai l’impression que les dirigeants maliens s’acheminent sûrement vers une désillusion monstrueuse. Avec eux une bonne partie du peuple qui légitimement est tout heureux au nom de ses aspirations de rêver grand avec Goita.

Mais, au regard de bien de réalités et parceque rien n’indique des garanties solides sur la durabilité des choix actuels par rapport à l’avenir, tout ceci risquerait d’être un sacrifice consentit à perte.

J’en veux pour preuve de mon incertitude le quasi mutisme et la passivité assourdissante de la classe politique malienne dans son ensemble sur les options qui sont faites. C’est tout de même curieux que les politiques donnent ce sentiment qu’ils observent sans le moindre mot . Aussi bien le M5 qui est devenu aphone presque que d’autres forces politiques de la scène. Pour se convaincre que tout cela est assez révélateur de quelque chose, les murmures dans certains cercles politiques laissent croire qu’une bonne partie des acteurs politiques n’attendent que la fin de la transition comme un cinéphile attendrait la fin d’un film ennuyeux.

Nous sommes peut-être ici face au contraire de l’adage selon lequel « qui ne dit mot, consent ».

L’indifférence ou le laisser-faire des politiques intrigue et peut renseigner sur l’aléatoire de tout ce qui se décide aujourd’hui par la transition et le sort qui attend cette politique de rupture avec les anciens partenaires entreprise par la junte.

Beaucoup de révolutionnaires et d’hommes d’état visionnaires aujourd’hui dans leur tombe, s’ils devaient revenir le temps d’une heure pour voir leurs nations, seraient sans doute dans la déception et la consternation. Car leur sacrifice a été multiplié par zéro. Après eux, leurs idées ont été travesties et les peuples sont allés dans le sens contraire.

Le modèle Kagame, demeure la bonne école pour nos leaders qui nourrissent l’ambition extraordinaire de transformer le continent ou leur pays en une journée et deux nuits.

En effet, comme dit Joseph Ki Zerbo « on ne développe pas, on se développe ». Nos peuples ont besoin d’être au cœur des dynamiques de changement. Quand ils se décident de changer, rien ne peut contre ni les arrêter. C’est le cas des Rwandais .

Sans Kagame , les Rwandais ne changeront pas les acquis de développement que eux-mêmes ont contribué à se doter.

Reste à espérer que les choix de Goita soient réellement les choix voulus et soutenus par le peuple malien dans sa globalité ? Que cela n’est pas en déphasage avec ce dernier.

Car, l’osmose peuple-leader reste la condition pour que le Mali de Goita reste le même Mali après Goita et de tous les présidents qui viendraient. Parceque le gardien suprême et infaillible des acquis du peuple c’est le peuple lui-même.

S’il arrivait que la transition malienne s’efface avec ses choix, chose à ne pas exclure, la question serait de savoir en quoi a consisté toutes ces années perdues en adversité extérieure, en tiraillements diplomatiques ainsi que tous ces sacrifices endurés par les populations.

Mais espérons que le Mali puisse être l’exception à la règle des retours à la case départ sur le continent.

Lookmann SAWADOGO

Journaliste éditorialiste

Auteur.