Accueil Uncategorized Législatives 2022 : la presse étrangère craint une France ingouvernable

Législatives 2022 : la presse étrangère craint une France ingouvernable

PARTAGER

– Au lendemain des élections législatives françaises, les médias étrangers soulignent le «revers historique» subi par Emmanuel Macron et la difficulté à gouverner sans majorité.

«Coup dur», «camouflet», «revers historique» ou «cuisante défaite», la presse étrangère a largement pointé ce lundi l’échec d’Emmanuel Macron à obtenir une majorité à l’Assemblée nationale. Et surtout, les médias étrangers craignent une France ingouvernable.

«L’instabilité politique s’invite en France», titre le quotidien québécois Le Devoir. Le président de la République réélu pour un second quinquennat mais «affaibli», devra faire face à des «blocages monstres» pour chacun de ses projets de loi, prévient le journal suisse Le Temps.

Après «une contre-performance notable», le parti présidentiel «sera très souvent empêché par une opposition très remontée et puissante», note le quotidien Genevoix qui évoque aussi le spectre de frondeurs de gauche ou de droite au sein de la majorité relative.

«Pour la première fois en 20 ans, un président nouvellement élu n’a pas obtenu la majorité absolue à l’Assemblée nationale», alerte de son côté le New York Time. «Cela n’arrêtera pas complètement l’agenda national de M. Macron, mais cela lui posera probablement de grandes difficultés pour faire adopter ses projets de loi», explique prudemment le journal américain qui note que le pouvoir est finalement recentré à l’Assemblée nationale, «après un premier mandat au cours duquel le style de gouvernement descendant avait été largement déprécié».

Tripartition du Parlement

Cette situation inédite, qui renvoie la politique française «vers une destination inconnue», comme le souligne El Periodico, est due à une inquiétante tripartition de la vie politique entamée à la présidentielle et entérinée désormais à l’Assemblée nationale. «Le risque d’ingouvernabilité va s’accroître avec la nouvelle fragmentation de l’Assemblée», analyse El País dans son édito. Le quotidien espagnol de centre gauche entrevoit néanmoins l’opportunité d’un «meilleur gouvernement, plus efficace et attentif à la complexité du pays». «Emmanuel Macron devra sortir de l’isolement de l’Élysée et […] gouverner avec une nouvelle méthode : moins verticale et plus à l’écoute des citoyens et de leurs représentants».

En Allemagne, le quotidien Die Welt note que lors de son déplacement en Ukraine, «Macron a prévenu qu’il ne servirait à rien d’ajouter du désordre en France au désordre dans le monde» et ajoute que «comme toujours, quand quelqu’un veut dire aux Français quoi faire, ils font le contraire». Le journal, pessimiste, évoque un «sombre scénario d’avenir» qui pourrait se traduire par «cinq ans de blocus» car la tripartition ne pourra admettre de compromis. «Étant donné que la culture politique française est étrangère à l’élaboration de solutions de compromis […] Macron risque désormais de faire face à cinq années extrêmement difficiles».

Politico approuve ce constat en balayant toute possibilité d’accord stable de gouvernement, notamment le parti Les Républicains trop divisé. «Il s’agira plus probablement de collaborations au cas par cas, synonymes de négociations interminables sur les projets de loi, et d’accords bancals». Si le maire LR de Meaux Jean-François Copé a souhaité dimanche soir à l’issue des résultats «un pacte de gouvernement», le président du parti Christian Jacob a repoussé fermement cette possibilité.

Inquiétude pour l’Europe

Toujours dans les colonnes du quotidien europhile Die Welt, le rédacteur en chef des pages internationales regrette qu’Angela Merkel ait refusé de coopérer quand il était encore temps avec Emmanuel Macron, «une chance pour l’Europe qui ne se représentera plus». Si l’ex-chancelière allemande avait davantage accepté «le nouveau contrat social européen» du président français, «Emmanuel Macron aurait pu conserver des électeurs qu’il a maintenant perdus», croit savoir le quotidien.

De nombreux journaux s’inquiètent ainsi des conséquences de cette élection pour l’Union européenne, après le revers d’un président européiste. «Triste soirée pour l’Europe», déplore par exemple Le Temps. «Mélenchon ne sera pas premier ministre. Mais il sera à la tête d’une opposition d’extrême gauche populiste, anti-européenne, anti-Alliance atlantique, hostile à l’entrée de l’Ukraine dans l’UE», s’alarme le média conservateur espagnol ABC.

Ce scénario est «totalement inédit pour la tradition politique et institutionnelle du régime présidentiel français, et remet tout en jeu : les réformes libérales mais aussi la position internationale de la France, sur l’Europe et sur la guerre en Ukraine», observe pour sa part La Stampa qui ajoute que «la position européenne et internationale de la France devient beaucoup plus incertaine».

«Inquiétant, le résultat de ces législatives l’est aussi pour l’Europe», redoute enfin Le Soir. «Avec la France qui se réveille ingouvernable, c’est la seule puissance nucléaire de l’Union qui est affaiblie. Et on se demande évidemment comment va se positionner la France dans les crises majeures actuelles (la guerre en Ukraine, le plan de relance économique, la crise environnementale) avec une Assemblée aussi divisée et qui n’a sans doute jamais été aussi antieuropéenne»

Le Figaro