Accueil MAURITANIE Je suis une négraille de service, et alors ?

Je suis une négraille de service, et alors ?

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Suite à la polémique provoquée par mon article paru hier et intitulé “faut-il s’acharner sur le ministre Ousmane Kane ?”, je republie ma chronique parue en juillet 2014 dans le journal l’authentique et le site cridem. C’était bien avant mon interdiction de publier mes écrits décrétée par la junte le 16 novembre 2020 pour atteinte à l’intégrité territoriale et à la sûreté de l’Etat. Le DEMI-MANIFESTE de MAÏS appelant à l’indépendance du Sud n’avait pas plu au Général Ghazouani. Avec cet apartheid, il fallait bien qu’on y arrive à ce divorce.

Oui, mon point de vue sur les noirs qui collaborent avec la junte, bien que minoritaire, ne date pas d’hier.

Ce que je retiens de certaines réactions enregistrées hier? C’est qu’il vaut mieux s’exprimer dans nos langues nationales pour éviter certains malentendus. Je ferai peut-être un audio en pulaar pour ceux qui n’ont pas compris le sens de “s’acharner “.

Ceux qui ont bien voulu comprendre la portée de l’article d’hier ont saisi qu’il allait au-delà de Ousmane Kane. C’est de la redéfinition de nos stratégies de lutte qu’il s’agit.

Attention, la chronique intitXulée “je suis une négraille de service, et alors?” est en français un peu alambiqué. Elle avait été lue par plus de 3200 personnes à l’époque.

Voici l’article

Ronald Reagan, ancien Président des USA, la 1ère puissance au monde, disait que “tout homme est corruptible, c’est une question de prix“. C’est la devise de la négraille de service à laquelle j’appartiens.

Le mot nègre, au sens de Senghor et Aimé Césaire, est trop lourd à porter par les membres de ma tribu, nous ne sommes pas fiers d’être noirs dans un pays raciste. Alors va pour négraille,on graille bien avec les liasses de billets que nous tend le système que les justes combattent, et on est pas un brin racistes car la main tendue n’a pas de couleur pour nous. 

Je sors de la fausse clandestinité qui nous opprime pour encourager ceux qui appellent à notre lynchage de continuer à le faire, cela fait prospérer nos affaires. C’est comme demander le jugement du cl…..d de Mouawiya, qui n’est même pas responsable de la laisse qui le tient. 

Le système, appelons-le schmilblick à cause de ordres souvent contradictoires qu’il nous donne, nous rétribue grassement à chaque fois que la tribu des justes nous persécute. Cela laisse le schmilblick tranquille, libre de tout mouvement pour déployer ses tentacules asphyxiantes de pieuvre géante. Les justes ne souffriront pas, ils trépasseront d’une mort rapide, on aurait préféré qu’ils agonisent pour faire durer notre business. Paradoxalement, leur disparition annoncera la nôtre, ils sont notre raison d’exister auprès du schmilblick. 

Les parcours sont très variés pour nous rejoindre. L’ascension idéale c’est être planton pendant 5 ans auprès d’un schmilblick pour bien apprendre à courber l’échine, puis avoir une promotion officieuse de tâcheron durant 6 mois dans un cabinet ministériel, et enfin être ministre sans portefeuille ne serait-ce qu’un mois pour se faire un nom et un bon carnet d’adresses afin de gagner plus tard des marchés publics sans soumissionner le moindre dossier. Il y en aussi ceux qui percent dans l’armée, et d’autres qui se reconvertissent dans la négraillerie un peu tard pour couler une belle retraite. 

Nous autres négrailles excellons dans un trafic licite et aussi rentable que la drogue, certains l’appellent le trafic d’influence. C’est un jeu d’enfant, on fait semblant, auprès des excellences du schmilblick, d’être très… influents!

Schmilblick gobe qu’on a un électorat, qu’on a infiltré les réseaux des justes, qui eux-même ont la paranoïa et nous voient partout, surtout là où on est pas. Ainsi notre base virtuelle, devient, comme par enchantement, à la fois réelle et insaisissable. 

Après la chute du marché des renseignements à cause de cette maudite liberté d’expression, les plus futés d’entre nous se sont reconvertis dans la schizophrénie, c’est un truc où un comédien quitte les planches du théâtre pour jouer ses rôles d’acteur dans la vraie vie, Par exemple, on reçoit du schmilblick l’ordre d’organiser un accueil triomphal pour son chef du moment, mais il nous assure qu’il se charge d’acheminer la populace par camions. Et, souvent, une négraille blanche – on est pas racistes- nous prête main forte car c’est souvent eux les ministres, les gouverneurs, les préfets, les cadis… 

La télé et la Radio nationales sont toujours là pour couvrir ces rassemblements qui deviennent les nôtres. Et par ce procédé certains d’entre nous arrivent sans effort à se faire élire maire, député ou ministre, sur le quota des nègres. Ne rigolez pas, il n’y a que les justes qui continuent de croire que les ministres sont nommés. Non, on passe au vote des ministrables dans les partis politiques du schmilblick.

Et, détrompez-vous, on a bien une morale et une conscience, ces tares fabriquées par les justes pour enthousiasmer leurs foules. D’ailleurs certaines négrailles finissent par croire, à force de jouer, qu’ils ont ces plaies de l’humanité, et deviennent les avocats du peuple tout en continuant à percevoir leurs émoluments du schmilblick. 

Le schmilblick est très fort, il prépare l’opposition qui doit lui succéder pour le perpétuer, le rendre éternel comme un pharaon. En gros, il arive à infiltrer les centres de décision de son opposition et à dialoguer avec elle, mais les palabreurs, au final, sont tous des … schmilblick! Ces choix hautement stratégiques sont faits sans notre aide, nous on se contente des petites besognes. 

Il y a des justes qui ont flairé depuis longtemps la perversité du schmilblick, mais ils n’arrivent pas à convaincre les membres de leur tribu, ils risquent d’être excommuniés. Alors, on tente de les récupérer en faisant croire aux masses laborieuses qu’ils sont des nôtres. 

Alors chers justes, réveillez-vous, notre survie en dépend. Tapez sur nous et oubliez le schmilblick. Dévorez-vous pour que survivent les plus tocards d’entre vous, qu’on roulera ensuite dans la farine comme nous l’a si bien appris l’actuel chef du schmilblick.

Aidez-nous à réussir notre mission très… facile!

C’était là les premières confessions d’une négraille de service qui ne se repentira jamais, c’est trop cool comme job. Et, pour nous venger du mépris dont nous jouissons, on va initier une stratégie encore plus vicelarde, en réfléchissant sur l’utopique fin du schmilblick et comment faire du futur système rêvé par les justes un… schmilblick! Comme ça, on aura toujours une double longueur d’avance. 

La roue a du mal à tourner en Mauritanie, et c’est tant mieux pour nous. 

Ciré Kane

publié sur cridem le 01 juillet 2014