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Etats-Unis : Une société de plus en plus divisée, source de déclin sur le plan international ?

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Etats-Unis : Une société de plus en plus divisée, source de déclin sur le plan international ?

Jamais depuis peut être la guerre de Sécession disent les plus pessimistes, les Etats-Unis ont vu leur société être autant divisée. Le politologue américain Carlos E. Juarez, chercheur au East-West Center à Hawai, explique que “l’immigration suscite des préoccupations culturelles et sécuritaires ainsi que des craintes de déplacement économique et affaiblit la légitimité des institutions transnationales qui empêchent les peuples souverains d’utiliser les moyens politiques nationaux de se protéger contre les développements menaçants.

Il ajoute que “cela tient aussi à la longue et croissante dislocation entre les élites et les masses, alors que les populistes exploitent le ressentiment généralisé des partis politiques traditionnels et des projets d’intégration régionale”.

Fractures profondes

Ce qui s’est passé au Capitole, en janvier 2021, est un événement très grave comme tout le monde l’a souligné à l’époque et l’a prouvé. Il démontrait les fractures profondes au sein de la société américaine. Néanmoins il y a deux interprétations. La première consiste à dire que c’est la preuve ultime de la crise de la démocratie américaine, entre les partisans d’une vision libérale et qui acceptent le résultat de l’élection présidentielle et d’autres qui ont une vision “illibérale” qui voudraient que leur candidat se maintienne au pouvoir coûte que coûte.

Nous sommes face à une fracture entre deux visions de ce qu’est une démocratie. Les Américains n’arrivent plus à se mettre d’accord sur la définition même de la démocratie, ce qui est en réalité beaucoup plus inquiétant que ce que l’on a vu avec les événements du Capitole. La société est polarisée autour de deux modèles diamétralement opposés. En janvier 2021, près de 30% des personnes interrogées par différents sondeurs ont exprimé leur soutien à la violence politique, si elle est “nécessaire”. A cela s’ajoute le fait qu’environ 50% de la population américaine se méfie de son système électoral, selon un sondage publié par l’institut Morning Consult. Ainsi, l’attaque du Capitole était un miroir d’une partie de la société.

Les médias sont également dans le viseur d´une partie importante de la population. Selon l’institut de sondage Gallup, pas loin de 40% des Américains ne font que peu, voire du tout, confiance aux journaux.

Les Proud Boys

L’influence d’un groupe comme les Proud Boys prouve la profondeur de la défiance. Il s’agit d’une organisation de type paramilitaire, majoritairement pro-Trump. En novembre 2018, durant sa présidence, une note interne de la police du comté de Clark mentionnait le fait que le FBI les avait classés comme «un groupe extrémiste lié au nationalisme blanc».

Une information démentie par un responsable du FBI, précisant que la police fédérale américaine surveillait simplement ce groupe. Précisons que le Canada les a classés comme groupe terroriste. Pour Heidi Beirich, directrice du projet “Global Project Against Hate and Extremism” et politologue spécialiste des mouvements extrémistes américains et européens, assumer la violence de manière aussi exacerbée et décomplexée, comme le font les Proud Boys, n’est pas commun à tous les groupes d’extrême droite.

Tout un tas d’autres personnes se sont greffées à cette mouvance. Ils représentent la force de l’électorat de Trump puisque dès qu’il dit quelque chose, ils le suivent. Nous sommes face à quelque chose d’original dans le système politique américain : la référence non pas au parti ou à l’idéologie mais à la personne.

Nous avons, face à l’Amérique qui a gagné, une Amérique qui ne veut pas se résigner. C’est celle des ouvriers blancs qui se sont sentis protégés par son programme en 2016 et par tout ce qu’il a pu mettre en place au niveau du protectionnisme économique. Ces gens ont une vision de la démocratie aux antipodes de la vision libérale classique américaine. La force des institutions américaines était le consensus dont elles ont bénéficié depuis deux siècles. Il semble être en train de disparaître.

Violence “légitime”

Le problème, c’est que l’usage de la violence est considéré par certains groupes comme légitime. Ils se considèrent eux mêmes victimes de la violence du gouvernement. Il n’y a plus de socle commun, c’est la véritable fracture.

Dominique Moïsi, politologue et conseiller spécial de l´Institut Montaigne à Paris, explique très bien la situation actuelle lorsqu´il écrit que “malgré l’élection de Joe Biden et les discours d’union nationale tenus par le nouveau Président des États-Unis, la société américaine reste plus polarisée que jamais et toujours aux prises avec la question raciale.”.

Il ajoute que “la polarisation de la société américaine a atteint un tel niveau que les États-Unis semblent condamnés à la paralysie, sinon à l’irrémédiable déclin.” La première puissance mondiale doit faire face aux ambitions chinoises grandissantes “quand il se trouve en état de quasi-guerre civile”.

Le psychologue et professeur d´éthique et de leadership à la New York University Stern School of Business, Jonathan Haidt, affirme que l´on est au-delà des conflits idéologiques classiques. Pour en rendre compte, le mot tribalisme, est devenu présent en permanence dans le discours médiatique. Le pays serait, selon lui, en train de passer, du stade de la nation, à celui d’une juxtaposition de tribus (ou d´ethnies) en conflit. Bien évidemment cela affaiblit le pays sur le plan international.

Dr. Mohamed Badine El Yattioui, Professeur de Relations Internationales à l´Université des Amériques de Puebla (Mexique).