Le Comité des droits de l’homme des parlementaires de l’UIP dénonce l’inaction des autorités mauritaniennes et l’absence de réponse judiciaire depuis huit ans
Un élu de l’opposition dans le viseur de la justice depuis 2018
Le député mauritanien Biram Dah Abeid, figure emblématique de la lutte contre l’esclavage et président du parti IRA (Initiative de résurgence du mouvement abolitionniste), continue de subir ce que ses soutiens qualifient de harcèlement politico-judiciaire. Selon un rapport du Comité des droits de l’homme des parlementaires de l’Union interparlementaire (UIP) publié à l’issue de sa 179e session (février 2026), l’élu fait l’objet de menaces de mort et d’une procédure judiciaire au point mort depuis huit ans.
L’affaire remonte à août 2018. Biram Dah Abeid avait été arrêté et inculpé pour « atteinte à l’intégrité d’autrui » après une plainte d’un journaliste, avant même d’être candidat aux législatives. Élu député le 1er septembre 2018 alors qu’il était toujours en détention, il avait été maintenu en prison en violation de son immunité parlementaire, selon la plainte examinée par l’UIP.
Une condamnation controversée et un appel sans suite
Le 31 décembre 2018, Biram Dah Abeid avait été condamné à six mois de prison, dont quatre avec sursis, et libéré grâce à sa détention préventive. Mais l’appel qu’il a interjeté pour « rétablir la vérité » n’a jamais été examiné, dénonce le Comité, qui parle d’un « flagrant déni de justice ».
Le plaignant souligne plusieurs irrégularités :
- Une garde à vue prolongée au-delà de 48 heures sans inculpation
- Un rejet initial de la plainte par le procureur de Nouakchott Ouest, avant qu’un autre procureur ne décide de poursuivre
- Un retrait de plainte du journaliste le jour du jugement, ignoré par la justice
Réélu en 2023, de nouveau arrêté, et désormais menacé de mort
En mai 2023, Biram Dah Abeid a été réélu député. Il a été arrêté deux jours plus tard pour des propos tenus en conférence de presse, puis relâché sans inculpation. En février 2024, l’Assemblée nationale a levé son immunité parlementaire dans une affaire de diffamation intentée par un président de parti. L’instruction est toujours en cours, sans qu’aucune charge officielle n’ait été retenue.
En janvier 2026, le plaignant a alerté sur des menaces de mort visant le député en raison de son militantisme et de ses critiques contre le gouvernement. Malgré ses demandes, aucune enquête n’a été ouverte par le parquet pour identifier les auteurs ou assurer sa protection.
L’UIP hausse le ton face au silence des autorités
Dans sa décision, le Comité des droits de l’homme des parlementaires :
- Déplore le silence persistant des autorités parlementaires depuis 2018
- Exprime sa préoccupation face aux menaces de mort et aux actes d’intimidation
- Appelle la Mauritanie à mener des enquêtes sérieuses pour protéger l’élu et juger les auteurs des menaces
- Exige des explications sur la levée de l’immunité parlementaire en 2024
- Rappelle à l’Assemblée nationale son devoir de protéger tous ses membres, indépendamment de leur appartenance politique
Le Comité annonce qu’il poursuivra l’examen de ce dossier.
Biram Dah Abeid, une voix qui dérange
Candidat à la présidentielle de juin 2024, Biram Dah Abeid était arrivé en deuxième position, un résultat qu’il avait vivement contesté, dénonçant des fraudes. Son parcours politique est marqué par un engagement constant contre l’esclavage, une pratique pourtant officiellement abolie en Mauritanie mais dont les séquelles persistent.
La communauté internationale suit désormais de près l’évolution de ce dossier, symbole des tensions entre liberté d’expression, indépendance de la justice et droits de l’opposition en Mauritanie.
source: Comité des droits de l’homme des parlementaires à sa 179e session
(Genève, du 2 au 18 février 2026)


