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Point de Mire : « Si Aziz parle la terre va trembler », mais aussi le ciel risque de lui tomber sur la tête

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Point de Mire : « Si Aziz parle la terre va trembler » par Mohamed Chighali

Si Ould Abdel Aziz parle, « le pays va trembler ». C’est que rapporte le journal en ligne Essahraa  qui commente la sortie médiatique de Me Mohameden Ould Ichidou président du collectif de défense de l’ancien président mauritanien.

On peut donc  résumer  l’extrait vidéo de 3 minutes mis en ligne  en disant que, selon son avocat, l’ancien président ne gardera pas éternellement le silence. Et il conclut : « si Ould Abdel Aziz venait à s’exprimer la secousse sismique  sera violente ». Ce qui sous entend de l’avis  de l’avocat qu’il est plus d’intérêt pour beaucoup  que Ould Abdel Aziz  garde le silence au lieu de s’exprimer,  ce qui pourrait   entrainer des conséquences à hauts risques pour certains.

La menace n’est donc pas voilée même si en définitive,  cette menace dépendra de la décision que pourrait prendre son client -« roi »-,  libre de parler ou de garder le silence. Ce qui signifie simplement que  cette menace pèse.

Changement de tactique de la défense de l’ancien président ? Menace réelle pouvant être exécutée si la  « traque » étouffe  l’ancien président ? Ou simplement un avertissement « codé » envoyé par le canal du chef de file de la défense « répétiteur » officiel de Ould Abdel Aziz ? 

Ce qu’il faut retenir peut être de ce « rebondissement » porté à notre connaissance par la presse et les réseaux sociaux, c’est que  la tête de file des avocats  de Ould Abdel Aziz a envoyé un message clair. « Si l’ancien chef de l’Etat rompait le silence, il y’aura tremblement ». Alors pourquoi ne pas se poser la question de savoir quel tremblement ? Et qui va trembler ? Le pays ? Le système judiciaire ? L’actuel président ? Les responsables impliqués dans cette enquête qui ont « collaboré » avec la justice ? Ou des personnes en marge de cette sale affaire qui n’ont aucun intérêt à ce que l’ancien président retrouve « la voix » ?

Me Ichidou est un avocat de longue carrière. En perte de vitesse peut être, en perte de compétences peut être aussi, mais il reste après tout un avocat défenseur de référence. Il  est donc sensé savoir peser ses mots. Ce qui signifie qu’Il ne peut tenir de tels propos qu’en connaissance de l’existence d’éléments d’informations qui pourraient faire rebondir des affaires « détachables » des accusations portées contre son client Ould Abdel Aziz. 

On peut bien se demander alors le pourquoi maintenant des insinuations de la défense d’un client accablé par un nombre impressionnant d’accusations étayées par des preuves matérielles irréfutables. Et pourquoi à quelques jours seulement après  la mise en examen de l’ancien président ?

Ce qui est sure c’est que ce n’est pas la première fois que dans le cadre de cette affaire, des « sous-entendus » sont entendus. On compte au moins trois  « laissé-entendre » lâchés depuis le déclenchement de cette affaire, qui donc apparemment va  sentir « de l’explosif ».

Tout le monde se souvient qu’au cours de sa toute dernière conférence de presse l’ancien chef de l’Etat 

et au sujet de l’affaire « Ghanagate », avait pour la première fois  prononcé le nom de l’actuel chef de l’état qui n’est pourtant pas impliqué dans cette affaire véritable arnaque.

Puis, toujours au cours de cette même conférence de presse, l’ancien président Ould Abdel Aziz avait dit au sujet d’une perquisition effectuée dans un entrepôt fictif appartenant à quelqu’un de son entourage,   « si les enquêteurs savaient de quoi il s’agissait, ils n’auraient pas pris ces photos ». Et enfin, il avait dit, de manière surprenante et contre toute attente : « l’actuel président connait l’origine de tous  mes biens. »

On peut se demander donc si les avertissements proférés  de Me Ould Ichidou ne viennent pas compléter toutes les « insinuations » de son client  pour dire à qui veut l’entendre que l’ancien président détient des cartes qu’il pourrait être amené « à exhiber » s’il se voyait dans l’obligation de  parler.

Quoiqu’il en soit. Quelque soient l’importance du volume et des risques des informations que pourrait détenir l’ancien chef de l’état, leurs révélations,  si elles n’apportent pas  « un élément  nouveau  » en rapport avec les accusations portées contre des personnes impliquées dans cette affaire, ces informations n’ont aucune valeur juridique et elles ne seront peut être jamais versées au dossier. Elles n’auront   peut être pour conséquence que de porter préjudice aux intégrités morales  de certaines personnes qui seraient ciblées intentionnellement. 

Mais à regarder de plus près,  dans la réalité, le silence de Ould Abdel Aziz, est stratégique. Accusé par des preuves matérielles accablantes dans certaines affaires, il est conscient que son silence est avant tout dans son intérêt.  Pourquoi ? Parce que dans tous les cas de figure  ses témoignages sont déterminants. Parfois pour  le disculper, parfois pour disculper certains, mais parfois aussi pour enfoncer d’autres. 

Mais aussi dans la réalité,  en gardant le silence Ould Abdel Aziz protège certains de ses proches impliqués dans des affaires qui ont agis soit avec sa bénédiction, soit sous ses ordres, soit en son nom par leur  personne interposée. Cela  signifie également  que s’il parle, il pourrait   pour les besoins de l’enquête faire l’objet de confrontation avec certaines personnes qu’il pourrait indexer dans ses déclarations. Ce qui n’est pas forcément dans son intérêt. 

A titre d’exemple. Si des  révélations  de  Ould Abdel Aziz peuvent  enfoncer Ould Diaye qui était considéré le pivot central de toutes ses malversations opaques –ce qu’il ne verrait pas d’un mauvais œil-, d’autres révélations  pourraient par contre par ricochet enfoncer le mari de sa fille  dont le nom revient souvent dans plusieurs affaires.

Mais là n’est pas le problème. Ce sur lequel il faut peut être s’appesantir c’est que cette affaire de la décennie est une affaire « très compliquée ». L’ancien président le reconnait  lui-même. Mais ce qu’il faut surtout savoir,  c’est que cette affaire est trop « sale ». Elle met le régime, la justice, la police et les politiciens de tous bords,  dans des situations inconfortables, ceci compte-tenu de ses  multiples ramifications  qui touchent aux relations personnelles entre individus, qui ébranlent la classe politique, qui perturbent l’ordre établi dans  les coutumes et les  traditions et enfin compte-tenu du fait que ses ramifications touchent à l’environnement tribal et régional. 

Mais par delà tout cela. L’actuel président Ould El Ghazouani, qui est pour beaucoup de mauritaniens sincère dans sa volonté de lutter contre la gabegie, le détournement et la corruption, ne peut d’aucune manière se sentir « insensible » à ce qui arrive à Ould Abdel Aziz, avec lequel il a partagé un parcours académique et une carrière dans lequel se  sont  confondus leurs intérêts dans une amitié maintenant  éclatée par des raisons politiques.

D’autre part,  il est évident que même si, comme le dit Ould Ichidou,  le pays est exposé à un risque  de  tremblement de terre sur l’échelle « Aziz », cela ne changera en rien les données du problème. Parce qu’à ce stade de la procédure,  l’important n’est plus de savoir par qui  cette affaire de la décennie de Ould Abdel Aziz a été déclenchée ?   Pourquoi ?  Et dans quel but ? Ce qu’il faut peut être chercher à savoir c’est jusqu’où cette affaire qui apparemment va faire boule de neige va nous entrainer. Et si il ne s’en suivra pas une véritable un tsunami  dont les conséquences risquent de coincer  Ould El Ghazouani  entre une situation difficile dans laquelle s’est retrouvé Ould Abdel Aziz son ancien et intime ami, et une rue de plus en plus acharnée et plus attachée à la sanction exemplaire de l’ancien président que les députés eux-mêmes qui ont tout mis toute cette affaire en branle.

Le silence de Ould Abdel Aziz, pose donc une équation difficile à résoudre. Ce silence lui sert  en tous cas pour le moment  de moyen  pour esquiver certaines questions embarrassantes que lui posent  les juges. Ce système de défense résistera t’il et jusqu’à quand ? La question se pose. Et c’est pourquoi d’ailleurs son avocat se l’est posée lui-même. Ould Abdel Aziz sait parfaitement qu’il ne pourra pas narguer la justice aussi longtemps qu’il le souhaite. Il est aussi  conscient que la patience de la justice –celle-là-,  différente de la justice de son époque aura un jour des limites.

Alors qu’il parle. Soit pour répondre aux questions des juges en charge de l’instruction soit,  comme le dit son avocat,  pour faire trembler le pays. En tous cas, il n’est pas dans son intérêt de jouer aux prolongations si ces prolongations risquent d’obliger l’arbitre (le juge) de brandir le carton rouge… qui va le renvoyer à la touche où il sera privé de liberté.

Oui, c’est vrai comme le dit Me Ould Ichidou, si Ould Abdel Aziz,  exaspéré décidait de parler la terre va trembler. Mais ce que peut être Ould Ichidou n’a pas compris,  c’est que cette terre va trembler mais sous les pieds de son client Ould Abdel Aziz, qui dans tous les cas de figure, à cause de ce tremblement va tomber dans un « trou » duquel il ne sortira que lorsque son mythe sera complètement brisé par ceux-là même  qui ont créé ce mythe à un moment pour leurs intérêts.

Mohamed Chighali

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