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La coalition présidentielle et les élections locales au Sénégal: un risque réel d’implosion avant le scrutin

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La coalition présidentielle et les élections locales au Sénégal: un risque réel d’implosion avant le scrutin

A quelques mois des élections locales, prévues à l’orée de l’année 2022, les formations politiques ménagent leur monture pour aller loin dans leurs ambitions.

Forte déjà de sa coalition hétéroclite, estimée à tort ou à raison à plus de 80% de l’électorat sénégalais avec l’arrivée dans les rangs d’Idrissa Seck, la mouvance présidentielle continue de débaucher des personnalités issues d’autres partis de l’opposition. Si cela a l’avantage de renforcer le  « bloc » du Bennoo Bokk Yaakaar, il n’en demeure pas moins que de réels problèmes vont surgir dans les prochains mois à cause d’une guerre de positionnement, qui conduiront sans doute à une possible implosion. Sans avoir besoin de jouer aux oiseaux de mauvaise augure, on peut affirmer que le choix des listes pour les élections locales de janvier prochain relèvera d’un vrai casse-tête chinois que les seuls tact et courage du président Macky Sall ne résoudront pas.

L’enjeu des élections locales du 23 janvier 2022 est de taille. Aussi bien pour la majorité présidentielle que pour l’opposition, ces joutes sert d’avant-première aux législatives et présidentielles à venir. Affutant leurs armes, les différentes contingences politiques lancent dès à présent l’assaut pour le prochain scrutin.

La démarche adoptée de part et d’autre consiste à  renforcer les « blocs » sachant qu’aucun parti ne peut plus gagner à lui seul une élection dans ce pays. L’histoire récente a démontré qu’au Sénégal, les coalitions sont nécessaires pour bénéficier d’un plus large score lors des rendez-vous électoraux.

C’est d’ailleurs autour de ces blocs que les différents régimes et leurs oppositions se sont organisés depuis 2000: on retient notamment la CAP 21 soutenant Wade, le Bennoo Siggil Sénégal réunissant l’opposition entre 2009 et 2012, le Bennoo Bokk Yaakar de l’actuelle majorité présidentielle entre autres, la coalition « Taxawu Dakar » de Khalifa Ababacar Sall et même la coaliton « Jotna » qui avait soutenu la candidature d’Ousmane Sonko lors de la présidentielle 2019.

Bennoo Bokk Yaakaar: une longue histoire de lutte de positions

Cependant, des guéguerres ont toujours accompagné l’existence et l’évolution de ces blocs. Les différents acteurs du landerneau politique, guidés et parfois obnubilés par leurs ambitions de briguer des postes électifs, s’engagent toujours dans des guerres de positionnement. C’est justement à cela que le Bennoo Bokk Yaakaar s’expose en perspectives à ces élections locales de janvier 2022.

Le  président de la République a beau vouloir agrandir son influence avec la rentrée dans les rangs de personnalités quittant l’opposition, rien n’est encore garanti quant à l’efficacité d’une telle option. La déroute de la grande coalition « Idy 2019 » lors de la présidentielle  de 2019 est encore fraiche dans nos mémoire; elle nous a enseigné entre autres leçons que les élections ne se gagnent pas « sur  papier ». Autrement dit, les noms des participants à  la coalition, si grands puissent-ils être, ou leurs trajectoires politiques, ne peuvent pas prédire le résultat final. Tout se gagne sur le terrain, tout se gagne après le scrutin, et jamais par avance.

Comme lors des locales précédentes et des législatives de 2017, des frustrations vont sûrement naitre du choix des têtes de liste au sein de la majorité présidentielle. Et comme en 2017, le  président Sall fera face à la dissension-rébellion de certaines personnalités politiques qui, sûres de leur force de frappe, n’accepteront jamais de se retirer au profit de moins grand qu’elles.

Molière, ne nous avait-il pas prévenu d’ailleurs que « les alliances avec plus grand que soi sont sujettes toujours à de fâcheux inconvénients »? Il faut se souvenir que le sort de Bennoo Siggil Sénégal avait été ainsi scellé lorsqu’à la veille de la campagne électorale de 2012, Ousmane Tanor Dieng avait préféré monter sa propre coalition, quand le choix des autres s’est porté sur Moustapha Niasse. Dans ces blocs, une chose est sûre: on ne reste dans les rangs que lorsque le mot d’ordre lancé nous agréé.

La discipline de parti face aux ambitions des « stars » locales

Pour ne rien arranger, l’arrivée en masse d’opposants chez les Marron-Beige concourt à semer une zizanie difficile à éviter les mois à venir. Malgré la mise en garde, lors de sa tournée de la semaine passée, du président de l’APR qui déclare ne tolérer aucune dissension pour ces joutes, des candidatures parallèles vont se dessiner sans aucun doute. Voici les propos qu’il a tenus  dans ce sens: “Peu importe celui qui sera maire ou président du Conseil départemental, le plus important c’est de faire l’unité et aller aux élections et de les gagner comme nous avons eu à le faire lors des précédentes joutes. Unissez-vous et portez le combat ensemble”. Ainsi, il est clair dans l’esprit du Chef de Bennoo Bokk Yaakaar que  les élections locales prochaines se feront sous la bannière de ladite coalition et que tous ceux qui voudront faire cavaliers seuls seront punis.

C’est justement là que gît le problème. Paradoxalement, la discipline de parti ne rime que très peu avec la nécessité d’aller à la conquête des collectivités locales par ceux qui sont sûrs de leur influence au plan local. Ces élections ne peuvent pas continuer d’obéir à une volonté imposée par l’autorité du parti au niveau central, laquelle n’est pas concernée au premier plan.

Il faut surtout que la compétition se fasse à la base et cela passe naturellement par une sélection « naturelle » des ressortissants de ces terroirs qui se seront imposés eux-mêmes. En effet, présenter quelqu’un de moins connu comme candidat à la place de personnes jouissant d’un soutien populaire au niveau local, c’est comme choisir de prendre le risque très élevé de perdre les élections.

C’est pourquoi des problèmes, qui pourront même saper les fondements de la coalition Bennoo Bokk Yaakaar, vont inévitablement survenir. Et l’arrivée d’Idrissa Seck et de son parti dans la mouvance présidentielle vient rendre plus complexe une équation déjà presque insolvable puisque le président de Rewmi n’acceptera pas d’être lésé ou de léser ses camarades s’ils doivent aller en coalition avec Macky Sall.

S’offrir le plus de collectivités possibles pour renforcer son parti

Au-delà de Rewmi, qui sera un véritable élément perturbateur dans l’organisation de Bennoo pour les locales à venir, il y a les sorties multipliées et pas toujours innocentes d’autres alliés tels que le Parti socialiste par l’entremise d’Abdoulaye Wilane dont la sortie n’a pas plu aux souteneurs du gouvernement. L’attaque acerbe que ce dernier a lancée envers Macky Sall  et son régime n’est pas sans raison; elle est surtout motivée par le fait qu’Abdoulaye Wilane, soit dans la ligne de mire du ministre Abdoulaye Sow. Celui-ci constitue une vraie menace pour le porte-parole du PS en ce qui concerne la mairie de Kaffrine, qui sera à coup sûr un objet de « litige » d’ici le 22 janvier 2023.

De même, l’Alliance des Forces de Progrès (AFP) de Moustapha Niasse s’est inscrite dans la même logique si l’on en croit la  déclaration de Maouloud Diakhaté, directeur de l’école du parti. Dans le journal « L’info » de ce jour, ce proche de Niasse dit à qui veut l’entendre « L’AFP a plusieurs dizaines de communes qu’elle dirige. C’est un impératif catégorique pour nous de conserver ces communes, parce que nous y sommes majoritaires ».

Il apparait net que dans ce jeu d’alliance, personne n’acceptera de jouer les rôles secondaires et les partisans du président Sall ne peuvent pas espérer que toute la coalition le soutenant accepte ses décisions sans broncher. D’ailleurs, la complexité de la question reste aussi valable à Dakar où Abdoulaye Diouf Sarr s’est déjà dit prêt à briguer la mairie, ambition qu’il partage avec d’autres pontes du parti, que dans les autres villes du pays. Le choc des ambitions aura donc bien lieu parce que chaque parti a besoin de base solide pour entrevoir le futur et il n’y a pas mieux qu’une collectivité locale dans son escarcelle pour s’imposer aux électeurs.

Par Ababacar Gaye/senenews

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