Accueil MAURITANIE Chronique de l’indépendantiste: Frappe-moi brigadier, je veux un buzz

Chronique de l’indépendantiste: Frappe-moi brigadier, je veux un buzz

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Chronique de l'indépendantiste: Frappe-moi brigadier, je veux un buzz

Je suis Bilal, un indépendantiste,  je ne reconnais pas la constitution de la Mauritanie car ce long texte m’ignore royalement. Oeil pour oeil, dent pour dent. Je ne reconnais donc pas la Présidence volée de la République, ni la Primature, ni le conseil constitutionnel, ni l’assemblée, ni aucune décision du pouvoir de Nouakchott. Alors mes manifestations seront cantonnées dans les ghettos pour conscientiser les autochtones sur la nécessité de développer et libérer le Tékrour. 

À quoi bon crier et assourdir ceux qui rédigent la constitution que j’existe ? C’est à moi de rédiger ma constitution sur une étendue de terre qui sera bientôt reconnue par les puissances de ce monde. Des sanctions terribles s’abattront sur nos généraux, leurs hommes d’affaires et leurs oulémas.

Je suis Malaaďo, une femme ambitieuse en mal de buzz.

J’ai entendu qu’on manifestait aujourd’hui devant l’assemblée pour je ne sais quelle raison. C’est la meilleure place pour être députée dans 1 an. Il sera désormais impossible de forcer l’entrée de l’assemblée nationale après la courageuse Salamata. Et si je réussissais, que pourrais-je dire dans l’hémicycle qui n’aurait pas été dit par Kadiata, Malouma, Sawdatou ou Coumba? On verra.

Je veux faire la Une. Avec mon iphone 13  les passants prendront les plus belles photos de mes pancartes. Je prendrai le haut-parleur et lirai tous les slogans brandis sur place. La dernière manifestation était plus facile. On m’avait dit de crier à tue-tête “libérez Guelongal !”. On entend plus parler de lui depuis qu’il a été jeté en prison. Personne n’a prévu de le sortir de force en faisant fondre les grilles de sa cellule. Ils ont peur d’avoir des chaînes au cou, à vie. Qui loge, nourrit et habille la famille de Djiby BA? On n’est pas encore organisés je crois.

C’est dur la campagne pour la députation, les municipales ou les régionales.  Pour être élue au Sud il faut assister à toutes les manifestations, photos et vidéos à l’appui, qu’on envoie à l’UDP ou INSAV. Ce sont les partis des militaires. Aujourd’hui je dois encore vociferer “officialisation du pulaar, soninké et wolof”. Voilà pourquoi il n’y a pas de haratines côté manifestants, ils auraient souhaité l’officialisation du hassaniya pour lutter efficacement contre l’échec scolaire de leurs enfants.  Où sont passés le bambara et le berbère? Il n’y a pas d’associations pour la défense de ces langues et personne ne se demande comment ces parlers ont disparu.

Les beni hassan ont assimilé par force les berbères en 1674. Les bambaras se sont hartanisés. Le devenir des peuls, soninkés et wolofs est, dès lors, tout tracé : la hartanisation. Avec ou sans loi du parlement, par le simple fait de cohabiter avec des arabes et arabisés devenus majoritaires. 
Le pouvoir de Nouakchott n’a pas besoin du parlement, ce sont les députés qui ont besoin de lui pour être réélus. L’assemblée est un applaudimètre pour la junte. Alors, la vraie manifestation il faut la faire à l’Etat-major, le vrai centre de décision depuis 1978.

Et pour demander quoi? La fin de la cohabitation entre autochtones et arabes pour éviter une guerre civile,  un nouveau génocide, ou une assimilation forcée comme celle des berbères, des bambaras et des haratines. 

29 juillet 2022

Sammba Ndeet, MAÏS 🌽 Mouvement des Autochtones pour l’Indépendance du Sud (TÉKROUR)

PS : la chronique de l’indépendantiste est mensuelle. Elle scrute les points saillants de l’actualité du Tékrour en permettant aux lecteurs de tirer leurs propres conclusions, qu’ils soient indépendantistes ou pas

Photo: Salimata Ba, militante de OLAN, agressée lundi dernier par un agent de sécurité du parlement  militaire