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Sénégal : dernière ligne droite avant les élections législatives

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ENJEUX. Au Sénégal, on vote ce dimanche 31 juillet pour les législatives. Un scrutin test, tant pour le pouvoir que pour l’opposition à 19 mois de la présidentielle.

Au Sénégal, les préparatifs des législatives de ce dimanche 31 juillet vont bon train. Quelque 7 millions de Sénégalais sont appelés aux urnes. Le principal enjeu est celui de la participation. Mais pas seulement, le scrutin a valeur de test avant la présidentielle de février 2024. En cas de victoire, l’opposition pourrait imposer une cohabitation au président Macky Sall et freiner les intentions qu’elle lui prête de faire un troisième mandat. Dimanche, les bureaux de vote doivent ouvrir à 8 heures (heure locale et GMT) et fermer à 18 heures. En 2017, le taux de participation aux législatives était de 54 %.

Le président Sall, élu en 2012 pour sept ans et réélu en 2019 pour cinq ans, maintient le flou sur ses intentions en 2024. Une défaite aux législatives pourrait alors sérieusement contrarier ses projets.

Le scrutin législatif, à un seul tour, vise à renouveler pour cinq ans les 165 sièges du Parlement monocaméral largement contrôlé par le camp présidentiel. Macky Sall a aussi promis de nommer un Premier ministre – poste qu’il avait supprimé puis rétabli en décembre 2021 – au sein de la formation victorieuse des élections.

Législatives, mode d’emploi

Les députés sont élus selon un mode qui panache scrutin proportionnel avec des listes nationales pour 53 parlementaires, et scrutin majoritaire dans les départements pour 97 autres.

Depuis 2017, la diaspora est considérée comme la « quinzième » région du Sénégal. Ce qui lui permet pour ces élections de faire élire 15 députés – pour porter la voix des quelque 500 000 Sénégalais de l’extérieur au sein de l’Assemblée nationale – dont deux représentants pour la France.

Quelles sont les forces en présence ?

Huit coalitions sont en lice pour ces élections, dont celles de la majorité et Yewwi Askan Wi (Libérer le peuple, en langue wolof), la principale coalition de l’opposition, formée autour d’Ousmane Sonko, arrivée troisième de la présidentielle de 2019.

Celle-ci s’est alliée à la coalition Wallu Sénégal (Sauver le Sénégal, en wolof), dirigée par l’ex-président Abdoulaye Wade. La moins bien placée dans un département s’engage à soutenir l’autre avec pour objectif d’« obtenir une majorité parlementaire » et d’« imposer une cohabitation gouvernementale ».

L’opposition veut aussi contraindre Macky Sall à renoncer à toute velléité de candidature en 2024. « Si Macky Sall les perd [les législatives], il ne parlera plus de 3e mandat », a assuré Ousmane Sonko.

Pour le pouvoir, les élections législatives font figure de test après les locales de mars, remportées par l’opposition dans de grandes villes du pays, comme Dakar, Ziguinchor (Sud) et Thiès (Ouest). « On peut considérer ces législatives comme le premier tour de la présidentielle de 2024 », affirme à l’AFP le chercheur et analyste politique Cheikh Guèye.

Lors de ce scrutin, il faudra aussi compter avec des outsiders. Parmi eux, la récente coalition AAR Sénégal, Alternative pour une Assemblée de rupture, créée fin avril et porté par sa tête de liste nationale Thierno Alassane Sall, ancien ministre du président Macky Sall.

Dans quel contexte se tient le vote ?

Le scrutin se déroule dans un contexte de hausse des prix (+8 % en un an), notamment à cause des conséquences de la guerre en Ukraine, des arguments utilisés par l’opposition contre le pouvoir qui met en avant les subventions des produits pétroliers et des denrées alimentaires ainsi que son programme de construction d’infrastructures. Le pays est également sous la menace d’une rupture des approvisionnements en céréales, alors que plus de 60 % du blé importé au Sénégal vient de Russie et d’Ukraine.

Les promesses des différents candidats ciblent notamment les jeunes qui représentent 75 % de la population selon l’Agence nationale de la statistique et de la démographie.

Comment s’est déroulée la campagne ?

La campagne électorale, de 21 jours, se termine ce vendredi soir. Des rassemblements géants et des caravanes bruyantes ont sillonné le pays généralement dans le calme, alors que la précampagne avait été marquée par de violentes manifestations qui avaient fait au moins trois morts.

Ces incidents avaient suivi l’invalidation par le ministère de l’Intérieur, confirmée par le Conseil constitutionnel, des titulaires de la liste nationale de la coalition dirigée par Ousmane Sonko, invoquant l’inéligibilité d’une de ses candidates, figurant par inadvertance à la fois parmi les titulaires et les suppléants.

Plusieurs figures de l’opposition, parmi lesquelles Ousmane Sonko, ont été contraintes de renoncer à participer aux élections, non sans avoir appelé leurs soutiens à protester contre ce qu’ils estimaient être un stratagème du président Macky Sall pour écarter ses adversaires sous couvert de moyens légaux. Mis à part la première manifestation, toutes les autres avaient été interdites par les autorités. L’arrestation d’Ousmane Sonko par la justice dans une affaire de viols présumés avait provoqué en mars 2021 plusieurs jours d’émeutes, de pillages et de destructions, ayant fait une quinzaine de morts. Le 29 juin, l’opposition avait finalement calmé le jeu en acceptant de participer au scrutin, qu’elle menaçait jusqu’alors d’empêcher.

Qui sont les autres principaux absents ?

Deux autres adversaires du président, l’ancien maire de Dakar Khalifa Sall (sans lien de parenté) et l’ancien ministre Karim Wade, fils de l’ex-président, ont vu leur trajectoire interrompue par les ennuis judiciaires. Le pouvoir se défend de toute instrumentalisation de l’appareil d’État

Le Point Afrique