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Pour l’annulation de la dette du Sud

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Le réchauffement climatique est sûrement le premier sujet politique de l’histoire qui implique à ce point tous les pays sur la planète. Pour faire face à la catastrophe climatique, les Etats doivent agir de manière coordonnée et transformer leurs économies. Cependant, tous les pays n’ont pas les mêmes responsabilités historiques, ni les mêmes niveaux de vie. A quoi pourrait donc ressembler un avenir désirable d’un point de vue global?

Dans cette chronique, nous avons souhaité thématiser un des premiers pas nécessaires pour se rapprocher d’un ordre du monde moins inégalitaire et plus écologique: l’annulation de la dette que les pays du Sud global doivent payer au Fond monétaire international (FMI) et à la Banque mondiale. Récemment, un mouvement mondial nommé Dette pour le climat, qui demande justement l’annulation de ces dettes, a vu le jour. La Grève du climat s’y est jointe et organise un premier événement en Suisse romande sur cette thématique le 15 octobre prochain à Genève.

Quelle est donc l’origine de ces dettes et pourquoi vouloir les abolir? Depuis la période coloniale, les pays du Sud global se sont massivement endettés envers des institutions comme le FMI et la Banque mondiale. Parfois, les dettes ont été contractées par des gouvernements coloniaux eux-mêmes. C’est par exemple le cas en République Démocratique du Congo (RDC) où une partie de la dette date des années 1950, la Belgique ayant emprunté cet argent afin d’exploiter sa colonie et ses ressources naturelles. Cependant, c’est actuellement la RDC qui doit payer les intérêts de cette dette. Les dettes sont parfois aussi des mécanismes de contrôle néocolonial, car elles permettent à des institutions comme le FMI d’imposer certaines politiques économiques aux pays en échange de nouveaux emprunts. L’annulation des dettes rendrait donc aux pays du Sud l’autonomie de définir souverainement le chemin qu’ils souhaitent suivre, sans devoir se soumettre aux volontés capitalistes du Nord.

Mais quel est le lien entre ces dettes et l’écologie? Souvent, le poids de la dette pousse les pays endettés dans un cercle vicieux ne leur laissant pas d’autre choix que de développer leurs industries fossiles pour en payer les intérêts. Le paiement des intérêts de la dette constitue donc un transfert de richesses du Sud vers le Nord.

Cette situation est doublement injuste, car en réalité ce sont les pays du Nord qui ont une dette écologique croissante envers les pays du Sud. Le Nord est responsable d’une énorme partie des émissions historiques de gaz à effet de serre et, aujourd’hui encore, ce sont les multinationales du Nord qui poursuivent l’extraction et le pillage des ressources dans le Sud. Le projet de Total, le géant pétrolier français, qui veut construire l’East african crude oil pipeline (EACOP), désastre écologique et social s’il était amené à se réaliser, en est un parfait exemple.

De plus, ce sont actuellement les pays du Sud qui souffrent déjà énormément des conséquences environnementales de cette poursuite de l’extractivisme. Le Pakistan doit-il payer ses dettes alors qu’il a besoin de millions pour reconstruire le pays?

La dette des pays du Sud est donc un enjeu crucial de réparation coloniale et de justice climatique, et le mouvement de contestation de ces dettes ne date d’ailleurs pas d’hier. En effet, le 15 octobre prochain marque aussi les 35 ans de l’assassinat de Thomas Sankara, chef d’Etat du Burkina Faso de 1983 à 1987 et révolutionnaire anti-impérialiste. Quelques mois avant son assassinat, il prononce un discours célèbre où il appelle à un refus collectif des pays endettés de payer leurs dettes. Cette revendication conserve toute son actualité aujourd’hui, à l’heure où la pandémie du Covid-19 et la crise économique qui en résulte contribuent à une multiplication des demandes pour enfin annuler ces dettes.

L’annulation de ces dettes entamerait un processus urgent de justice climatique dans lequel le Nord commencerait enfin à prendre ses responsabilités et à payer une partie de sa dette écologique et sociale envers le Sud. Si vous souhaitez en apprendre davantage sur ce sujet et contribuer au mouvement global d’abolition de la dette, nous nous réjouissons de vous retrouver le 15 octobre à Genève.

Prochain rendez-vous mercredi 2 novembre.

Lecourrier.ch