Accueil MAURITANIE Maroc – Mauritanie : Après le flou diplomatique, place au rapprochement

Maroc – Mauritanie : Après le flou diplomatique, place au rapprochement

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Il n’empêche que des points d’achoppement peuvent rapidement apparaître sur des questions stratégiques où les intérêts des deux pays peuvent être en concurrence directe. Aussi bien Rabat que Nouakchott souhaitent réaliser le projet de grands ports à Dakhla et Nouadhibou sur la façade atlantique, alors que les deux villes sont distantes de 430 km à peine. Sans oublier la question épineuse de la ville de Lagouira qui demeure une éternelle pomme de discorde entre les deux voisins. Mais Zakaria Abouddahab, Professeur de Relations internationales à l’UM5 de Rabat, reste tout de même optimiste sur les perspectives d’avenir de la coopération maroco-mauritanienne : « Le renforcement de l’interdépendance entre les deux pays voisins semble être un processus irréversible, notamment à l’aune de la redynamisation de la commission mixte et la conclusion d’un nombre substantiel de mémorandums d’accords. De telles actions laissent augurer que le Maroc et la Mauritanie sont dans une dynamique structurante inscrite sur le long-terme ».

« La Mauritanie, nouvel horizon de l’investissement ». Ce slogan de la toute nouvelle Agence de Promotion des Investissements en Mauritanie, créée en décembre 2020, reflète bel et bien la dimension qu’a prise ce pays du Maghreb qui suscite de plus en plus les intérêts des investisseurs étrangers, au regard des potentialités démesurées dont il recèle. Longtemps considérée comme le parent pauvre du Maghreb ou l’unique bastion de stabilité dans la région du Sahel, la Mauritanie n’a jamais été véritablement au centre de l’intérêt des puissances européennes et même continentales jusqu’à la dernière décennie. Néanmoins, pour le Maroc, la Mauritanie constitue un partenaire stratégique et historique de premier plan. Mais, malheureusement, les relations entre les deux pays n’ont pas toujours été un long fleuve tranquille.

Des relations mitigées et une influence étrangère néfaste

Entre des périodes de réchauffement des relations marquées par une volonté commune de renforcer la coopération stratégique, et des phases de tensions périodiques, la relation entre Rabat et Nouakchott a souvent été jalonnée de tentatives d’influence et d’ingérence d’autres acteurs régionaux (étatiques ou non étatiques). Et si tous les éléments historiques, géographiques, culturels et économiques sont favorables à la concrétisation définitive d’un partenariat stratégique entre le Maroc et la Mauritanie, des enjeux géopolitiques et géostratégiques régionaux ne cessent de constituer un frein à cette « union du coeur et de la raison ».

En effet, tout semble rassembler ces deux pays : un brassage de populations, des échanges culturels et commerciaux qui remontent à la nuit des temps et surtout le principal (pour ne pas dire l’unique) axe de trafic routier pour le transport de personnes et de marchandises qui relie le Sud de l’Europe à l’Afrique de l’Ouest et au Sahel. Et sur le plan économique, en particulier, les chiffres sont éloquents : 80% des produits importés par la Mauritanie des pays africains proviennent du Maroc (avec une balance commerciale nettement en faveur du Royaume). Le Maroc est également le premier investisseur africain en Mauritanie. Les opérateurs marocains sont présents dans les secteurs stratégiques des télécommunications, du BTP, de l’agroalimentaire (produits de la pêche) et du secteur bancaire.

Mais bien que le total des échanges commerciaux entre les deux pays plafonne à 2,3 milliards de DH seulement, vu la conjoncture actuelle, la raison qui empêche l’essor de la coopération économique est bien évidemment à chercher ailleurs. D’après Moussa Hormat-Allah, Professeur d’Université et lauréat du Prix Chinguitt en 2013, qui analyse la relation entre Rabat et Nouakchott dans un article publié sur le site d’information mauritanien « lecalame.info » du 17 juin 2021 : « Des mains occultes s’activent, dans l’ombre, pour entretenir la zizanie et la discorde entre les deux pays. Ces esprits malintentionnés ont réussi, il y a fort longtemps déjà, à introduire un grain de sable pour enrayer la mécanique d’une véritable normalisation des relations bilatérales ». Car si l’influence algérienne est très forte au sein des cercles du pouvoir politique mauritanien, le lobbying exercé a pour objectif principal de nuire aux relations entre le Maroc et la Mauritanie. Selon un diplomate étranger en poste à Nouakchott, qui préfère garder l’anonymat, « l’influence algérienne est historique à Nouakchott ».

Et d’après lui, sous la pression exercée par Alger, « le pouvoir mauritanien est tiraillé entre ses deux voisins maghrébins et c’est pour cette raison qu’il affirme respecter une neutralité positive dans les affaires étrangères vis-à-vis du conflit entre le Maroc et l’Algérie ». Et ce que semble redouter le plus le gouvernement mauritanien, ce sont les atteintes à sa sécurité intérieure et le risque de débordement de ce conflit à l’intérieur de ses frontières, que les forces armées et les services de sécurité n’arrivent pas encore à contrôler entièrement.

La coopération sécuritaire, pivot du partenariat bilatéral

Parmi tous les événements majeurs qui ont marqué les relations entre Rabat, Nouakchott et Alger, l’incident de Guerguerat en novembre 2020 est particulièrement représentatif de la difficulté pour le pouvoir mauritanien de réagir avec autorité et « souveraineté », sans avoir à subir les pressions algériennes.

En effet, alors que le poste frontalier de Guerguerat qui relie le Maroc et la Mauritanie avait été obstrué par les milices du Polisario et que le trafic routier avait été interrompu durant trois semaines entre octobre et novembre 2020, le pouvoir mauritanien avait fait preuve d’une frilosité qui n’était pas en phase avec le préjudice économique subi par les populations mauritaniennes, largement dépendantes des importations de produits agricoles marocains.

Finalement, seul le Maroc avait réagi vigoureusement, par voie diplomatique puis militaire, pour chasser ces miliciens qui bloquaient la route et surtout rétablir le passage frontalier qui assurait la continuité des échanges commerciaux entre les deux pays voisins. Nouakchott venait une fois de plus de faire preuve de manque d’autorité pour défendre ses intérêts stratégiques supérieurs face au régime algérien et son proxy, le Polisario. Néanmoins, depuis l’élection du Président Mohamed Ould El-Ghazouani, la Mauritanie a fait du domaine sécuritaire son cheval de bataille afin de pouvoir assurer sa sécurité et son développement économique.

C’est la raison pour laquelle l’enjeu majeur de la coopération maroco-mauritanienne n’est pas uniquement économique, mais avant tout sécuritaire. Ainsi, en quelques mois seulement, les responsables militaires puis sécuritaires des deux Etats maghrébins se sont rencontrés pour renforcer la coopération en matière de défense et d’échanges de Renseignement. Dans un premier temps, le Général El Mokhtar Bolle Chaâbane, chef d’État-Major des Forces armées mauritaniennes, s’était déplacé à Rabat le 24 mai 2022 pour rencontrer le Général Farouk Belkhir, Inspecteur Général des FAR. Puis, le 27 septembre 2022, c’était au tour du Directeur Général de la Sûreté Nationale Abdellatif Hammouchi de recevoir son homologue mauritanien afin de coordonner leurs efforts pour faire face aux défis sécuritaires dans un environnement régional commun.

Nizar DERDABI