Malgré le barrage de Foum, malgré les projets annoncés, malgré les discours officiels et les rubans coupés, M’Bout et ses environs demeurent figés dans une immobilité douloureuse.
Le développement est passé tout près… mais il n’a jamais réellement pris racine ici.
Toujours les mêmes maisons en banco, usées par le soleil et l’oubli.
Toujours les mêmes pistes poussiéreuses.
Toujours ces villages suspendus dans le temps, comme si l’histoire avait choisi de les contourner.
Les centres de santé sont devenus des symboles involontaires de l’abandon.
Même les chèvres et les boucs, pourtant peu exigeants en matière d’hygiène, n’osent plus s’en approcher tant l’insalubrité y règne.
Quand même les animaux tournent le dos aux soins, c’est que la République a déserté les lieux.
On nous avait présenté le barrage de Foum comme un tournant décisif :
un levier pour le développement,
une promesse d’agriculture moderne,
d’emplois,
de dignité retrouvée.
Aujourd’hui, il reste surtout un symbole inverse : celui d’un État capable de construire des infrastructures, mais incapable de bâtir la vie autour.
L’eau coule, mais la pauvreté demeure.
Le béton est là, mais l’avenir, lui, manque à l’appel.
En traversant le pays, le même spectacle se répète partout :
tout s’anime autour des routes.
Une station-service devient une ville.
Un carrefour se transforme en centre économique.
Et juste derrière… commence la désolation.
Derrière la route, il n’y a plus que :
• des villages invisibles,
• des jeunes sans horizon,
• des écoles sans moyens,
• des dispensaires oubliés.
Le développement est devenu une affaire de géographie : il suit le bitume et abandonne les populations.
Alors une question s’impose, lourde comme un silence collectif :
Quand verrons-nous des jeunes décidés, capables de ranger la langue de bois au placard et d’affronter l’establishment sans peur ?
Quand verrons-nous une génération qui ne se contente plus de constater, mais qui dérange ?
Qui ne troque pas sa conscience contre un poste ?
Qui ne confond pas patience et résignation ?
Car notre pays ne manque ni de barrages, ni de projets, ni de slogans.
Ce qui manque, c’est le courage politique.
Ce qui manque, c’est la vérité publique.
Ce qui manque, ce sont des femmes et des hommes prêts à dire :
« Assez de constats, assez de cérémonies, assez de promesses. »
M’Bout n’est pas un cas isolé.
M’Bout est un miroir.
Un miroir cruel tendu à un système qui inaugure le progrès mais laisse ses citoyens sur le bord de la route.
Et tant que la langue de bois sera plus solide que le banco des maisons,
tant que les discours iront plus vite que le développement,
tant que la peur étouffera la parole libre,
le barrage de Foum restera un barrage contre l’espoir.
Car ce qui devait être un soutien s’est transformé en dépossession :
les terres des populations sont aujourd’hui retirées par ceux-là mêmes qui étaient censés les protéger.
Khally Diallo
Le député du Peuple


