« 𝗝𝗲 𝗻𝗲 𝘃𝗲𝘂𝘅 𝗽𝗹𝘂𝘀 𝘃𝗼𝗶𝗿 𝗺𝗼𝗻 𝗽𝗮𝘆𝘀 𝗧𝗲𝗸𝗿𝘂𝘂𝗿 𝗼𝗰𝗰𝘂𝗽é 𝗽𝗮𝗿 𝗱𝗲𝘀 𝗰𝗼𝗹𝗼𝗻𝘀 𝗮𝗿𝗮𝗯𝗲𝘀. 𝗟𝗮 𝗿𝗼𝘂𝘁𝗲 𝗱𝗶𝘁𝗲 𝗱𝗲 𝗹’E𝘀𝗽𝗼𝗶𝗿, 𝗱𝗲 𝗡𝗲𝗺𝗮 à 𝗡𝗼𝘂𝗮𝗸𝗰𝗵𝗼𝘁𝘁, 𝗽𝗼𝘂𝗿𝗿𝗮𝗶𝘁 ê𝘁𝗿𝗲 𝘂𝗻 𝘁𝗿𝗮𝗰é 𝗰𝗹𝗮𝗶𝗿 𝗲𝘁 𝗰𝗼𝗻𝘀𝗲𝗻𝘀𝘂𝗲𝗹 𝗱𝗲𝘀 𝗳𝗿𝗼𝗻𝘁𝗶è𝗿𝗲𝘀 𝗲𝗻𝘁𝗿𝗲 𝗹𝗲 𝗡𝗼𝗿𝗱 𝗲𝘁 𝗹𝗲 𝗦𝘂𝗱, 𝗮𝘃𝗲𝗰 𝘂𝗻 𝘀𝘁𝗮𝘁𝘂𝘁 𝘀𝗽é𝗰𝗶𝗮𝗹 𝗽𝗼𝘂𝗿 𝗡𝗼𝘂𝗮𝗸𝗰𝗵𝗼𝘁𝘁, 𝗹𝗮 𝘃𝗶𝗹𝗹𝗲 𝗹𝗮 𝗽𝗹𝘂𝘀 𝗽𝗲𝘂𝗽𝗹é𝗲 𝗲𝘁 𝗹𝗮 𝗽𝗹𝘂𝘀 𝗰𝗼𝘀𝗺𝗼𝗽𝗼𝗹𝗶𝘁𝗲 𝗱𝘂 𝗽𝗮𝘆𝘀. »
𝗦𝗶𝗿𝗲𝗲 𝗞𝗔𝗡 𝗮𝗹𝗶𝗮𝘀 𝗦𝗮𝗺𝗺𝗯𝗮 𝗡𝗱𝗲𝗲𝘁
Un jour, excédé par les injustices commises en Mauritanie contre les Noirs, j’ai appelé un oncle, aujourd’hui disparu, paix à son âme, et je lui ai juré que désormais je lutterais jusqu’à ma mort pour l’indépendance de la Mauritanie du Sud.
Pour moi, il n’y a plus d’autre combat. Le Tekruur, qui sera un jour libre et indépendant, c’est une certitude, témoignera que j’ai fait partie des premiers mobilisés qui affichaient clairement leurs convictions. Je rends ici hommage à ceux qui m’ont précédé dans cette lutte pour la partition du pays afin d’éviter une guerre sans fin entre rivaux piégés dans des frontières qu’ils n’ont pas tracé. La France a une lourde responsabilité d’avoir forcé la cohabitation entre razzieurs et razziés.
La seule façon de me faire renoncer à l’indépendance serait de ramener cet oncle à la vie. Mais les morts ressuscitent-ils dans ce bas monde ? Ce message est destiné à la junte et à ses soutiens, blancs comme noirs, qui espèrent mon renoncement à cause de la peur de la plupart des habitants du Tekruur. Vous avez peur lorsque vous pensez à 1966, 1986, 1987, 1989…
D’ailleurs, depuis l’indépendance octroyée en 1960, à part la guerre du Sahara, y a-t-il eu une seule année où les Tekruurs n’ont pas eu peur pour leur vie et leur sécurité ? Je ne parle pas de l’insécurité des grandes villes, qu’ils partagent avec la masse prolétaire beïdhane. Non. Je parle de l’insécurité liée uniquement à la couleur de peau.
Vous êtes encore très peu nombreux à me rejoindre. Et je ne peux plus rien faire pour vous convaincre, car le premier recruteur de MAKKA, c’est la junte. Chacune de ses décisions racistes aurait dû grossir nos rangs. Malheureusement, nous sommes décimés par le syndrome de Stockholm, c’est lorsque la victime en vient à défendre son bourreau et à justifier ses agissements.
Je suis arrivé depuis longtemps à la conclusion que le changement viendra principalement de l’extérieur. MAKKA n’a-t-il pas vu le jour sur la place du Trocadéro, à Paris? Avez-vous déjà vu un seul sur un mur de Nouakchott ou Rosso demandant l’indépendance du Sud? Non. Et pourtant je reçois beaucoup de messages de félicitations, comme si une seule hirondelle pouvait faire le printemps.
À l’intérieur, chacun doit s’atteler à guérir de ses peurs, de ses traumatismes individuels et collectifs, ainsi que de son syndrome de Stockholm.
Moi, je serai toujours là pour dire tout haut ce que les peuples opprimés de Mauritanie pensent tout bas, y compris les masses prolétaires beïdhanes. C’est une petite élite arabe militaro-civile qui détient le pouvoir et exerce son totalitarisme en fragmentant la population. Elle ne peut plus redistribuer ses dividendes à une grande partie de sa ptopre communauté. La pauvreté se généralise sans offrir de possibilités de front uni et républicain. Telle est la réalité durable de nos communautés, cette donne ne peut être modifiée que par un partage du territoire qui délimitera de nouveaux espaces de souveraineté acceptés par des citoyens en accord avec des autorités qui leur ressemblent. Bien entendu, la partition n’est pas ethnique. Elle ne concernera pas les 2 millions de nouakchottois par exemple. Il y a une hétérogèneïté dans la capitale qui peut servir de liant fort entre le Nord et le Sud.
Je ne rentrerai que le jour où le Tekruur sera libéré. L’indépendance ne sera peut-être pas obtenue de mon vivant, il se peut donc que je ne revoie jamais de ma vie Ɓoggee, Mbaañ, Baabaaɓé, Haere Gollere, Niabina, Seeno, Kayhayɗi, Faas, Teekan, Kiifa, Gerru Mederdra,…J’aurais tant aimé voir Selibaabi, Diaagili, Wul Yenjé, Beelinaaɓe, Jowol,..mon pays est vaste et beau. Chaque lieu est magique, riche de ses habitant.e.s et de son histoire.
Je ne veux plus voir mon pays Tekruur occupé par des colons arabes. La route dite de l’Espoir pourrait être un tracé clair et consensuel des frontières entre le Nord et le Sud, avec un statut spécial pour Nouakchott, la ville la plus peuplée et la plus cosmopolite du pays.
La Mauritanie est vaste, 1 million de km2, on doit donc pouvoir s’entendre sur le partage des terres. Pour éviter une répétition du génocide de 1989, il est temps d’établir une ligne de démarcation sûre entre les victimes et leurs bourreaux.
25 juillet 2026
SIREE KAN alias Sammba Ndeet

