La question est simple, directe, et de plus en plus insistante : pourquoi le président Mohamed Ould Ghazouani évite-t-il la presse nationale ?
Dans les démocraties contemporaines, la parole du chef de l’État ne se limite pas aux discours officiels. Elle se confronte à des questions libres, parfois dérangeantes. En Mauritanie, cette pratique reste marginale.
Depuis son arrivée au pouvoir, le président privilégie une communication maîtrisée : allocutions, déclarations, formats institutionnels. Mais les grandes interviews celles où la parole est réellement mise à l’épreuve demeurent rares. Le constat est clair : le président parle, mais il n’est pas interrogé.
Cette absence dépasse le simple style de communication. Elle pose une question politique. Éviter la grande interview, c’est éviter la contradiction, les questions précises, l’obligation de répondre sans détour. Dans un contexte marqué par le chômage, les inégalités et les tensions sociales, cette absence de confrontation renforce la distance entre pouvoir et citoyens.
Le débat public s’en trouve fragilisé. Les espaces de dialogue restent limités, souvent formels. Parallèlement, plusieurs manifestations pacifiques ont été refusées ou encadrées, alimentant l’idée d’un rétrécissement des espaces d’expression. La presse nationale, malgré son dynamisme, peine à accéder aux plus hautes autorités dans des formats ouverts.
Ce manque d’accès ne concerne pas seulement les journalistes : il prive les citoyens d’un canal essentiel d’information.
Les autorités invoquent la stabilité. Mais une démocratie ne se consolide pas en évitant la contradiction elle se renforce en l’organisant.
Pourquoi éviter la presse nationale ?
Pourquoi refuser la grande interview ?
À défaut de réponses, la question demeure.
Car en démocratie, le silence n’efface pas les interrogations.
Il les amplifie.
SY ABDOULAYE
Secrétaire général de l’institution de l’opposition Démocratique Mauritanienne.


