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Opinion : La CEDEAO contre le Mali, échec et mat

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L’organisation sous-régionale est dans l’impasse. Seul un autre type de leadership, imbu de l’idéologie panafricaniste et capable de défendre les intérêts des pays membres, pourrait en faire une CEDEAO des peuples

Le 3 juillet 2022, le Sommet du syndicat de chefs d’Etat de la CEDEAO a levé l’embargo illégal, honteux et inhumain contre le Mali ainsi que le blocage de ses avoirs à la BCEAO, pris depuis le 9 janvier 2022. Ces décisions sont tout simplement le résultat d’un constat d’échec cinglant qui discrédite davantage les membres de ce syndicat, notamment les vassaux de la France, Macky Sall et Alassane Ouattara.

Un échec cuisant !

En effet, l’embargo et les autres mesures scélérates avaient pour but de mettre le Mali à genoux et amener ses dirigeants à capituler. Mais dès le début, les choses étaient mal engagées, avec le refus de la Guinée d’appliquer les sanctions. Ensuite, la diplomatie malienne a intelligemment exploité les divergences au sein et en dehors de la CEDEAO.

C’est ainsi qu’après Conakry, les autorités maliennes avaient pris langue avec la Mauritanie, qui a également refusé d’appliquer l’embargo malgré les appels du pied de la CEDEAO.

Cela avait permis au Mali d’ouvrir deux corridors : Bamako-Conakry et Bamako-Nouakchott, pour expédier ses marchandises via les ports de ces pays. Le coup d’état intervenu au Burkina Faso, le 24 janvier 2022, renforça l’échec de l’embargo avec l’ouverture de la frontière avec le Mali. Ce fut le tour du gouvernement togolais de fermer les yeux sur l’embargo. Ce qui explique le rôle de médiateur que le Mali a confié au président togolais. Par ailleurs, la Cour de Justice de l’UEMOA avait condamné le gel des avoirs du Mali par la BCEAO et ordonné la suspension immédiate de la décision.

Mais les dirigeants de l’UEMOA, en particulier Macky Sall, Alassane Ouattara, les principaux vassaux de Macron dans la sous-région, refusèrent d’appliquer la décision de la Cour. En outre, les opinions publiques en Côte d’Ivoire et au Sénégal étaient en grande majorité hostiles à l’embargo et solidaires du peuple malien.

Les secteurs économiques affectés par l’embargo, notamment les transporteurs routiers, avaient donné de la voie pour attirer l’attention sur les conséquences catastrophiques des décisions de la CEDEAO. Les actes de solidarité envers le Mali et ses dirigeants se sont multipliés au Sénégal et ailleurs.

Plusieurs dizaines de jeunes sénégalais avaient marché de Dakar à Bamako où ils avaient reçu un accueil triomphal par les populations et rencontré les autorités maliennes. De jeunes guinéens leur avait emboîté le pas. Plusieurs délégations de la société civile africaine, dont celle du Sénégal, conduite par l’Honorable député Mamadou Diop « Decroix », le Pr. Pierre Sané et Guy Marius Sagna, avaient également été reçues à Bamako par les autorités de la Transition.

Une victoire du peuple malien et de ses dirigeants

Echec cinglant donc pour les dirigeants de la CEDEAO et de la France. Et victoire éclatante pour le peuple et les dirigeants maliens. En effet, le peuple malien avait administré une réponse magistrale aux présidents de la CEDEAO.

La manifestation de centaines de milliers de personnes à Bamako et dans plusieurs autres villes ainsi que dans la diaspora malienne, le 14 janvier 2022, avait exprimé le rejet avec mépris des décisions illégales de la CEDEAO et de l’UEMOA.

Cette démonstration de force comportait surtout un message clair et net : le peuple malien était prêt à tous les sacrifices pour préserver sa souveraineté et garder sa dignité. Ce puissant soutien populaire avait renforcé la détermination des dirigeants maliens à tenir bon face aux pressions à la fois de la CEDEAO et de la France.

Le Mali est donc sorti grandi de cette épreuve. Il est aujourd’hui perçu par l’opinion africaine comme l’exemple de pays africain capable de préserver sa dignité, son indépendant et sa souveraineté face aux pressions extérieures et aux défis internes.

Quant à la France, elle a été obligée de quitter honteusement le Mali, après plusieurs années d’échec dans la lutte contre le terrorisme, qu’elle a souvent instrumentalisé pour déstabiliser ce pays. La popularité d’Assimi Goïta est telle qu’il est assimilé à Thomas Sankara. Quant à Macky Sall et Alassane Ouattara, ils sont perçus par l’opinion africaine comme de vulgaires valets de la France, prêts à défendre les intérêts de celle-ci contre ceux d’un pays frère.

Le Sénégal, grand perdant

En décrétant cet embargo illégal, Macky Sall n’avait pas bien calculé les pertesincommensurables qu’il allait infliger à l’économie de son pays. Le patronat sénégalais et d’autres milieux d’affaires ont essayé de chiffrer ces pertes pendant les six mois qu’a durés l’embargo. Selon eux, le trafic de conteneurs avec le Mali a baissé de 70%.

Cette baisse a affecté nombre de secteurs, comme les matériaux de construction, les produits chimiques et les produits alimentaires. A cela, il faut ajouter les pertes subies par les investisseurs du fait du gel des transactions financières décrétées par l’UEMOA.

On voit ainsi que le Sénégal a été le dindon de la farce de cet embargo. Mais au-delà des chiffres, ce que le Sénégal risque de perdre c’est la confiance des milieux d’affaires maliens et sa crédibilité.

L’on peut se demander si au bout du compte, le Sénégal ne risque pas de perdre beaucoup plus, avec la possible réduction des activités des entrepôts maliens au Port autonome de Dakar (PAD).

Les milieux d’affaires et une bonne partie de l’opinion se sont demandé depuis le début de l’embargo comment le président Macky Sall a pu soutenir une telle décision contre son principal partenaire commercial dans la CEDEAO, avec lequel les échanges annuels se chiffrent à près de 500 milliards de francs CFA.

La fonction première d’un chef d’Etat est la défense des intérêts de son pays. Dans le cas présent, les intérêts du Sénégal ont été passés par pertes et profits pour promouvoir l’agenda de la France contre le Mali. En fait, le comportement des dirigeants de la CEDEAO face aux crises en cours amène à s’interroger sur l’avenir même de celle-ci.

L’avenir de la CEDEAO en question

Ces crises sont le reflet de la crise profonde qui ronge la CEDEAO elle-même. Après des décennies d’existence, elle semble être bloquée, incapable d’avancer, d’accomplir des progrès significatifs. Prenons le cas de la monnaie unique ou commune en débat depuis des décennies. Son adoption a été renvoyée à 2027. Mais au point où vont les choses cette échéance n’a aucune chance d’être respectée.

Les crises de la Covid-19 et les bouleversements géopolitiques en cours, avec la guerre en Ukraine et ses conséquences, ont complètement changé le contexte économique mondial et africain. Cela a mis les pays de la CEDEAO dans une situation critique, illustrée par l’échec des politiques néolibérales complètement discréditées.

Sur le plan politique, les dirigeants de la CEDEAO, dont certains sont de véritables despotes, prétendent jouer aux gendarmes pour faire respecter « l’ordre constitutionnel » chez leurs voisins. Mais ils sont disqualifiés pour jouer ce rôle alors que ces despotes violent allègrement la Constitution de leur pays et n’ont aucun respect pour l’Etat de droit.

C’est le cas notamment de Alassane Ouattara qui est à son troisième mandant et de Macky Sall qui cherche lui aussi à violer la Constitution pour briguer un troisième mandat en 2024. Ces dictateurs sont complètement disqualifiés pour donner des leçons au Mali et aux autres pays.

Pas de doute, la CEDEAO est dans l’impasse. Seul un autre type de leadership, imbu de l’idéologie panafricaniste et capable de défendre les intérêts des pays membres, pourrait la sortir de cette impasse et en faire une CEDEAO des peuples.

Demba Moussa Dembélé