À vous, le « faux 10 », qui seriez élu depuis 2006 à la députation du département de Maghama, avec quatre mandats successifs et quatre passages au gouvernement, à la tête de portefeuilles ministériels différents, mais dont les réalisations et l’impact sur le développement de notre département demeurent, à mes yeux, largement insuffisants, voire parfois aberrants.
Carton vert
Cependant, je vous décerne un carton vert pour vos qualités humaines : votre gentillesse, votre largesse d’esprit, votre sagesse, votre générosité, votre simplicité, votre accessibilité, votre ouverture et votre courtoisie.
Autant de qualités qui vous rendent presque incontournable et difficilement comparable dans les sphères politiques.
Carton jaune
Néanmoins, je vous adresse un carton jaune pour votre longévité politique, votre maturité et surtout votre remarquable assise politique.
Depuis 2006, vous avez su bâtir une stratégie politique redoutablement efficace, avec une véritable maîtrise des mécanismes du pouvoir. Vous avez non seulement réussi à vous faire élire, mais également à faire élire des maires et des députés.
Cette longévité et cette capacité à conserver votre influence témoignent incontestablement d’une grande expérience politique.
Carton rouge
Mais c’est surtout sur le terrain du bilan et de l’impact concret que je vous adresse mon carton rouge.
Car après tant d’années de représentation politique et autant de responsabilités, comment expliquer encore :
-l’absence de routes goudronnées reliant Maghama à M’Bout, puis à Sélibaby, en passant par Sagné ;
-l’absence d’un véritable centre de formation professionnelle, technique et commerciale pour notre département ;
-l’insuffisance des structures sanitaires adéquates, fonctionnelles et correctement équipées dans les villes et villages du département ;
-le manque de véritables politiques d’insertion, de nomination, de promotion et d’employabilité des jeunes de Maghama ;
les difficultés persistantes d’accès à l’eau et à l’électricité, notamment dans la ville de Maghama, mais aussi dans plusieurs autres communes et localités du département ;
-et, surtout, les difficultés que rencontrent encore des centaines de citoyens pour obtenir leur enrôlement et leurs documents d’état civil.
Sur ce dernier point, la question mérite d’être posée avec force : comment peut-on accepter que des citoyens mauritaniens rencontrent encore autant d’obstacles pour faire reconnaître leur identité et leurs droits, alors que d’autres personnes ( les palestiniens) obtiennent plus facilement des documents, la naturalisation ou la nationalité ?
Cette situation nourrit un profond sentiment d’injustice et d’abandon chez une partie de nos populations.
Pourquoi « faux 10 » ?
C’est précisément pour toutes ces raisons que je vous qualifie de « faux 10 ».
Parce qu’un véritable numéro 10 n’est pas seulement celui qui porte le maillot ou occupe une place prestigieuse. Le véritable numéro 10 est celui qui crée, qui influence, qui organise, qui inspire, qui fait jouer les autres et surtout qui change le cours du match.
Or, après quatre mandats parlementaires et plusieurs responsabilités ministérielles, la question demeure entière :
Où est l’impact ?
Où est l’influence ?
Où est la transformation profonde de notre département ?
Où sont les grandes réalisations qui devraient porter votre empreinte ?
Dans un grand club comme le Real Madrid, un numéro 10 est attendu pour faire la différence, créer des occasions, porter son équipe et inscrire son nom dans les grandes victoires.
Il ne suffit donc pas d’être présent sur le terrain : il faut être décisif.
De la même manière, dans un gouvernement, certaines fonctions disposent d’une capacité d’action et d’influence considérable : Premier ministre, ministre de l’Intérieur, ministre des Affaires étrangères, ministre des Finances, ministre de la Défense, ministre de l’Éducation ou ministre de la Santé.
Ce sont des postes stratégiques où l’on peut véritablement impulser, décider et transformer.
Alors oui : un « faux 10 »
Un numéro *12*, peut-être, aurait été plus approprié : celui du supporter fidèle, celui qui accompagne les véritables joueurs, encourage les talents, soutient les compétents, les courageux, les qualifiés, les plus avertis et les plus combatifs.
Car la politique, comme le football, ne devrait pas être une question de maillot, de statut ou de longévité.
Elle devrait être une question de résultats, d’impact, de vision et de transformation de la vie des populations.
Maghama mérite mieux que des mandats successifs.
Maghama mérite des résultats.
Maghama mérite une véritable vision.
Maghama mérite des décideurs capables de transformer les promesses en réalisations.
Vive les prodiges !
Vive les véritables numéros 10 !
Et surtout, vive Maghama !
Ndiaye Adama Zakaria
Adjoint au maire de la commune de Maghama


