Nous, veuves et Orphelins des Victimes Civiles et Militaires de Mauritanie, prenons aujourd’hui la parole avec la dignité, la douleur et la détermination de celles qui savent que la justice n’est pas une option mais un devoir. Trente-cinq ans après les pendaisons d’Inal, après l’assassinat de plus de 520 militaires noirs mauritaniens dans des camps de torture disséminés à travers le pays, après des décennies de mensonges, de déni et de lois scélérates, notre engagement demeure indéfectible, incorruptible etimpossible à réduire au silence. La nuit du 27 au 28 novembre 1990 n’a jamais pris fin pour nous. Elle se prolonge chaque jour tant que les corps de nos maris, de nos frères et de nos pères n’ont pas été retrouvés, tant qu’aucune vérité n’a été révélée, tant qu’aucune justice n’a été rendue, tant que ceux qui ont ordonné et exécuté ces crimes continuent d’être protégés par l’État et honorés dans ses institutions.
Face aux tentatives visant à maquiller un pseudo-règlement du passif humanitaire, à détourner notre lutte ou à nous instrumentaliser, nous affirmons avec force que nous ne reconnaîtrons jamais un processus dépourvu de vérité, de justice, de réparations et de garanties de non-répétition. Aucun voyage, aucune cérémonie, aucune mise en scène ne pourra se substituer à un règlement global conforme aux standards internationaux de la justice transitionnelle. Nous n’accepterons jamais que la mémoire de nos morts serve d’alibi à une normalisation politique fondée sur l’oubli. Notre engagement n’est pas négociable, et notre parole ne peut être achetée.
Dans ce contexte déjà lourd, nous dénonçons avec gravité les arrestations qui ont suivi la marche pacifique organisée pour réclamer justice. Treize personnes sont actuellement détenues dans sept commissariats différents, parmi lesquelles une jeune fille mineure née en 2009, deux orphelins, la vice-présidente du collectif des veuves et plusieurs blessés graves laissés sans soins. Dans certains commissariats, notamment à Sebkha 1, l’accès aux détenus est refusé, et des personnes comme Mariem Bocar Sy souffrent depuis des heures sans prise en charge. Nous rappelons que marcher pacifiquement, exiger justice et vérité, honorer la mémoire des victimes et demander la fin de l’impunité ne constitue en aucun cas un crime. Militer pour la justice ne le sera jamais. Nous exigeons leur libération immédiate et inconditionnelle.
Le refus de l’État mauritanien de régler le passif humanitaire ne constitue pas seulement une injustice nationale : c’est une violation manifeste de ses engagements internationaux. En continuant d’ignorer la vérité et de protéger les responsables des crimes, la Mauritanie viole le Pacte international relatif aux droits civils et politiques, la Charte africaine des droits de l’homme et des peuples ainsi que la Convention contre la torture, qui imposent toutes l’obligation d’enquêter, de poursuivre, de garantir desrecours effectifs et de protéger la dignité humaine. Or, depuis des décennies, nos droits les plus élémentaires soit droit à la vérité, droit à la justice, droit à la sépulture, droit au deuil nous sont refusés.
Il est d’autant plus tragique que l’Union africaine ait placé l’année 2025 sous le thème de « Justice et Réparation », pendant que la Mauritanie, qui présidait encore l’organisation en 2024, continue d’ignorer ses propres victimes et de nier son histoire. Ce contraste révèle une profonde contradiction entre les discours officiels et la réalité vécue par les citoyens noirs mauritaniens, en particulier par les familles des disparus et des exécutés.
Aujourd’hui, nous réaffirmons avec force que notre engagement n’est pas seulement un devoir envers nos morts, mais un acte de résistance contre l’effacement et le mensonge. Tant que les tombes n’auront pas été retrouvées, tant que la loi d’amnistie de 1993 restera en vigueur, tant que les sites de torture ne seront pas identifiés, tant que les criminels continueront de bénéficier de protections institutionnelles, tant que nos enfants seront arrêtés pour avoir réclamé justice, nous resterons debout, unies, déterminées. Nous n’avons pas peur. Nous ne céderons jamais. Et nous irons jusqu’au bout pour que vérité, justice et mémoire triomphent enfin dans ce pays qui est aussi le nôtre.
Voici la liste connue des détenus et leurs lieux de détention :
- 1 Moussa Thiam
- 2 Abdallah Ould Mohamed Mahmoud (blesse grave)
- 3 Moctar Keita
- 4 Moussa Soumaré (orphelin)
- 5 Kaaw lô
- 6 Dieynaba Ndiom
- 7 Baalal Maimouna sall (vice-présidente collectif des veuves)
- 8 Jemila Ahmed
- 9 Hawa Diallo
- 10 Moctar Diaw –
- 11 Mariem Bocar SY (orpheline) – malade sans aucun accès à des soins
- 12 Moctar Gourmo Ndiaye dit Bayal
- 13 Boudalaye Diouma Sy
Au total : 13 personnes sont détenues dans sept différents commissariats, dont des blessés graves sans aucun accès aux soins.
Alliance des Orphelins des Victimes Civiles et Militaires de Mauritanie Collectif des veuves
Nouakchott le 30 Novembre 2025

















