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Une conférence F8 sous tension : ce qu’il faut retenir des annonces de Facebook

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La conférence annuelle de Facebook à destination des développeurs s’est tenue dans un contexte très particulier. À travers ses annonces se dessine la trajectoire d’une entreprise en crise.
Le F8 n’est normalement qu’une conférence annuelle de Facebook destinée aux spécialistes de la technologie, et en particulier à la communauté des développeurs. Mais cette année n’a rien d’habituel pour l’entreprise de Mark Zuckerberg, qui traverse la plus grande crise de son histoire.
Pour la première fois depuis son passage devant le Congrès américain, Mark Zuckerberg a pourtant tenté de reprendre en apparence le cours «normal» de ses activités de PDG en égrenant les déclarations autour de nouveaux produits et de la vision stratégique de l’entreprise. Malgré les effets d’annonces savamment orchestrés, les plus notables témoignent encore d’une stratégie en demi-teinte sur la question de la protection de la vie privée.
Le faux cadeau de «Clear History», censé permettre de supprimer l’historique de navigation
Facebook a ainsi annoncé une fois de plus vouloir redonner davantage de contrôles sur la collecte des données personnelles avec une nouvelle fonctionnalité baptisée «Clear History»,.
Elle est censée permettre de supprimer l’historique de navigation de chaque utilisateur (que Facebook collecte jusqu’ici sans forcément demander la permission). Ni la forme, ni la date de sortie d’un tel dispositif ne sont précisées dans le communiqué.
Facebook omet également de préciser qu’il s’agit aussi d’une obligation légale, formulée par le nouveau règlement européen sur les données personnelles (RGPD) qui entre en application à compter du 25 mai prochain, mais aussi par de multiples lois nationales sur la protection des informations personnelles.
Qualifié par certains commentaires de «plus grand changement depuis l’affaire Cambridge Analytica», cette promesse de Clear History est en fait loin de signer la fin du modèle de pistage de Facebook.
L’entreprise utilise en effet près d’une vingtaine d’outils de collecte(les fameux «cookies») différents pour récolter les données de milliards d’internautes. Certains sont installés sur son propre site, mais beaucoup sont aussi disséminés un peu partout sur Internet afin d’améliorer ses services publicitaires: ils sont parfois visibles, comme avec les boutons «j’aime» ou «partager», et parfois invisibles à l’œil nu comme avec les «pixels Facebook», placés sur près d’un tiers des sites Internet au monde, selon un rapport de l’Autorité de la Concurrence.
Ceux-ci collectent les données d’utilisateurs de Facebook hors de Facebook mais aussi celles de personnes qui ne sont mêmes pas inscrites sur Facebook. C’est grâce à eux que les dernières chaussures que vous avez voulu acheter se retrouvent miraculeusement dans une publicité sur Facebook.
L’outil Clear History ne permettra pas à ceux qui n’ont pas de compte d’empêcher cette collecte, fait savoir un porte-parole de l’entreprise. Il ne permettra pas non plus aux utilisateurs de ne plus voir leurs données collectées: elles seront simplement «agrégées», alors qu’elles sont actuellement directement reliées à un profil nominatif.
Le pixel Facebook continuera ces activités de traçage malgré tout. En outre, les multiples cookies de collecte de Facebook, comme le «cookie datr», continueront d’exister, fait également savoir un porte-parole.
Une application de rencontres …
Facebook veut offrir un service de rencontres amoureuses, baptisé «Dating». «L’application sera destinée à construire des relations authentiques et durables, pas seulement des plans d’un soir», a précisé Mark Zuckerberg, soulignant qu‘environ 200 millions d’utilisateurs se présentaient déjà comme célibataires sur Facebook et qu’un mariage sur trois aux États-Unis résultait d’une rencontre faite en ligne.
Pour le chercheur en cybersécurité et consultant en vie privée Lukasz Olejnik, cette annonce est directement corrélée à celle de «clear history». Il s’agirait pour Facebook de montrer patte blanche, au moment où l’entreprise introduit une nouvelle fonctionnalité particulièrement sensible – car liée à l’orientation sexuelle et à la vie affective et amoureuse des utilisateurs».
Dans un entretien de Mark Zuckerberg à Wired, il est aussi précisé que les données de «Dating» ne seront pas utilisées à des fins publicitaires.
… et de la réalité augmentée pour «aller de l’avant»
S’attaquer à ce nouveau marché gourmand en données sensibles a forcé Facebook à renoncer à un autre produit particulièrement critiqué pour son caractère intrusif: ses enceintes intelligentesLeur sortie a été repoussée après l’explosion du scandale Cambridge Analytica, même si elle était censée se tenir lors de ce F8, rapporte le média CNBC.
Elles étaient les grandes absentes de l’événement, qui a préféré consacrer la sortie d’un autre produit, le casque de réalité virtuelle Oculus Go. Celui-ci est commercialisé à un prix plus accessible au grand public, pour un montant annoncé à environ 200 dollars (environ 220 euros). Déjà l’an passé, Facebook avait particulièrement appuyé sa volonté de développer la technologie auprès du grand public.
Il poursuit aussi cette ambition cette année en mettant à jour ses outils de réalité augmentée sur Messenger, Instagram et Facebook. Les développeurs pourront ainsi créer et ajouter des modèles en 3D à la bibliothèque de Facebook, mais aussi profiter de l’amélioration de la captation des objets, des visages ou des corps.
De nouvelles fonctionnalités pour Messenger, WhatsApp et Instagram
Facebook n’a pas non plus oublié ses produits phare de messagerie, en promettant de nouvelles fonctionnalités sur chacun.
WhatsApp sera doté d’autocollants, Instagram d’une fonctionnalité d’appels vidéo de groupe. Mais c’est surtout Messenger qui bénéficiera d’un lifting complet et sera enrichi d’une fonctionnalité de traduction automatique fournie par des algorithmes d’intelligence artificielle.
La fonctionnalité est avant tout pensée en des termes commerciaux: elle est ainsi censée favoriser les échanges sur Marketplace, la place de marché entre utilisateurs que Facebook a lancée en 2016 et qui peine encore à décoller. «La décision la plus difficile cette année n’a pas vraiment été d’investir dans la sécurité et la sûreté», explique Mark Zuckerberg à Wired. «Je veux dire, c’était évident – il n’y avait pas la possibilité de ne pas le faire. La vraie question est de savoir comment trouver un chemin pour aller de l’avant sur toutes les autres choses que notre communauté attend de nous.»

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