Depuis plusieurs années, le secteur audiovisuel sénégalais connaît une expansion remarquable. Séries télévisées, films, plateformes numériques : la production locale s’impose, gagne en visibilité et en influence. Pourtant, derrière cette réussite apparente se cache une réalité préoccupante, souvent passée sous silence : l’appropriation abusive des œuvres d’auteurs par certaines grandes productions audiovisuelles.
De nombreux scénaristes, écrivains et créateurs dénoncent des pratiques consistant à exploiter leurs idées, leurs scénarios ou leurs concepts sans reconnaissance adéquate ni rémunération équitable. Dans certains cas, les œuvres sont modifiées, adaptées ou utilisées sans contrat clair, au détriment des droits moraux et financiers de leurs auteurs. Cette situation fragilise la création artistique et installe un rapport de force profondément déséquilibré entre créateurs et producteurs.
L’argument souvent avancé par les maisons de production est celui de l’investissement financier et du risque économique. Certes, produire coûte cher. Mais cela ne saurait justifier la marginalisation de ceux qui sont à l’origine même des contenus : les auteurs. Sans leurs idées, sans leur imagination, aucune série à succès, aucun film marquant ne verrait le jour.
Cette appropriation des œuvres pose également un problème éthique et culturel. En affaiblissant les droits des auteurs, on décourage la créativité, on pousse les talents à l’autocensure ou à l’exil, et on appauvrit, à terme, la diversité culturelle sénégalaise. Une industrie qui prospère sur l’injustice ne peut être durable.
Il est donc urgent de renforcer la protection des droits d’auteur, d’appliquer rigoureusement les textes existants et d’impliquer les sociétés de gestion collective dans la défense effective des créateurs. Les auteurs doivent être considérés comme des partenaires à part entière, et non comme de simples fournisseurs d’idées jetables.
Le développement de l’audiovisuel sénégalais ne doit pas se faire au prix du sacrifice de ses créateurs. Reconnaître, respecter et rémunérer les auteurs n’est pas un luxe : c’est une condition essentielle pour bâtir une industrie culturelle forte, juste et respectée, au Sénégal comme à l’international.




















