Accueil Culture Sénégal: Bavures après bavures, ça suffit ! L’université n’est pas un mouroir…

Sénégal: Bavures après bavures, ça suffit ! L’université n’est pas un mouroir…

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université gaston berger

Alors qu’on n’a pas fini d’épiloguer sur le cas du capitaine Dièye, voilà que les hommes de tenue reviennent au-devant de la scène. Et cette fois, de la façon la moins glorieuse. La mort d’un étudiant à l’université Gaston Berger de Saint-Louis vient s’ajouter à la liste déjà longue des victimes des forces destructrices de vie. Plutôt que d’assurer l’ordre comme il leur est notifié, ces agents se prennent pour l’ange de la mort et transforment les temples du savoir, d’habitude paisibles, en far-West. Oter la vie à quelqu’un pour une question aussi banale et basique que le paiement des bourses est aberrant et criminel.

La situation qui sévit présentement à l’Université de Saint-Louis était prévisible. Si des éléments de sécurité foulent aux pieds les franchises universitaires et s’introduisent dans cet espace, c’est qu’ils ont reçu l’ordre du recteur qui est par ailleurs le président de l’Assemblée de l’université, Baydallaye Kane. Au lieu de soutenir ses étudiants dans leurs revendications, il leur envoie un communiqué avec des menaces voilées et qui présumaient de tout ce qui est arrivé aujourd’hui.

Dans cette note datée du 26 Avril 2018, il écrivit « j’informe que toutes les autorités vont prendre les dispositions nécessaires pour sécuriser les restaurants. Les mesures qui vont être prises visent exclusivement à permettre aux étudiants munis de leurs tickets de se restaurer en toute quiétude ». Naturellement, ce qui se produit aujourd’hui n’est que la mise en application de cette note et donc la bavure des forces de l’ordre trouve ses fondements dans cette mise en demeure.

L’université est-elle devenue un champ de bataille

L’université n’est pas un mouroir. Alors quand des étudiants manifestent contre le retard des bourses, c’est qu’ils désirent être dans des conditions idoines pour étudier. Jusqu’à la preuve du contraire, les manifestants sont tous des étudiants, donc des ayant-droits à ces maigres bourses. Leur priver cela, même si c’est pour quelques jours, relève de la pure provocation et « ventre affamé n’a point d’oreilles ».  Les Journées Sans Ticket (J.S.T) ne sont pas déclarées ex nihilo ; elles trouvent toujours des raisons valables au niveau de ces étudiants. Comment peut-on se restaurer si l’on n’a pas de quoi acheter des tickets ?

L’université n’est pas un mouroir. Cette mort de Fallou SENE est la énième que subit la communauté estudiantine. Dans les mêmes circonstances et pour les mêmes raisons, les étudiants Balla Gaye et Bassirou Faye furent arrachés de l’affection de leurs parents respectivement en 2001 et 2014. Déjà deux, sous le régime du président Macky SALL. Deux vies qui promettaient à coup sûr, deux âmes sur qui beaucoup d’espoir était fondé.

Sur  le cas Fallou Sène, les responsables sont connus

Pour le cas de Fallou SENE, étudiant en deuxième année en Français à l’Unité de Formation et de Recherches Lettres et Sciences Humaines (UFR/LSH), le recteur et le directeur du CROUS sont les principaux responsables. Le recteur pour avoir consenti à l’invasion du campus social et le directeur du CROUS pour avoir voulu contrer par la force la restauration gratuite des étudiants. Est aussi responsable toute la chaîne de commandement des forces de l’ordre qui ont pris d’assaut les restaurants et tenté d’empêcher toute restauration. Plus que tous les autres, le ministre de l’enseignement supérieur et le directeur des bourses doivent répondre de ces crimes pour n’avoir pas respecté l’engagement de payer les bourses le 5 de chaque mois.

Des mesures vont être prises, et des enquêtes ouvertes comme à l’accoutumée. Et les tireurs, ces tueurs qui semblent avoir soif de sang, seront jugés et malheureusement eux seuls, les subalternes, seront sanctionnés. Les autorités sous l’ordre desquelles ils ont agi ne seront guère inquiétées. Rien de tout ce qui découlera des enquêtes, ni le paiement des bourses qu’ils vont vite diligenter pour calmer les esprits, encore moins une démission d’un quelconque responsable ne pourra faire revenir les morts. Le mal est déjà fait. Avec des forces de l’ordre qui ne savent que manier les armes, aucune diplomatie ou intelligence, aucun courage de se frotter aux foules à armes égales, ce n’est pas demain la veille que de telles barbaries cesseront d’exister.

Brutalité n’est pas nouvelle à Sanar

Pour avoir été à Sanar, je sais que ce n’est pas la première fois que des étudiants sont malmenés. Déjà en 2011, des affrontements d’une violence inouïe avaient éclaté entre étudiants et forces de l’ordre et avaient conduit les premiers à mettre le feu au rectorat dirigé alors par Monsieur Mary Teuw Niane. Beaucoup d’étudiants furent interpelés et blessés, la différence est qu’il n’y avait pas mort d’hommes. Sur le bilan du recteur Mary Teuw NIANE à la tête de l’université de Saint-Louis figure en bonne place le procès des étudiants « saccageurs » à l’époque. Et sur son bilan en tant que ministre de l’enseignement supérieur, on compte déjà deux morts. Un bilan très lourd, quels que puissent ses résultats dans les autres domaines. Les étudiants sont écartés de sa politique, il ne s’intéresse qu’aux infrastructures ; le cas contraire, il aurait agi en amont pour éviter ce malheur.

En tant qu’ancien « Sanarois », je me sens outré par la récurrence de telles attitudes sadiques de la part de toutes les autorités impliquées dans cette affaire. Il faut que justice se fasse et que ces gens-là soient punis car ils sont tous coupables. S’il savait qu’il allait y rencontrer la mort, Fallou SENE ne serait pas parti à Sanar mais, naïf, il pensait comme tous ses autres pairs que l’université n’est pas un mouroir.

Par Ababacar GAYE/Senenews

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