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Sénégal: 2000-2019 Abdoulaye Wade, la chronique d’une autodestruction !

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abdoulaye wade

Sans être candidat, Wade est devenu par la force des choses l’un des principaux pôles d’attraction du scrutin à venir. Il fait de l’ombre à tous les candidats et réussit magistralement à installer la peur chez les acteurs de tous genres. Pourtant, Maître est le propre artisan de cette déconvenue que lui et son parti sont en train de vivre. De 2000 à 2019, le secrétaire général du Pds n’a cessé de contribuer à l’éclatement de son parti qui est aujourd’hui en lambeaux. SENENEWS vous propose ici la chronique de la déchéance de Maître Abdoulaye Wade et les disgrâces de son parti.

N’eût-été la gestion personnelle et parfois égocentrique de sa formation, l’ancien président pouvait voir son parti diriger le pays pendant des décennies sans discontinuer. Les années qui ont suivi l’alternance survenue en 2000 furent difficiles pour l’opposition d’alors portée principalement par un parti déchu que fut le Parti Socialiste. Durant tout le premier mandat de Wade, les partisans d’Ousmane Tanor Dieng n’existaient presque plus, aucune résistance n’était donc envisageable de la part des bannis de 2000. Fort de l’état de grâce que lui a accordé le peuple, plus patient que jamais avant, Maitre Wade avait carte blanche à tout faire sans risquer d’être décrié ou défié par les opposants d’alors qui étaient obligés de se terrer chez eux et de se taire en attendant le moment propice pour reprendre service.

Même après le limogeage en 2001 de son premier chef du gouvernement, Moustapha Niasse, l’ancien président ne fit l’objet d’aucune remontrance. C’était dans l’ordre normal des choses au goût du peuple qui veillait au grain. Après le naufrage du bateau « Le Joolaa », le plus grand scandale de son septennat, aucune manifestation de rue ne fut notée pour s’offusquer du laxisme dont le gouvernement d’alors fut accusé. Il suffisait pour Wade de limoger le premier ministre Mame Madior Boye pour apaiser les cœurs et étouffer toute volonté de protestation. Ce drame du 26 septembre 2002 fut d’ailleurs très sévèrement condamné par le président Wade qui commenta en ces termes : « les vices qui sont à la base de cette catastrophe trouvent leur fondement dans nos habitudes de légèreté, de manque de sérieux, d’irresponsabilité, parfois de cupidité lorsqu’on tolère des situations qu’on sait parfaitement dangereuses, simplement parce qu’on en tire un profit ».

Après ce discours à charge de Wade, ses ministres des transports Youssoupha Sakho et des Forces armées Youba Sambou durent simplement rendre le tablier. Ainsi le président Wade réussit-il à désamorcer la bombe de la contestation.

2004-2008 : la décapitation des fils et principaux héritiers

Jusqu’en 2005, Maitre Abdoulaye Wade ne faisait l’objet d’aucune contestation politique avec l’absence d’une vraie opposition face à lui. Ce n’est qu’avec les déchirements internes au sein du parti empirés par la bataille de positionnement des principaux ténors que Wade commença à montrer un visage différent de celui du fédérateur qu’on lui connaissait. Lui, qui fut et demeure la seule constante, était hostile à toute idée de succession ou de dauphinat et n’hésitait pas à hypothéquer l’avenir des autres variables. La nature ayant horreur du vide, les fils adoptifs de Wade vont parvenir à s’imposer sans difficulté et à s’opposer avec témérité.

Parmi ces variables, s’étaient très tôt dégagées deux identités remarquables qui avaient toutes les qualités et la légitimité requise pour aspirer à succéder au président. Il s’agit bien sûr des deux anciens premiers ministres Idrissa Seck et Macky Sall. Pourtant le président Wade, au lieu de tirer un maximum de profit de leur compagnonnage et de l’aura qu’ils gagnaient à ses côtés, n’hésitera pas à les décapiter en usant de moyens jugés parfois non-conventionnels.

Cela affaiblit son parti puisqu’à tour de rôle ses deux anciens collaborateurs réussiront successivement à le défier et à le défaire. L’affaire des chantiers de Thiès et les accusations d’atteinte à la sûreté de l’Etat brandies contre Idrissa Seck en 2005 réussiront plus à créer un farouche opposant qu’à éliminer un probable adversaire. C’est dans ce contexte d’accusations et de diabolisation que l’ancien premier ministre Idrissa Seck réussira à être candidat en 2007 et se placer comme deuxième avec un score honorable de 14%.

Le même plan de liquidation et complot sera ourdi contre Macky Sall pressenti pour remplacer le vieux. L’erreur de coaching du maître des horloges se répétera avec la plus grande implication des faucons du palais qui parvinrent à renverser l’ancien numéro deux, héritier en devenir. Maitre Wade se tirera une balle en se débarrassant de son ancien directeur de campagne de 2007 pour les beaux yeux de son fils. Pour avoir eu le courage de convoquer Karim Wade pour une audition par l’Assemblée nationale du dossier de l’ANOCI (Agence nationale pour l’organisation de la conférence islamique), le président de l’institution parlementaire sera déchu avec le vote de la loi Sada Ndiaye taillée sur mesure, et qui ramène à un an renouvelable le mandat du patron de l’Assemblée nationale.

Débouté en 2008, Macky Sall sort du Pds et crée son propre parti APR/Yaakaar. Un autre départ minimisé au sein de la formation libérale mais qui allait être déterminant d’autant plus que c’est ce deuxième fils banni qui devra précipiter la chute du père « jaloux ». Dopé par le capital de sympathie engrangé après les nombreux déboires avec la justice dont le plus visible fut l’affaire de blanchiment d’argent en 2009, Macky Sall gagnera des mairies avec l’alliance « Dekkal Ngor » la même année avant de remporter l’élection présidentielle en 2012.

2012-2019 : Après la déchéance, les défiances et les exclusions …

Après la défaite de 2012, l’urgence pour le Pds devrait être l’union des cœurs dans le but de s’adapter à a nouvelle situation d’opposition. Le maitre mot devrait être comment réussir à fixer les partisans et personnalités du pouvoir afin d’échapper aux effets de la transhumance toujours nocifs aux partis de l’opposition. Pourtant, malgré la perte du pouvoir, le Pds réussit à se placer comme principal parti de l’opposition contrairement à la situation du Ps après 2000. Cependant, la formation d’Abdoulaye Wade connaîtra une saignée due aux dissidences et autres crises internes au parti. C’est ainsi qu’est né l’alliance « Bokk Guiss Guiss » de l’ancien président du Sénat Pape Diop. Lors des législatives de 2012, l’ex-compagnon de Wade crée sa propre liste et gagne nombre important de postes de députés. Là aussi, le Maitre a préféré se séparer d’un ténor pour faire place, à tort ou à raison, à son fils et voit beaucoup de ses fidèles partisans le quitter pour Pape Diop.

Outre le départ de l’ancien président de l’Assemblée Pape Diop, les délires oniriques du patriarche qui ne tolère aucune autonomie ou ouverture vont le mener dans une série de bras de fer et d’exclusions. Sur la liste des « bannis » du Pds après 2012, il faut écrire en bonne place le nom de l’ancien président du groupe libéral Modou Diagne Fada qui en appelait à réformer le parti. Sa dissidence lui coûtera son statut de membre du Pds en 2015 et le poussera à créer son mouvement devenu parti LDR/Yeesal avec un bon nombre de responsables libéraux que comptait la branche des « Réformateurs ». A sa suite, le député Aida Mbodj qui le succède à la tête du groupe parlementaire sera sabré à son tour pour avoir voulu aller aux législatives de 2017 avec sa propre liste. Un crime de lèse-majesté qui lui vaudra la perte de son poste à la tête du groupe parlementaire libéral et démocrateVisiblement, le président Wade ne tolère pas la liberté de ton et de choix, ses ordres doivent être suivis à la lettre de gré ou de force.

L’autodestruction du secrétaire général du Pds atteint son summum avec l’exclusion de ses plus vieux compagnons devenus dissidents. Emboitant le pas aux « Réformateurs », Pape Samba Mboup et Farba Senghor vont expérimenter le même sort à cause de leur ambition personnelle lors des législatives passées. La cour du roi se vide de plus en plus et ceux que l’on considérait jadis comme des valets assujettis quittent tout bonnement le foyer paternel et se lancent dans des aventures infructueuses. En revanche, leur départ aura le mérite de mettre à nu le fou désir du pape du Sopi de rester la seule constante de sa formation. Le cycle continuel de transhumance d’anciens proches comme Abdoulaye Baldé, Souleymane Ndéné Ndiaye et Ousmane Ngom entre autres participera aussi de façon réelle à la perte de vitesse du Pds qui perd ainsi beaucoup de ses bases.

L’entêtement royal du chef du Pds va conduire son parti à la forclusion pour le scrutin du 24 février 2019. La plus grande déconvenue de Wade depuis la création de son parti sera en effet la non-participation de sa formation. Obsédé par le désir de vouloir son fils Karim Wade défendre les couleurs de son parti, Maitre Wade s’est résolu à éviter tout plan B en cas de rejet de l’impossibilité de la candidature de son bien-aimé fils. Seul Maitre Madické Niang, un compagnon de longue date de Wade père, a osé prendre les devants pour parer à cette éventualité de forclusion.

Mal lui en aura pris cependant puisque Abdoulaye Wade le considèrera comme un dissident et sollicitera son exclusion du parti et de son poste de président du groupe parlementaire. Considéré par certains comme la cinquième roue du carrosse, Maitre est devenu un candidat contre vents et marées mais sans le soutien de son parti de toujours. Le président Wade, quant à lui, continue de faire des siennes et d’inviter les siens à la violence. A force d’exclure et de prendre de haut ses camarades de parti, le secrétaire général du Pds a juste réussi la prouesse de s’autodétruire de la plus déshonorable des manières.

senenews

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