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Mauritanie: Quand on interroge l’ADN

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De tous temps, nos mamans nous ont appris à bien distinguer entre nos cousins, les guerriers (Le3rab) et les autres (marabouts, forgerons, griots…). Aux premiers nous devrons tendre l’épaule droite et attendre de leur part qu’ils nous gratifient d’une tape paternaliste alors qu’aux seconds nous pouvons et devons tendre la main et la leur serrer avec ostentation.

Nous sommes les Oulad Mansour, descendant d’Abdalla, descendant de Barkenni (qui donna son nom au Brakna, « notre » émirat), descendant d’Othman qui descend de Maghfar, qui descend d’Oudei qui descend d’Hassan. Hassan serait rattaché aux Beni Maghil qui, venus des confins du Yémen, transitèrent par l’Egypte pour se répandre dans tout le Maghreb et assujettir, après les avoir islamisés et arabisés jusqu’à la moelle, les tribus Berbères et Bafours autochtones. C’est notre récit tribal.

Seulement voilà. Poussé par une curiosité qui me vaudra à coup sûr le courroux de l’ensemble de ma cousinaille, j’ai commandé un kit de test ADN vendu sur le site MyHeritage, dont les laboratoires sont situés aux USA, 59 euros.

Il s’agit de deux bâtonnets recouverts chacun d’un morceau de coton (coton-tige) accompagnés de deux petits flacons contenant un liquide de conservation. Deux échantillons sont prélevés, un par frottis dans le fond de la joue gauche et le second dans le fond de la joue droite.

Les coton-tiges portant les échantillons d’ADN sont placés dans les flacons contenant les liquides de conservation. Les flacons sont scellés, placés dans une enveloppe molletonnée puis envoyés au laboratoire MyHeritage. L’activation, sur internet, du code d’identification, permet de suivre en temps réel la progression de l’analyse et le cheminement des échantillons. 

Une fois les échantillons réceptionnés, l’ADN sera extrait et, si les prélèvements ont été faits dans les règles, un échantillon sera analysé et le second sera conservé au cas où il y aurait besoin de faire une seconde investigation.

Deux types d’ADN vont être analysés et comparés aux populations de référence : l’ADN porté par le chromosome Y qui détermine la filiation des mâles (fils, père, grand-père…) et l’ADN des mitochondries qui est transmis de mère en fille et qui permet de déterminer la filiation par les mères.

Quatre semaines plus tard, je reçois le résultat suivant : Je serais 83,8% Nord-africain, 14,3% Ouest-Africain et 1,9% Italien. Les zones colorées sur la carte montrent l’étendue géographique que recouvrent les trois origines. Pas un brin d’ADN ne provient de la péninsule arabique. Je serai donc  « 3arbi » sans avoir d’origine Moyen-orientale.

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Avant d’aller plus loin, j’ai interrogé le site pour savoir ce que recouvrent ces origines.

Voici les indications :

  1. L’origine Nord-africaine : « Beaucoup de personnes originaires de la région du Nord de l’Afrique, appelée le Maghreb (qui englobe les pays modernes que sont le Maroc, l’Algérie, la Tunisie et la Libye) ont des racines qui remontent aux Berbères de l’Antiquité ». Il faut préciser que dans la nomenclature de ce site, il existe deux origines nord-africaines : « Nord-africain » tout court et « Juif Séfarade Nord-africaine ». 
  1. L’origine Ouest-africaine : Le site n’est pas très précis mais fait référence à l’Afrique de l’Ouest qui « a été unie sous l’empire du Ghana vers 1000 avant J.-C ». Il y a, là aussi, trois origines : « Ouest-africain », « Nigérian » et Siearra-léonais ».
  1. L’origine Italienne : « Le patrimoine culturel et génétique des Italiens a été façonné par l’Empire romain, ainsi que par le contact avec le Nord de l’Europe et la Méditerranée orientale. ». Il y aurait, dans mon patrimoine génétique, des traces du temps où cette partie de l’Afrique du Nord s’appelait la « Maurétanie ». L’origine « Italienne » partage l’origine « Europe du Sud » avec les origines « Grecque », « Ibère » et « Sarde ».

Pour la péninsule arabique, le site invoque deux origines : « Moyen-oriental » et « Juif Yéménite ». Aucune trace de la péninsule arabique dans mon patrimoine.

Toutes ces informations pour inviter mes compatriotes à un peu plus de nuance dans leurs affirmations et leurs croyances en leurs origines ancestrales. Pour moi cela ne revêt, évidemment, aucune importance opérationnelle de savoir si mes aïeux venaient de l’Arabie ou non. Je ne dirais pas la même chose pour tous les Mauritaniens.

Je crois, par exemple, que tous ceux ou celles qui se réclament descendants du Prophète et qui vivent de revenus que cette supposée ascendance procurent, devraient se plier à des frottis buccaux pour vérifier leur filiation d’avec la maison chérifienne. Je pense, par exemple, à cette homme d’affaires qui a ruiné des centaines de propriétaires  d’immobilier et que personnes n’ose traduire en justice par peur de la « Tazebba ». Si ça se trouve, il descendrait plus de César que du Saint Prophète Mohamed.

Mohamed BABA, Professeur à l’Université de Clermont-Ferrand (France)

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