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Mauritanie: Interview avec Balla Touré, Secrétaire aux Relations Extérieures IRA/RAG

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Nous avons rencontré, Balla Touré, l’un des responsables potentiels de l’Initiative pour la Résurgence du mouvement Abolitionniste. Membre fondateur IRA Mauritanie, ancien Secrétaire aux relations extérieure, Secrétaire général du Parti RAG, Balla Touré s’est livré à nos questions.   Interview exclusive.

–Vous êtes une grande icône du mouvement abolitionniste IRA Mauritanie, une organisation de défense des droits de l’Homme. Est-ce qu’il y a une distinction entre IRA et RAG ?

C’est dans un moment de trouble et de confusion créée par l’arrivée  au pouvoir du général de division Mohamed  Ould Abdel Aziz   suite à un coup d’Etat militaire et  avec la prise  de conscience des séquelles perpétuelles des années de braise   et le refus des autorités d’appliquer convenablement la constitutions qui consacre l’égalité  des citoyens devant la loi, que nous avons jugé nécessaire de créer  IRA Mauritanie pour prendre en charge  ces problématiques.  Nous avons, à partir de ce moment, adopté volontairement une approche basée sur une démarche pacifiquemais ferme et sans compromis ni compromission beaucoup d’audace et de détermination contre les violations graves des droits humains en Mauritanie.

Très vite la démarche a séduit beaucoup de mauritaniens et au fil du temps, nous avons enregistré des adhésions massives face au refus insensé et injuste des autorités mauritaniennes d’appliquer les normes nationales mais aussi les textes internationaux auxquels elles sont partie sur la protection de la dignité humaine.  

Il est clair, dans ce contexte, que la volonté politique n’y est pas. Les textes en faveur du respect des droits de l’Homme, même souvent imparfaits, ont été édictés mais non appliqués ou le sont partiellement. Alors nous avons réagi, compte tenu de l’adhésion massive des citoyens à notre démarche pourinvestir le terrain politique. Ici, l’objectif est clair et ne souffre d’aucune contradiction :conquérir le pouvoir politique pour mieux faire. 

En effet, l’évolution des mouvements socio-politiques à travers le monde montre de plus en plus clairement le rôle prépondérant que joue la société dans les requêtes des masses pour plus de démocratie et de justice sociale. 

Il devient, aujourd’hui évident, malgré leurs différences organiques, que les mouvements de la société civile et les organisations politiques concourent aux mêmes objectifs à travers le renforcement de la démocratie et la promotion des libertés.

 Donc affirmez-vous que l’IRA se substitue au RAG ?

Nous avons demandé à certains de nos amis, qui le désiraient, de se constituer en parti politique. Ainsi, le Parti Radical pour une action Global (RAG) a été mis en place. IRA – Mauritanie devrait continuer à exister et jouer pleinement son rôle. Il fallait faire la part des choses pour éviter l’amalgame. Celui parmi nous qui se retrouve dans une position de responsabilité au sein du Parti RAG ne devrait pas faire partie d’une instance de direction au niveau d’IRA. Le RAG est un espace ouvert, même s’il est majoritairement formé de militants d’IRA, on peut en être membre sans avoir appartenu précédemment à IRA. 

 Quand on parle de la candidature de Biram dah OuldAbeid ou de sa casquette politique, on parle toujours de IRA, alors comment une organisation de droit de l’homme peut passer à la politique, n’est pas un paradoxe ?

Ce n’est pas IRA qui part aux élections. C’est le citoyen Biram Ould Abeid qui part aux élections et a la légitime ambition d’être le futur président de la République Islamique de Mauritanie. Celui qui souhaiterait participer aux élections présidentielles devrait remplir des critères définis par les règles et le président Biramles remplira. 

Il se fait que le citoyen Biram est président du mouvement, alors, quand on parle de lui on l’identifie à IRA dont il est le président. Je précise que le président Biram ne préside pas le RAG, il en est un membre.

 Pourquoi le RAG n’est toujours pas reconnu par le gouvernement en tant que parti politique ?

Ce n’est pas seulement au Parti RAG que les autorités refusent la reconnaissance mais IRA aussi. En fait, quand on a créé IRA le 23 octobre 2008, nous avons fonctionné avec des organes provisoires jusqu’au mois de Mai 2010 où nous avons organisé une assemblée générale qui adopté les statuts et élu un bureau exécutif de l’organisation. Suite à cela, nous avons constitué les documents nécessaires et les avons déposés auprès des autorités compétentes (Ministère de l’Intérieur et de la décentralisation). Malgré notre insistance, les autorités ne donnent aucune réponse sachant   que, par ce refus, elles sont dans l’illégalité totale. 

L’injustice dont IRA est victime continue de frapper le RAG. 

 Accepterez-vous de soutenir un autre candidat si l’opposition avec qui vous avez signé l’accord d’un candidat unique décide de choisir un candidat qui n’est pas Biram Dah, votre leader ?

Ce qui s’est passé au sein de l’opposition est que nous avons été partie à des discussions. La première partie constitue en quelque sorte l’élaboration d’une plateforme. Donc,un ensemble de principes sur lesquels nous nous entendons en tant que partenaires politiques. C’est en d’autres termes une vision partagée du cadre devant favoriser l’alternance démocratique et pacifique au sommet de l’Etat. C’est un pas important et positif. 

Nous attendons pour connaitre les critères qui seront établis pour le choix du candidat de l’opposition. Nous avons déjà annoncé notre candidature et nous pensons que le président Biram remplira au mieux ces critères et sera choisi comme candidat unique l’opposition.

 Qu’avez-vous fait pour les mauritaniens qui n’ont pas pu avoir leurs pièces d’état civil et qui reste aujourd’hui apatride ?

Le 06 avril 2011, nous avons été la première organisation de la société civile mauritanienne à organiser une manifestation publique contre ce recensement discriminatoire. Pour tirer la sonnette d’alarme, nous avons-nous avons été en sit in devant les locaux de la direction de l’Etat civile et avons produit une déclaration pour mettre en garde les autorités contre le danger de la poursuite des opérations d’enrôlement en l’état.  Cette action a donné l’idée à bien de mauritaniens à s’organiser pour exiger plus de respect des droits des citoyens d’accéder librement sans humiliation aucune à l’état civile. IRA – Mauritanie a l’avantage d’être bien déployésur le terrain ce qui nous permet d’apporter notre soutien aux citoyens en difficulté pour se faire enrôler. Malgré les nombreux obstacles, nos militants réussissent à aider les citoyens à rassembler les documents exigés et ainsi, ce qui a permis à bien des citoyens de se faire enrôler.  Cependant, la situation reste très critique surtout avec ces enfants qui ne détiennent pas de pièces d’état civil parce que leurs parents ne sont pas enrôlés. Ces enfants ne sont acceptés à l’école que sur une dérogation et ils sont bloqués au moment de passer les examens nationaux. 

Il reste encore beaucoup à faire, les citoyens mauritaniens sont encore très nombreux à avoir les difficultés pour accéder aux pièces d’état civil. Les actions de dénonciation doivent continuer.

 le parti Sawab et IRA ont conclu le 31 Mai 2018 une alliance dans les perspectives des élections passées. Comment avez-vous accueilli cette alliance entre un parti de la mouvance nationaliste arabe et une entité dédiée à la lutte contre l’esclavage ? N’est –il pas en train de vous utiliser ?

On peut aussi poser la question à l’envers. J’ai été l’un des artisans de cet accord, étant le Secrétaire général du RAG. Ce sur quoi nous nous sommes entendus avec le parti Sawab, ce sont des principes. Donc nous avons d’abord débattu sur certains aspects carrément idéologiques : comment nous voyons la Mauritanie, comment nous nous positionnons par rapport à certaines problématiques qui se posent au niveau national.

Sur ces questions nous avons réussi à avoir une convergence de vues et nous avons produit une plateforme qui a été lue avant la signature de l’accord. Le document a été traduit dans nos différentes langues nationales. Dans ce document, le plus important est que nous sommes d’accord sur le caractère pluriel de la nation mauritanienne, que toutes les cultures nationales ont le droit de cité, que les langues poular, soninké et wolof doivent être développées, promues et élevées au niveau de l’arabe comme langues officielles. Nous nous sommes entendus qu’il y a eu des exactions graves, des exécutions extrajudiciaires à caractère racial et raciste pour lesquelles des solutions doivent trouvées conformément aux normes nationales et internationales. 

Nous nous sommes également mis d’accord que l’esclavage doit être aboli sincèrement, les lois qui le criminalisent doivent être appliquées. Et enfin, nous nous sommes mis d’accord sur la nécessité impérieuse de mettre l’accent sur les principes de solidarité avec les générations futures par une gestion durable de notre environnementet surtout de permettre à la femme mauritanienne d’être une actrice à part entière du progrès au sein de la société.

Donc cet ensemble de principes constitue la base de notre accord. Au-delà de l’accord purement politique, idéologique, il y a l’accord électoral qui nous a permis de participer ensemble aux élections municipales, législatives et régionales passées. Le cadre que constitue le parti Sawab nous a servi pour produire des candidatures à ces élections. 

Le parti Sawab s’est engagé également àsoutenir la candidature de Biram Dah Ould Abeid aux prochaines élections présidentielles prévues cette année (2019). 

Nous avons réussi à nous mettre d’accord avec d’autres mauritaniens sur des choses bien sérieuses et jusque-là tout se passe bien. Certains nous ont critiqué, il est maintenant évident qu’ils ont eu tort.  

 Selon vous quelle sera la première décision de Biram s’il accède au pouvoir ? 

Fidèle à son combat, la   première décision de Biram Dah Abeid sera de mettre en place une commission qui va être constituée de femmes et d’hommes d’une certaine qualité et d’une certaine expérience pour passer en revue les problèmes de cohabitation en Mauritanie. Les problèmes à causes desquels, les autorités crient aujourd’hui à tout bout de chant à propos de l’unité nationale. Cette commission pourra travailler et produire des recommandations au président et au gouvernement afin de trouver des solutions aux difficultés qui minent l’unité nationale. L’objectif sera de mettre tous les mauritaniens, toutes les sensibilités politiques, toutes les organisations de la société civile digne de ce nom autour de la table pour faire une large concertation en vue de trouver définitivement des solutions à toutes les problématiques. 

La Mauritanie est un pays très riche, dotée d’énormes ressources naturelles. Il suffirait,juste, de créer la confiance entre les mauritaniens, de les rassurer et d’appliquer des politiques efficaces pour que le pays trouve le chemin d’un développementharmonieux. 

-Pouvez-vous revenir sur la maladie de Biram. De quoi souffre-t-il ?

Biram Dah Abeid était effectivement malade. Il avait été admis en urgence à l’hôpital national il y a peu de tempspendant la période de son incarcération.Aujourd’hui, il se porte beaucoup mieux, il doit recevoir des soins en Europe auprès de son médecin. 

 Quelle est votre réaction par rapport à la marche du président Ould Abdel Aziz contre les discours de la haine ?

Notre position, le président Biram l’avait déjà exprimée. Il avait qualifié cette marche de « le voleur qui crie au voleur ». Nous reprochons au régime actuel de mener une politique d’exclusion, de pratiquer du racisme d’Etat et de gérer le pays pour le compte d’une minorité de « privilégiés ». Nous reprochons également à ces autorités de favoriser les conditions pour la poursuite des pratiques d’esclavagistes, d’assurer l’impunité aux esclavagistes. Ould Abdel Aziz et ses alliés voudraient, en faisant cette marche, menacer ceux qui s’élèvent contre sa politique, ceux qui dénoncent ses actions injustes, pour enfin les réduire au silence. Mais, je crois que toutes les organisations qui se sont hissées contre ce régime continueront à le faire. 

Il faut dire, tout simplement, que cette farce est une peine perdue.  Une marche dont les raisons réelles restent encore une énigmepour l’ensemble des observateurs et les populations mauritaniennes en restées perplexes. 

Propos recueillis par Diary N’diaye

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