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Mauritanie: “Holi Hamme, holi Luggere”? Touche pas à ma terre par Abou Sy

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touche pas à ma terre Abou sy

L’expropriation des terres de la vallée, entamée depuis la “réforme” agraire de 1983 et qui a culminé avec les événements de 89, continue de plus belle.
Sous des prétextes fallacieux, l’Etat et certaines catégories de citoyens, en
complicité, vont à l’assaut des seuls moyens de subsistance des populations du sud, leurs terres ancestrales.

Le dernier incident en date s’est déroulé la semaine dernière à Guiraye, (mon village) au Gorgol, aux confins du Bossea et à la lisière du N’Guenar.
Ce vendredi, un concitoyen arabo-berbère se présente au lieu-dit “Luggere dañde” avec ses topographes pour délimiter une parcelle de terre de plusieurs hectares qu’on lui aurait vendue.

Selon lui, une parcelle de 100m x1000m lui aurait été attribuée en 1993, le long du fleuve, dans la zone de décrue. Or, de mémoire de villageois, cette zone a toujours appartenu aux villages de Guiraye, Ari- Funda, Awoynaat et Kaédi.

Quel sacrilège! Les terres de culture ne se vendent pas chez nous, elles se transmettent de génération en génération. Ceci est particulièrement vrai dans ce lieu mis en valeur par les “Caamɓe” voilà plus de deux siècles, après avoir reçu l’autorisation de “ Jom maayo”, le génie tutélaire qui habite toujours “Luggere dañde”.

“Holi Hamme, holi Luggere dañde?” A-t-on envie de crier.

Les villageois se rendirent en masse pour aller s’opposer à cette nouvelle tentative de confiscation. L’usurpateur, prétendit détenir des papiers prouvant que la parcelle lui aurait attribuée dûment par les autorités. Ce à quoi la population lui répondit: “avec ou sans papiers, tu n’auras aucun pouce de terre ici. Nous opposerons toutes nos vies pour défendre notre terre”.

L’histoire finit par atterrir chez les autorités, et comme c’est souvent le cas, le seul à pouvoir démêler cette affaire, en l’occurrence, le préfet, était en congés. Son adjoint demanda aux villageois de laisser l’intrus cultiver sa terre, puisqu’il détient des papiers alors qu’eux n’ont aucune preuve. Il s’en suivit un soulèvement général du village et l’affaire atterrit chez le gouverneur.

Celui-ci intima aux deux parties de ne pas s’approcher des terres en litige jusqu’à nouvel ordre, mais devant l’insistance des paysans, il fut permis à ces derniers de continuer leur culture de décrue.
Le conflit n’est pas encore complètement vidé, mais la population est déterminée à sauver ses terres.

Cet incident n’est malheureusement pas un cas isolé, les trois dernières décennies ont connu un assaut ininterrompu contre les terres de la vallée. Toujours le même scénario; souvent un Maure muni de papiers, voulant exploiter une parcelle fictive, parfois de riches hommes d’affaires étrangers, des villageois qui s’opposent et des autorités qui se dérobent.

Il est vrai que ce phénomène n’est pas propre à la Mauritanie et sa vallée fertile. Les pays du tiers-monde ont connu ces dernières années un rush d’investiseurs des pays du golf et de la Chine venus à la recherche de terres pour nourrir leurs populations.

En Mauritanie, cependant, le caractère raciste de ce phénomène d’expropriation, ne fait aucun doute. En effet, ce sont les terres de Négro-mauritaniens qui sont arrachées au profit des Arabo-berbères avec la complicité de l’Etat. Jamais un oued, un vallon ou une palmeraie n’a été retiré de son propriétaire au profit d’un Noir en Mauritanie.

Mettre fin à ces conflits, hélas récurrents, demande une sérieuse réforme agraire sous- tendue par une réelle volonté politique. Il incombe à l’Etat de garantir un accès équitable à la terre de culture. Cette équité ne peut, cependant, pas se faire en ignorant le droit séculier des populations autochtones.

Si l’ordonnance 83-127 du 5 Juin 1983 était noble par ces objectifs; elle a vite été détournée de sa mission première, pour assouvir des visées hégémoniques. Pour rappel, cette loi avait pour but de consolider la souveraineté de l’Etat sur ces terres, par conséquent lui donner le pouvoir juridique de permettre leur mise en valeur extensive et enfin éradiquer toutes les discriminations en garantissant l’égal accès à la propriété terrienne à touts les citoyens quelque soit leur rang social.

Cependant, l’application de la réforme s’est traduite, dans la plupart des cas, par une dépossession de la population noire au profit d’hommes d’affaires arabo-berbères. Dans ce cas et dans tant d’autres, tout acte régalien posé par l’Etat mauritanien est un pas de plus vers l’exclusion des Négro-mauritaniens.

La fréquence de ces pratiques d’usurpation de terres de culture appelle à une sérieuse concertation, de type “assises nationales” pour aboutir à une réforme équitable qui permettra à chaque mauritanien d’accéder à la terre sans léser les propriétaires historique.

Les FPC, à travers leur mémorandum, proposent une réforme agraire à caractère national qui procéderait par des cercles concentriques. L’accès à la terre, d’abord, aux autochtones locaux, ensuite aux nationaux, enfin aux investisseurs étrangers dans la préservation des droits séculier des pasteurs, des pécheurs et des paysans.

En tout état de cause, les populations de la vallée sont plus que déterminées, à juste cause, de défendre la seule chose qui leur reste dans ce pays: la terre de leurs ancêtres.

La lutte continue
Abou Hamidou Sy FPC/Amérique du Nord

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