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Les réformes en césarienne : Aziz tente de se remettre en selle en prenant le pouls des nouakchottois

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Mauriweb – Officiellement la Mauritanie a changé de drapeau et d’hymne nationaux après un référendum dont la tenue est vivement contestée par beaucoup de mauritaniens et ses résultats discrédités par une fraude massive pour éviter la déroute électorale. Mais comme on pouvait s’y attendre le conseil constitutionnel a validé de tels résultats malgré l’évidence de la supercherie ouvrant ainsi la page à une troisième République qui ne diffère nullement des précédentes tant le jeu politique a été faussé à l’origine.

Cette opération chirurgicale, par césarienne, comporte beaucoup de zones d’ombre. Elle ne fait qu’envenimer le climat politique déjà délétère depuis le putsch du 6 août 2008 qui avait permis à l’actuel président alors chef du bataillon présidentiel Basep de renverser le premier président démocratiquement élu de toute l’histoire politique du pays. Mais le bistouri utilisé cette fois n’est pas des plus tranchants. Il semble même rouillé. Les résultats sans doute désarçonnant pour le président Mohamed Ould Abdelaziz à Nouakchott et Nouadhibou lui ont certainement ouvert les yeux pour comprendre que les soutiens affichés lors de ces meetings ne sont en fait que des appuis de façade. Les résultats enregistrés aux forceps ne trompent pas. Ould Abdelaziz en premier. Ce nouveau miroir lui renvoie l’image hideuse de son gouvernement auprès des populations y compris parmi les fonctionnaires qu’il tient en laisse. C’est dans cette optique qu’il faut comprendre que le président Mohamed Abdelaziz sent aujourd’hui le besoin de «rapprocher le sommet de la base » en inaugurant ce jeudi des visites de terrain ; en prenant le pouls des populations de Nouakchott de Riadh, Tarhil. Les laisser pour compte de la République. Les résultats du «non» catégorique à Sebkha, majoritairement habitée par les négro-mauritaniens n’a pas de besoin de plus de commentaire pour comprendre le degré de séparation.

Malgré tout, Ould Abdelaziz tente encore de récupérer le temps perdu. Mais il le sait un ressort est depuis longtemps cassé entre le «président » et « les pauvres» laissés à la merci de gouvernements successifs qui en ont rajouté à la paupérisation des citoyens. Cette fracture il en est aussi responsable quand souvent il est apparu à la télévision pour justifier les mesures les plus impopulaires. Les citoyens n’ont que les urnes pour lui faire comprendre leur mécontentement. Et ils l’ont fait si bien que l’abstention a failli, en dépit de la fraude à ciel ouvert, glacer tout le système en place.

Deux conclusions s’offrent au président Aziz à la lecture des résultats électoraux. Un, il n’a pas su convaincre les mauritaniens désabusés par le coût de la vie qu’il leur impose du bien-fondé de son projet. Secundo, son gouvernement n’a aucune aura, aucun charisme pour mobiliser les électeurs. On pourrait même ajouter une troisième conséquence à laquelle prête cette lecture: le système ne lui est plus acquis. Mais qu’à cela ne tienne, le référendum contesté et dont les résultats sont contestables a eu l’effet escompté. Officiellement, le Sénat est dissout. Le bicaméralisme du Parlement cède de ce fait au monocaméralisme où l’Assemblée nationale actuelle n’est que le prolongement du gouvernement avec une hégémonie de députés Upr et leurs poissons-pilotes de la Majorité. Et c’est de là que l’avenir politique devient incertain.

En effet, et malgré son sacerdoce à ne pas se représenter autrement que suivant les deux mandats autorisés par la Constitution, le président Aziz n’est pas encore perçu comme le président  Tanzanien qui n’écoute pas les voix des sirènes l’appelant à violer la constitution du pays. Il est bien vrai qu’avec la mise à mort programmée du Sénat qui aura eu le mérite de s’opposer au contournement des institutions, le niveau et la pléthore des députés ne peuvent prémunir d’une telle révision par cette chambre de toutes les dispositions créant ainsi les conditions régulières à l’avènement des changements dont notamment le déverrouillage du mandat présidentiel. La confiance ne règne pas et tous les coups exécutés y compris l’organisation du dernier référendum constituent des précédents révélateurs de cette crise politique que même les nations-unies appellent à résoudre. Il est donc fort à parier que l’Assemblée nationale qui ne s’est pas perdue en conjectures pour adopter le principe du référendum, finalement ajourné par les sénateurs, avant le recours par le président à l’article 38, pour dribbler la loi fondamentale, se pliera à toute initiative venant de lui sous le fallacieux prétexte que «la constitution n’est pas le Coran».

Le drapeau comme emblème national est désormais traversé par deux bandes rouges témoins de la discorde entre les tenants de la reconnaissance due aux martyrs et de l’autre une partie de la Mauritanie qui y voit la remise en cause des acquis de la Nation. L’hymne national a lui aussi reçu sa part d’incompréhensions. Au point que sa remise en cause franche par certains est perçue comme une tentative de gommer une emprunte indélébile. La polémique la plus vive aura été celle entretenue par l’alter ego du président  et maire de la ville de Zouérate, Cheikh Ould Baya. Un référendum pour quels résultats et avec quel argent a-t-on financé l’opération?

Comme au lendemain du premier putsch, les mauritaniens continuent de se regarder aujourd’hui encore en chiens de faïence. Ils se jaugent à la gestion de la crise et du temps en attendant certainement le meilleur moment pour bondir. Une longue histoire faite de micmacs et de coups fourrés qui ne font que retarder le pays dans sa quête interminable à franchir le pallier vers une normalité. Un pays divisé, la Mauritanie l’était certainement depuis plusieurs décennies déjà. Mais au lendemain des résultats de ce référendum contesté, elle semble aller de mal en pis.

J.D

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