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Le Président a dit non au troisième mandat : Faut-il s’en réjouir ou s’en inquiéter ?

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le calame. Quelque trois ans déjà avant la fin du deuxième et dernier mandats du Président Ould Abdel Aziz, la question de son éventuel troisième service à la tête du pays s’est mise à polluer l’atmosphère politique, exacerbant la  tension  consécutive à son coup de sang d’Août 2008, entre ses partisans et  toute l’opposition confondue.

Le survoltage atteint des sommets lors du dialogue organisé, par le pouvoir, avec une fraction de l’opposition. Au cours de ces assises, les partisans du troisième mandat tentent, en vain,  d’inscrire la question à l’ordre du jour des débats; ils se heurtent à un barrage infranchissable de partis comme l’APP et El Wiam (opposition dite modérée) pourtant suspectés de « rouler » pour Ould Abdel Aziz. Les leaders de ces deux partis sont reçus par le président  de la République à qui ils marquent nettement leur veto à telle enseigne.

APP gèle même la participation de ses délégués aux travaux des commissions, avant d’y redonner suite, après le discours de clôture du Président déclarant qu’il ne ferait  pas modifier la Constitution pour briguer un troisième mandat. Toute la classe politique s’en réjouit. Et, avec eux, les partenaires au développement. On se rappelle les déclarations des ambassadeurs de l’UE et de la France en Mauritanie, prenant acte de l’engagement d’Ould Abdel Aziz. On ne devrait pas donc s’inquiéter.

Mais, deux plus tard, le débat n’est toujours pas clos. Certains proches du pouvoir – très proches même, parfois – s’obstinent à pousser le Président à déverrouiller la Constitution pour s’autoriser un troisième mandat interdit. Des députés ont  enfoncé et continuent d’enfoncer cette porte, déjà ouverte depuis belle lurette par plusieurs ministres, comme celui, tonitruant, de l’Economie et des finances, Moctar ould Diay – presque un PM-bis –ou le porte-parole du gouvernement, Mohamed  Lemine ould Cheikh.

Quel dauphin ?

Persuadés, comme tant de Mauritaniens après la déclaration du Président, que la question était tranchée, divers analystes s’avancèrent, au sortir du dialogue de 2016, à échafauder des scénarii  de succession, en perspective du départ d’Ould Abdel Aziz en 2019. Des dauphins furent sortis du chapeau. On évoqua, côté militaire, le très réservé général  Ghazwani, fidèle parmi les fidèles, l’un des tombeurs de Sidi  ould Cheikh Abdallahi, le non moins fidèle et confident, Cheikh ould Baya, maire de Zouérate et président de  l’Association des maires de Mauritanie. Côté civil, on avança les noms d’Ould Hademine, actuel PM, celui de l’ancien PM, Moulaye ould Mohamed  Lagdhaf et, plus récemment, l’avocat Jemal ould  Mohamed Taleb… Des pronostics  qui relèvent combien le casting est de haute voltige.

Toujours en quête de solution de rechange, certains analystes risquèrent même l’idée d’un changement de nature du régime actuel, passant de présidentiel à parlementaire, autorisant ainsi Ould Abdel Aziz à la jouer Poutine : un président de paille et un PM nanti de toutes les prérogatives. Dans un cas comme dans l’autre, l’actuel Président a averti qu’il n’entendait pas  prendre sa retraite politique ; mieux, qu’il soutiendrait, ouvertement et quitte à fausser le jeu électoral, un candidat à la présidentielle.

Bref, la question du troisième mandat, direct ou par procuration, demeure bel et bien ouverte, à  moins de deux ans de la présidentielle. Des doutes subsistent sur les réelles intentions du pouvoir. Pour  certains observateurs, des propos tenus à Nouadhibou, lors de la campagne référendaire d’Août dernier – « C’est au peuple de trancher sur la question » – les différents  chantiers ouverts  et, surtout, le refus d’Ould Abdel Aziz de faire taire les voix qui contredisent ses propos,  accréditent  la thèse selon laquelle l’actuel président n’a pas vraiment arrêté son choix, laissant planer des  incertitudes sur l’alternance en 2019. Et, certes, son discours de Néma, excluant toute issue en faveur de l’opposition, a de quoi turlupiner celle-ci.

Dalay Lam

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