Accueil MAURITANIE Le Mauritanien, le Pr. Mohamed Ly, un cœur qui bat pour l’Afrique

Le Mauritanien, le Pr. Mohamed Ly, un cœur qui bat pour l’Afrique

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Spécialiste en chirurgie thoracique et cardio-vasculaire à l’Institut Marie Lannelongue (IML), en France, le professeur franco-mauritanien Mohamed Ly travaille depuis plus de dix ans à faire bénéficier les pays africains de son expertise. Il a notamment fondé en 2013 avec d’autres médecins l’Association française du cœur pour l’Afrique de l’ouest (AFCAO). Interview.

Né en Mauritanie en 1969, fils d’agriculteur, le professeur en chirurgie thoracique et cardio-vasculaire Mohamed Ly a fait ses études primaires et secondaires à Nouakchott, a été étudiant en médecine en Tunisie où il a passé sa thèse et obtenu le Doctorat. Il est ensuite allé à Paris où il a refait le cursus hospitalo-universitaire si bien qu’il a obtenu l’agrégation de chirurgie cardiaque. Un parcours d’excellence s’il en est, qui le conduit maintenant à opérer en Afrique des patients atteints de maladies cardiaques, notamment des enfants. Pour JA, il revient sur sa trajectoire peu ordinaire et ses projets pour le continent.

Jeune Afrique : Que vous reste-t-il de votre jeunesse à Nouakchott ?

Mohamed Ly : Un grand attachement à ma famille et à mon pays d’origine. Il a été le premier où dès 2001, je suis allé opérer des maladies des artères et des maladies du cœur les années suivantes.

Comment se sont passées vos études médicales en Tunisie ?

J’ai beaucoup apprécié mon séjour en Tunisie en raison de l’accueil que j’ai reçu, de la qualité des études médicales et des rencontres professionnelles que j’ai faites avec des Tunisiens évidemment, mais aussi avec des chirurgiens français qui venaient en mission… et qui m’accueilleront plus tard en France. J’ai obtenu en Tunisie le Doctorat en médecine et la spécialité de chirurgien.

Comment êtes-vous arrivé à Paris ?

J’ai été encouragé à me rendre à Paris par les chirurgiens de l’Institut Marie Lannelongue (IML) que j’avais rencontrés à Tunis. J’ai donc pris ce risque et j’ai été accueilli dans cet établissement réputé comme « faisant fonction d’interne » [il s’agit du poste le plus modeste de la hiérarchie hospitalière dans lequel on reçoit encore aujourd’hui de nombreux médecins d’origine étrangère, NDLR]. En repassant des examens et en travaillant beaucoup, j’ai pu refaire le cursus universitaire français de médecine qui m’a finalement permis d’obtenir l’agrégation de chirurgie cardiovasculaire et thoracique en 2010. Ensuite, je me suis spécialisé dans la chirurgie cardiaque pédiatrique. Et me voici, toujours à l’IML, en charge des cardiopathies congénitales… et de l’accueil des malades étrangers.

Ce qui n’est pas pour vous déplaire, semble-t-il. Cependant, votre expérience de 2001 à 2018 a couvert non seulement la chirurgie de l’enfant mais aussi celle de l’adulte ?

C’est tout à fait exact. D’ailleurs dans mes missions en Afrique, j’opère les uns ou les autres selon les situations locales. Mais la chirurgie de l’enfant est particulièrement valorisante puisqu’on transforme un enfant très handicapé à faible espérance de vie en un enfant totalement normal.

Je tiens beaucoup à ce que je peux faire actuellement pour l’Afrique à laquelle je suis redevable de mon éducation première

Parlons donc de vos missions….

J’y tiens beaucoup car c’est ce que je peux faire actuellement pour l’Afrique à laquelle je suis redevable de mon éducation première et par conséquent de ce que j’ai pu faire ensuite. Évidemment, c’est d’abord dans mon pays que j’ai fait des missions de chirurgie cardiaque : six entre 2002 et 2004 avec une équipe américaine et des équipes françaises. Mais j’ai opéré également en Tunisie, au Maroc, en Égypte, au Sénégal et récemment à l’Institut de cardiologie d’Abidjan (ICA). Au total plus de 250 malades ont été opérés.

Je dois dire que la réussite de ces missions tient beaucoup à l’aide que m’apporte l’IML pour les préparer et les réaliser : c’est une base arrière solide et sécurisante. En complément l’IML reçoit des chirurgiens et des cardiologues africains en formation et reçoit aussi de plus en plus d’Africains parmi les malades étrangers qui viennent se faire opérer et que je me charge d’accueillir. Ainsi l’IML est devenu officiellement « Centre de référence internationale pour les cardiopathies congénitales, la chirurgie thoracique et vasculaire ».

Est-ce pour faciliter les missions chirurgicales que vous avez fondé l’Association française du cœur pour l’Afrique de l’ouest (AFCAO) ?

L’objectif de l’AFCAO est d’opérer, d’informer et d’éduquer. Ceci inclut évidemment la chirurgie cardiaque, mais plus largement la pratique cardiologique et la prévention en particulier celle des cardiopathies rhumatismales (dont on pourrait débarrasser l’Afrique subsaharienne) et celle des maladies coronaires (qui se développent).

Qui accueillez-vous comme membres de l’AFCAO ?

Actuellement ce sont surtout des médecins et des personnels médicaux africains et français. Mais l’Association est ouverte à tous ceux qui partagent nos objectifs et veulent participer à leur réalisation. Les informations utiles peuvent être trouvées sur le site « afcao.org ».

Dans vos activités africaines êtes-vous en contact (en concurrence ?) avec des ONG plus anciennes ayant des objectifs comparables aux vôtres, la Chaîne de l’Espoir dirigée par le professeur Alain Deloche notamment ?

J’ai de bons rapports avec la Chaîne de l’Espoir ; j’ai d’ailleurs fait une mission au Sénégal pour cette organisation. Autre ONG, le « Mécénat de chirurgie cardiaque », créé par madame le professeur Leca, fait venir des malades en France pour les faire opérer ; je suis heureux de recevoir à l’IML ceux qu’elle me confie. C’est dire que nous ne sommes pas en concurrence et ne pouvons pas l’être tant les besoins sont grands.

Question plus personnelle : est-ce que votre foi musulmane a entraîné des difficultés dans votre vie professionnelle ?

Aucune. Je pratique un islam authentique et éclairé, accepté très facilement par mon entourage y compris professionnel évidemment.

Quels sont les objectifs que vous vous donnez à partir de votre expérience déjà longue même si votre âge est encore jeune (49 ans) ?

D’abord aider à développer les possibilités de traitement chirurgical offert aux malades là où elles existent déjà. C’est le cas notamment de l’Institut de cardiologie d’Abidjan (ICA) qui dispose de structures adaptées, d’un bon équipement et d’un personnel nombreux et qui a déjà eu une activité de chirurgie cardiaque importante [environ mille malades opérés entre 1977 et 2000 par les professeurs Dominique Métras, Kouame Ouattara, André Coulibaly et Michel Kanga, NDLR]. Je suis prêt à participer, si on me le demande, au renouveau chirurgical de cet établissement déjà en cours grâce au cathétérisme interventionnel qui y est maintenant régulièrement pratiqué.

Le président Houphouët avait fait construire l’ICA en 1976 pour faire de la chirurgie cardiaque en Afrique subsaharienne, une première à l’époque…

Mais l’aide de l’AFCOA ne sera jamais exclusive. Je souhaite en faire bénéficier d’autres centres cardiologiques à Dakar notamment où la chirurgie cardiaque est pratiquée depuis plusieurs années et à Nouakchott où elle se met en place. N’oublions pas que les besoins sont immenses.

Mon projet est aussi de construire et d’organiser un centre chirurgical de référence pour opérer les maladies congénitales du cœur dites « complexes » dont les malades qui en sont atteints sont le plus souvent évacués sanitaires y compris à l’IML où j’en reçois. Ce centre permettrait de former les praticiens à cette chirurgie et à son suivi. Il aurait aussi pour objectif le dépistage anténatal (pendant la grossesse) des anomalies congénitales du cœur afin de mieux les prendre en charge. On pourrait aussi y pratiquer les greffes du cœur.

Edmond Bertrand/ Jeune Afrique

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