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Interview avec Fadjidih à l’occasion de la promotion de son nouvel album

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Il est l’un des précurseurs de la musique urbaine de Guinée. De passage à Dakar, la capitale sénégalaise, dans le cadre de la promotion de son nouvel album, Fadjidih a accepté d’accorder une interview à votre quotidien en ligne préféré senalioune.com. Notre entretien portait essentiellement sur ses projets personnels et sur l’industrie du disque en Guinée.

Senalioune.com : Fadjdih vous êtes donc à Dakar pour présenter votre nouvelle production au public sénégalais ?

Fadjidih : Exactement ! Je suis au Sénégal depuis quelques jours. Car ce pays est incontournable tant pour les acteurs culturels que pour la classe politiques guinéens. Il y a une forte communauté guinéenne installée au Sénégal. Dieu merci si l’on est dans un domaine depuis une quinzaine bonnes années et que ça marche bien pour soi.

Vous êtes l’un des précurseurs de la musique urbaine africaine en général et celle de la Guinée en particulier, pouvez-vous revenir sur votre carrière musicale ?

Au côté de Kill-point Raisonnables Djeli Alkebulan Bill De Sam Fac Alliance Légitime, Hamid Chanana, j’en passe, Pap Soul, le groupe que je composais avec feu Richard Karamba alias Dawdidih paix à son âme ( silence ), et qui m’a permis d’être connu par le public mélomane guinéen, fut l’une des premières écoles du Rap africain et guinéen plus précisément. Au début notre style de musique était plutôt saccadé, c’est-à-dire du rap cent pour cent, je veux dire du hip-hop pur et dur, maintenant tout a évolué on chante plutôt qu’on ne rape, tout est RnB ou Dance hall. Avec mon dernier titre Mamilando, Fadjidih signe la renaissance de la musique urbaine de Guinée avec une touche beaucoup plus pastorale. Un peu comme ce que Viviane Chidid fait avec le mbalax.

Exactement ! Malgré notre riche patrimoine culturel musical, d’aucuns s’étonnent sur le fait que nos sonorités musicales traditionnelles ne soient pas exploitées par la génération de jeunes artistes, quelle en est votre impression ?

Quand j’ai sorti Mamilando, le titre est vite devenu un tube. L’album a été acclamé par le public guinéen. Pour une fois, un rappeur a donné une coloration traditionnelle à sa production. Le hit avait été sacré meilleure chanson. J’ai failli être primé Djimbé d’or de l’année [….]

Aujourd’hui la Guinée est en voie de démocratisation. Alors, l’avènement de cette démocratie, on le doit en partie à vos lyrics, est-ce que ça a rapporté matériellement aux artistes, les rappeurs comme Fadjidih notamment ?

Généralement un artiste lorsqu’il est engagé dans la dénonciation des dérives politiques, telles que la corruption, les détournements des deniers publics, la tribalisation ou l’usure du pouvoir, sa motivation ne doit en aucun cas être un éventuel retour d’ascenseur matériel, sa satisfaction n’est pas qu’il se sucre ( je reprends ses termes ), qu’il y gagne fortune. Sa fierté est que le bas peuple soit émancipé, libéré et prospère au bout de son combat contre le système.

Aujourd’hui nous disons que la démocratie est encore faible en Guinée. La raison est simple. Ce n’est pas lié au fait de la classe dirigeante seulement, les gouvernés ont aussi leur part de responsabilité. Leur silence est complice. Je reçois régulièrement des mises en garde émanant de mes proches et de mes parents, lorsque je donne un point de vue sur la situation sociopolitique qui prévaut au pays. Et je ne suis pas seul dans cet état de fait. Si un peuple reste sous autoritarisme, sous dictature pendant longtemps il sera difficile, pour ne pas dire impossible pour l’essentiel des citoyens de réclamer leurs droits, même les plus basiques. Il y a des acquis il faut les préserver. La liberté se conquiert, elle ne donne pas.

Fadjidih, quels rapports entretenez-vous avec les artistes sénégalais en général, les rappeurs notamment ?

Ici au Sénégal, mon vrai gars c’est Di-di-er A-wa-di ( il saccade sur les syllabes ), notre histoire n’a pas commencé aujourd’hui, mon album solo en 2004 je l’avais programmé et masterisé au Studio Sankara, avec deux featurings pour le même album avec le grand frère Awadi. À travers lui j’ai connu une belle brochette de rappeurs aux lyrics sucrés et pimentés tels que Xuman, Nix…, je pense à plein de célèbres rappeurs sénégalais. La liste est longue.

Des Leaders politiques aux acteurs culturels, Dakar constitue un pôle d’attraction pour les uns que pour les autres, on dit déjà que c’est la cinquième région, avez-vous fait la remarque ?

C’est juste un constat. La Guinée et le Sénégal ont beaucoup de passés historiques communs. Ceci dit qu’il y a une forte communauté guinéenne. Nous nous retrouvons ici. Ce n’est pas un eldorado pour nous ( rires ).

C’est juste une cinquième région. C’est au Sénégal qu’un artiste guinéen peut se produire et qu’il se sente en Guinée. C’est-à-dire en faisant un stade de football plein à travers le monde. C’est pourquoi à chaque fois que nous avons un projet de dimension culturelle, l’étape Sénégal devient incontournable.

Même des étrangers tels que nos frères et sœurs sénégalais, parmi eux Youssouf Ndour soutenant que « le mbalax n’est pas formaté pour l’international », sont unanimes sur cette réalité. A savoir que la musique guinéenne est mieux consommée dans le monde que d’autres genres musicaux africains. Mais les artistes guinéens sont mal renumérés. Une façon de convenir que la musique s’exporte mais pas les artistes. Qu’en dite-vous, Fadjidih ?

Il faut voir les défauts de part et d’autre. Les artistes guinéens sont assez complexés. Quelque soit notre savoir-faire devant les autres artistes africains nous nous minimisons. Nous nous manquons de confiance. La culture de la confiance intrinsèque nous fait gravement défaut, nous porte un énorme préjudice.

D’autre part nous n’avons pas des infrastructures culturelles de standard international, s’y ajoute l’absence des moyens logistiques de dernière génération en ce qui concerne la sonorisation. Il nous faut des salles de spectacle, l’État doit fournir des efforts dans ce secteur qui est agonisant. Mais les mécènes nous viennent régulièrement en aide. Je remercie au passage Benedi Records.

La Guinée était autrefois la seconde capitale de la musique africaine moderne après le Congo Zaïre. Avec nos Bembeya Jazz, Balla et ses Baladins, Doura Barry, l’International Abdoul Gadiri Diallo et le Maestro de la Musique Mandingue électrique géant de la Kora Mory Kanté, sans oublier Manfila Kanté. Avec une harmada de sonorités propres à chacune de ses icônes. Reste à savoir pourquoi leur combat n’est pas porté par vous, la relève ?

Quand j’ai sorti Mamilando qui est un hit guinéen avec une couleur du Fouta. Dans son ensemble l’album n’avait pas une coloration culturelle hormis le titre Mamilando, ce qui m’avait empêché de décrocher le Djimbé d’or, alors que ma production avait été la meilleure vente de l’année. Une manière d’encourager les jeunes artistes à exploiter nos sonorités musicales traditionnelles en les brassant avec la musique urbaine ou moderne. Vous n’est pas sans savoir que Gekkol qui est grand chanteur noir américain a reproduit une chanson de Balla et ses Baladins. Le morceau a marché aux États-Unis.

J’ai découvert un artiste guinéen du nom Binta Laly Saran. Une de mes collaborations basée en Europe m’en a fait la proposition d’exploiter la manière de faire de ce précurseur de la première école de la musique pastorale poulaar de Guinée. J’ai déjà en ma possession l’essentiel du répertoire de ce monsieur qui n’est plus de ce monde hélas.

Il y’en des centaines comme lui avec des gammes de symphonies à émouvoir plus d’un mélomane. Nous avons un riche patrimoine culturel. Même si les gens ne voient que le sous-sol et la végétation. Dans cinq ans le rayonnement de l’industrie discographique guinéen sera effectif. C’est une question de temps. Je vois bien la Guinée venir.

Ce sera alors une revanche pas une conquête si je comprends bien ?

( Rires )
La Guinée a déjà conquis l’Afrique au cours des années ayant suivi les indépendances. Et ça va revenir. La terre tourne.

Quelle analyse faites-vous de la situation politique sénégalaise avec la détention du maire de Dakar, Khalifa Ababacar Sall, la déportation de Wade fils, entre autres sujets d’actualité ?

Je n’ai ni les tenants ni les aboutissants. Je pense seulement que les sénégalais devraient travailler à la consolidation des acquis démocratiques. Le Sénégal a l’habitude d’aller aux urnes depuis 1940. C’est un grand pays.

Propos recueillis par Ibrahima Diallo

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