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Entretien avec Mamadou Lamine Niang sur les 72h de And Gueusseum face à l’Etat du Sénégal

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Mamadou Lamine Niang secrétaire général sustas thies

La grogne syndicale des blouses blanches est telle que le nouvel mot d’ordre de grève des camarades du secrétaire général Mamadou Lamine Niang, sutsas de la sous-section du Dixième de Thiès privent désormais l’Etat des données sanitaires depuis le 31 avril 2018. Des informations sans lesquelles l’État du Sénégal par intermédiaire du ministère de la santé et de l’action sociale ne peut plus prendre de décisions. Dans cet entretien qu’il nous a accordé dans les locaux de votre quotidien en ligne préféré Senalioune.com notre interlocuteur nous livre ses quatres vérités à bâtons rompus.

Interview

Vous êtes Mr Mamadou Lamine Niang secrétaire général du Sutsas de la sous-section de Thiès. Comment en êtes-vous arrivé là avec votre ministère de tutelle, concernant vos revendications ?

D’abord l’occasion est pour nous de vous remercier pour l’opportunité que vous nous offrez pour parler de ce grand corps malade qui est le secteur de la santé. Mais avant il faut se rappeler que nous avons déposé un préavis de grève à la date du 27 Décembre 2017 et sans effet nous avons débuté cette  série de grève le 20 avril. La première durée de 72 heures a été précédée d’une autre grève  d’alerte de 48 heures qui, elle-même ayant été précédée de la marche nationale abritée par Thiès. C’est comme ça que nous avons débuté notre plan d’action.

Quelles sont donc les principales pommes de discorde entre vous et le Gouvernement ?

Multiples mais légitimes. Les pommes de discorde entre notre organisation et l’État ce sont essentiellement les accords  de 2014 non respectés alors que le Gouvernement les avait jugé de réalistes et de réalisables. On les appelle couramment les accords résiduels. A cela s’ajoutent d’autres questions nouvelles c’est le non payement des contractuels de la JICA et Cobra qui sont restés deux à  huit mois sans salaire; on peut y ajouter également la dette et la créance de la CMU.

Des structures dont les dettes sont restées depuis septembre 2016 jusqu’à maintenant sans être remboursées à cela s’ajoutent aussi les hôpitaux n’ayant pas encore reçu leurs subventions, sachant qu’un hôpital ne peut pas fonctionner sans subvention.

Les questions d’incidence financière là aussi, l’État nous avait demandé d’attendre la publication des études sur le système de rémunération des agents de l’Etat  mais malheureusement nous avons constaté que l’État a commencé à donner des avantages à d’autres groupes socioprofessionnels à notre dépend. Il y a aussi le cas des contractuels.

Justement ! Qu’en est-il de la titularisation des nombreux contractuels qui n’ont toujours pas été recrutés depuis dix ans ?

Avant de parler de titularisation il faut au préalable évoquer le recrutement. ( d’un rire rectificatif puis un silence olympien il poursuit ). Le recrutement des contractuels est aussi à soulever. Il y’en a au ministère de la santé  de ces travailleurs qui ont fait 5 à 10 ans de contrat sans être recrutés, ça c’est un problème crucial. Il fallait recruter ces travailleurs avant ceux qui sont venus récemment. Ce qui n’a pas été le cas et n’a jamais été le cas d’ailleurs, c’est malheureusement une réalité socio-professionnelle sénégalaise qui ne dit pas son nom.

Il y a des agents que je connais étant sortis en 2006 qui ne sont toujours pas été recrutés pendant d’autres de 2017 sont recrutés. Nous avons comme l’impression que le recrutement dans la fonction publique se fait par affinités et non dans les règles de l’art. La plateforme revendicative que nous avons déposée le 28 mai dernier va couvrir toutes l’année parce que le préavis de grève du 27 Décembre va arriver à expiration ce 28 juin, rien que pour être dans la légalité car la légitimité est toujours là.

GREVE DE SUSTAS DE THIES
GREVE DE SUSTAS DE THIES

D’aucuns estiment que l’Etat du Sénégal viole les dispositions de la CEDEAO qui stipulent qu’après deux contrats à durée indéterminée le travailleur doit être engagé, quelle est votre impression là-dessus ?

Nous n’avons fait que reconduire les mêmes points parce que nos points de revendications restent inchangés, parmi lesquels la question des éternels contractuels parce qu’ayant du mal à être insérés dans la fonction publique comme le stipule le code du travail et la CEDEAO, nous le répéterons jamais assez. Toutefois nous avons le regret de nous rendre à l’évidence d’avoir à composer frontalement avec un État Banabana. Parce que le code du travail est clair : « à deux contrats à durée déterminée le travailleur doit être recruté. » Mais l’État viole tout ça sous les yeux des syndicats.

Nous sommes appelés à nous battre pour ne plus accepter de telle chose. C’est l’État qui avait signé ces accords depuis en 2014 les qualifiants de réalistes et de réalisables.

Est-ce que vous pensez que le rythme de croissance économique du pays permet aux autorités de respecter ses engagements vis-à-vis de votre secteur, si l’on sait certains avancent que ce sont les bailleurs de fonds occidentaux qui définissent le nombre de travailleurs à engager par l’État du Sénégal ?

Il y a de l’argent au Sénégal, pour preuve il faut regarder ce qui se passe avec les Jacistes. La coopération Japonaise avait payé deux ans de salaire soit un montant d’environ 42 milliards, des fonds qui ont été utilisés à d’autres fins dont on ne sait pas. Chaque jour des millions sont distribués à tort et travers, il y a une mauvaise gestion de nos fonds car l’argent n’est pas mis la  ou nos gouvernants doivent le mettre.
Les agents de santé sont très fatigués vue le travail colossal qui abattent nuit et jour et le système de santé repose essentiellement sur ces braves hommes ; mais malheureusement ils constituent les parents pauvres du système.

Autre chose vous êtes infirmier d’état ou sage-femme d’état normalement BAC+3 ; mais vous n’êtes pas payés selon votre niveau si l’on sait ces agents de la santé au Sénégal ne touchent même pas un salaire  proche de 200.000 francs CFA c’est malheureux de le constater.

Quant au plan Yeksina où en êtes-vous, est-ce que les défis sont toujours les mêmes ?

Le projet Yeksina repose sur des principes nobles, encourageants. Un projet qui est initié  et couplé à la CMU. Alors, un stock de médicaments est mis en place au niveau des structures et la quasi-totalité de ces médicaments sont donnés gratuitement aux enfants de 0-5 ans. Les gérants de ce programme passent tous les mois pour facturer la consommation que la structure doit payer obligatoirement. Cependant c’est l’état qui est le mauvais payeur et n’a pas respecté ses engagements de remboursement. Fort de ce constat, l’union régionale du SUTSAS de Thiès a décrété un mot d’ordre de boycotte de paiement des factures de Yeksina jusqu’au remboursement intégral de la CMU.

Nous avons boycotté ce projet parce que nous avons fini par être déficitaires et incapable d’honorer les factures que nous tendent le Yeksina. Si maintenant l’État nous paie nos créances et les dettes de la CMU, nous allons obligatoirement payer le Yeksina.
L’État porte bien attention sur nous.

Alors pourquoi il est plus attentif aux étudiants et enseignants qu’à vous autres médecins, infirmiers, et autres techniciens de la santé, est-ce vos revendications sont aussi légitimes que ça, nous sommes quand-même dans un pays en voie de développement, trouvez-vous que certains manquements sont d’ordre structurels ?

Mais que voulez-vous ( il fronce les sourcils ) ? Nos revendications sont légitimes à savoir travailler dans les meilleures conditions possibles, avoir un traitement proportionnel aux efforts difficiles qui caractérisent notre métier de soigner les sénégalais. Nous demandons que les travailleurs soient bien payés, que les dettes de CMU soient remboursées.

Pour encore combien de temps comptez-vous tenir tête si l’on sait aucun couloir de négociations n’est ouvert par les autorités jusque-là ?

Ce que nous attendons de l’État du Sénégal c’est des actes concrets sans quoi nous serons contraints de durcir le ton dans les prochains jours. Nous avons beaucoup d’astuces, beaucoup d’armes conventionnelles avec quoi être capables de tordre la main à l’État, vous avez vu le circulaire numéro 2 et la réaction spontanée du ministre de la santé suite à la sortie de ce document. Espérons, que les autorités nous ont entendu et espérons qu’ils vont réagir avant que l’irréparable ne se produise.

Donc vous allez paralyser le Système indéfiniment ?

Le système est tel que le ministère ne peut plus avoir de données sanitaires censées permettre au ministère de la santé de prendre des décisions. Si la grève n’a pas d’impact comme le disent certains, la rétention d’information a du poids pour influer sur une éventuelle indifférence du ministère quant à nos revendications. Aujourd’hui nous  avons réussi à paralyser le système  qui plus est aveugle depuis que nous avons déclenché le mot d’ordre de la rétention d’information.

Vous en êtes où avec la négociation est ce qu’il accepte?

Maintenant voyons voir s’ils ne seront pas dans l’obligation de négocier avec nous. Vous n’êtes pas sans savoir que 98 % de l’étendue du territoire du Sénégal ont observé le mot d’ordre de la grève.  Hormis le SUTSAS et le SUDTM  vous n’avez pas entendu un autre syndicat  réclamer le salaire des Jacistes ou demander le remboursement des dettes et créances  de la CMU ce n’est pas leur problème, leur problème c’est leurs conditions de travail. Par contre le syndicat du Sutsas est  un syndicat de développement et est transversal ou il y a des balayeurs, des gardiens, des infirmiers et des sages femmes. En tout cas la plateforme du Sutsas est différente des autres plateformes. Sutsas c’est l’originalité (rires)

De grève en grève est-ce vous ne risquez pas  de perdre des acquis en voulant gagner davantage, le Sénégal est un pays carrefour, beaucoup de médecins et infirmiers étrangers sont formés au Sénégal, et beaucoup de patients viennent pour espérer retrouver la plénitude de leur santé ?

La grève c’est la dernière arme qu’un syndicat puisse utiliser. Le Sutsas n’a pas déclenché cette grève par la gaité du cœur mais avec un cœur meurtri, nous sommes une composante de la population ceci dit que si nous faisons cette grève c’est malgré nous…..A suivre de très près dans les prochains jours.

Merci

Propos recueillis pas Salamoseydi

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