Accueil MAURITANIE Mauritanie: entretien de senalioune avec Hamidou Baba Kane leader du parti MPR

Mauritanie: entretien de senalioune avec Hamidou Baba Kane leader du parti MPR

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Hamidou Baba Kane

Mr Hamidou Baba Kane, expert en Communication, diplômé en science politique et sociale à la Sorbonne, sociologue est un Homme Politique que l’on ne présente plus. Membre fondateur de l’UFD/EN et du RFD. Ancien vice président à l’Assemblée nationale, KHB dirige un parti, le Mouvement Pour la Refondation (MPR) depuis le 09/09/2009.

Entretien
Mataka : Monsieur le Président, quelle opinion avez-vous de la situation politique, économique et sociale du pays sous le régime d’Ould Abdel Aziz après une décennie à la magistrature suprême?

Hamidou Baba Kane : Si je devrais résumer d’un mot, je dirai que c’est une décennie perdue pour la Mauritanie ! Non pas que les intentions de départ ne furent pas bonnes, mais on sait, depuis longtemps, que l’enfer est pavé de bonnes intentions. Mohamed Ould Abdel Aziz avait suscité de grands espoirs et apparaissait, sous bien des rapports, comme un Président moderniste et réformateur qui se présentait comme le champion de la lutte contre la gabegie et défenseur, devant l’Eternel, des « pauvres », mais force est de constater que la montagne a accouché d’une souris !

Les réformes institutionnelles,qui auraient dues être menées depuis son premier mandat (2009-2014), ont été négligées. Ce n’est que sous le second et dernier mandat qu’il a maladroitement engagé un bras de fer contre l’ordre constitutionnel, quitte à violer la loi fondamentale du pays. Au regard des tentatives de dialogues, engagées durant cette décennie, et qui ont échoué, nous sommes aujourd’hui dans une impasse politique qui a un caractère structurel. La situation est d’autant plus inquiétante, que nous sommes à quelques mois d’élections générales (municipales, législatives, régionales et présidentielles).

Quant à l’économie du pays, elle est en berne ! Et pourtant, nous avions connu une période de croissance entre 2010 et 2013, période marquée par la bonne tenue des matières premières (fer, or, cuivre), une production pétrolière servant d’appoint positif à la balance commerciale, et de redevances de pêche importantes dans le cadre d’un accord renégocié avec l’Union européenne.

Ces ressources ont malheureusement été dilapidées dans des projets, sans études sérieuses, sommairement exécutés et accusant d’énormes retards dans leur mise en œuvre (c’est le cas de l’ensemble du programme routier). A cela s’ajoute, les investissements non-rentables dans le secteur des transports terrestres, maritimes et aériens. Les faillites des sociétés d’Etat créées, à cet effet, illustrent bien ces échecs. Des politiques publiques inappropriées et imprudentes ont été mises en œuvre ; et lorsque survint la crise, avec une chute drastique des principaux produits d’exportation, le Gouvernement se retrouve en panne sèche ! Il est clair, que le changement d’étalon de l’ouguiya depuis le 1er janvier 2018, n’est qu’un voile pudique jeté sur une dévaluation masquée !

Cet état de fait traduit, en retour, la détérioration des conditions de vie des mauritaniens. C’est à se demander où est passé le «Président des pauvres» ? L’acharnement judiciaire aujourd’hui contre les principaux syndicalistes du pays, ceux des travailleurs comme ceux du patronat, au-delà des arguties avancées, est tout aussi symptomatique d’une volonté politique de garder le couvercle sur la marmite sociale en ébullition.

Mataka : Avez-vous l’impression que les libertés fondamentales sont respectées en Mauritanie ?

Hamidou Baba Kane :Jugez-en vous-même : Dans un pays où des parlementaires, syndicalistes, Hommes d’Affaires, militants des droits de l’Homme et journalistes sont soit arrêtés, soit mis sous contrôle judiciaire ou sous mandat d’arrêt international, c’est plus qu’une forte impression que les libertés fondamentales ne sont pas respectées ! L’on est encore davantage sidéré quand on en connait la cause, d’essence politique aux allures de règlements de comptes. On ne le dira jamais assez, la Mauritanie a besoin de mesures d’apaisement pour faire face aux défis du développement, de la sécurité dans un contexte régional suffisamment explosif et de la démocratie.

Mataka : On a relevé dans votre Déclaration de Politique Générale votre position sur la composante harratin comme étant une communauté à part entière. Pourquoi ?

Hamidou Baba Kane : Je crois qu’un Parti politique c’est une association qui a vocation à se conformer aux objectifs et choix posés par ses sociétaires. De plus, il faut dépassionner cette question identitaire : Si «moi», j’ai le droit de me définir comme étant un Arabe ou un Pulaar, il est normal et juste d’accepter que «l’autre» puisse également se définir, Haratin s’il se sent Haratin et souhaite être appelé ainsi. Au MPR, nous avons dépassé cette question. Un Haratin qui se veut Haratin est Haratin, un Haratin qui se veut Arabe est Arabe. Même un Arabe, Pulaar, Soninké ou Wolof qui veulent se réclamer d’une autre composantesont libres. L’essentiel c’est qu’ils sont tous mauritaniens et d’égale dignité !

Mataka : On sait que le M.P.R est un pilier important dans le paysage politique mauritanien et mène aussi ses actions dans le cadre du F.N.D.U ? Pensez- vous que la question de la candidature unique soit essentielle dans ce contexte ?

Hamidou Baba Kane : Ne mettons pas la charrue avant les bœufs. Ce dont le FNDU a besoin c’est un programme d’alternance 2019. Cela suppose que le FNDU prépare avant tout son offre destinée à l’ensemble du peuple mauritanien. Il s’y attèle d’ailleurs. Une commission a été mise en place, à cet effet. Personne au sein du FNDU ne considère que la question de la candidature unique soit d’actualité. Notre préoccupation porte plutôt sur les actes à poser pour que les élections, d’abord municipales et législatives puissent se dérouler en toute transparence et dans le strict respect de règles du jeu consensuels.

Naturellement, j’ai mon opinion personnelle sur la question de la candidature unique. Ce qui est philosophiquement souhaitable, n’est pas, nécessairement, politiquement efficace, ni techniquement possible. Mais, le moment venu nous en débattrons. Entre la candidature unique et des candidatures multiples, il y a une place pour la rationalisation. Nous pourrons compter sur le génie du FNDU pour trouver un juste milieu !

Mataka : Parlant du parti que vous dirigez, il est constaté depuis un certain temps que votre formation politique, le MPR enregistre des adhésions tous azimuts. Qu’est-ce qui selon vous explique la ruée vers ce parti et quelles sont vos perspectives pour 2018 et 2019 ?

Hamidou Baba Kane : Un Parti c’est d’abord un programme, puis une direction et une base. Le programme du MPR a vocation à rassembler au moins deux mauritaniens sur trois, car nous nous revendiquons d’un double référentiel : l’unité nationale et la démocratie. Ces valeurs que nous portons, nous les avons traduites depuis 2009, date de création du MPR, dans un Nouveau Pacte qui fait de l’intégration nationale une ardente obligation. Nous avons décliné dans ce Nouveau Pacte une vision pragmatique qui tient compte de nos réalités dans les rapports entre l’Etat et la société, mais aussi de l’idéal démocratique dans les rapports entre l’Etat et le citoyen. C’est sans doute cela qui explique l’adhésion à notre programme pour tous ceux qui se sont donnés la peine de le consulter, de le connaitre.

Quant à la Direction de notre Parti, elle s’est dotée, au fil du temps d’un leadership collectif dans lequel les jeunes et les femmes occupent une place centrale. De plus, dans un pays multinational, un effort de représentation des différents segments de la société doit être fait ; et ceci, d’autant plus que des politiques mal inspirées ont créé des ruptures de confiance intercommunautaires et intergénérationnelles. C’est aussi cela que le MPR a compris.

Enfin, dès sa création, le MPR s’est voulu un Parti de masses et non pas un parti élitiste. Nous sommes donc très tôt allés vers les populations de l’intérieur comme de la diaspora. Je dois cependant dire que nous aurions souhaité en faire beaucoup plus dans ces deux directions. Mais, je dois aussi, à la vérité, de révéler, que seules les contraintes financières ont limité nos ambitions. Les adhésions que nous enregistrons sont d’autant plus sincères qu’elles se déroulent dans un contexte de libre arbitre des mauritaniens. C’est le lieu pour moi de féliciter les compatriotes qui nous rejoignent et de réitérer mon appel pour des adhésions toujours plus massives de tous ceux et celles qui partagent notre programme et notre ambition pour la Mauritanie.

Quant à nos perspectives pour 2018 et 2019, elles sont dictées par le calendrier républicain. Rien que cette année, nous pourrons vivre trois consultations électorales (municipales, législatives, et régionales). Nous voulons et travaillerons d’abord à ce que ces élections soient transparentes, sincères et consensuelles. C’est aussi la condition sin qua non d’une alternance pacifique en 2019. Nous le devons à notre peuple, nous le devons à l’avenir !

Propos recueillis par Mataka

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