Accueil Politique Amnesty Sénégal, opposants encagoulés ou simples boucs-émissaires ?

Amnesty Sénégal, opposants encagoulés ou simples boucs-émissaires ?

224
0
PARTAGER

Seydi Gassama d’amnesty international Sénégal

Décidément, le président Macky Sall n’aime pas la contradiction. Tous les actes qu’il pose récemment entrent dans ce cadre et la dernière sortie relative à l’organisation « Amnesty International » vient juste confirmer son état d’humeur.

Il a beau jouer l’humoriste parfois devant ses camarades pour railler l’opposition sénégalaise, le président Macky Sall semble n’accorder aucune once d’estime à ses adversaires. Cet état d’humeur se traduit par les attaques et piques lancées contre les forces vives qui tenteraient de penser autre chose que ce en quoi il croit. Après avoir demandé récemment à l’opposition et à la société civile de ne pas s’aventurer dans les questions qu’elles ne maîtrisent point, le pétrole notamment, le chef de l’Etat s’attaque vertement à l’organisation des droits de l’homme « Amnesty International ».

La branche locale d’Amnesty incarnée par le tonitruant Seydi Gassama fait ainsi les frais de son engagement. Dans un pays où les autorités ont une attitude peu catholique, aussi bien dans les questions politiques qu’économiques, comment un organisme digne de ce nom pourrait fermer les yeux sur les tares notées ? Dans une république où les règles édictées ne sont pas respectées et où l’Etat demeure un réel « monstre froid » et arrive à agir sans scrupules, des organisations comme Amnesty International représentent une vraie aubaine. Mais en Afrique, les pouvoirs forts ont toujours du mal à faire avec ceux qu’ils considèrent comme « fauteurs de trouble ».

Quand un pouvoir est aux abois, il cherche des boucs-émissaires

Attaqué sur tous les fronts, le pouvoir actuel fait flèche de tous les bois pour tirer son épingle du jeu. Sur les questions relatives aux droits de l’homme, Macky Sall et son gouvernement n’ont pas une bonne presse auprès des organisations internationales. La détention visiblement arbitraire de Khalifa Sall et les cas de décès où la police est impliquée ont fini par mettre le régime dans une situation gênante. Amnesty international et ses acolytes font donc du combat pour la dignité des prévenus et détenus une priorité et dénoncent les turpitudes du régime. L’immolation du sieur Cheikh Diop qui a à priori subi une injustice de la part de l’Etat vient juste donner du crédit aux défenseurs des droits de l’homme. Il faut le dire, Amnesty a tout simplement bon dos !

Le président Macky Sall qui s’en prend à Seydi Gassama et son organisme au micro de France 24, aurait-il oublié que le représentant d’Amnesty au Sénégal a foncièrement contribué d’une manière ou d’une autre à son élection en 2012 ? En effet, l’engagement de Gassama n’a pas changé avec les régimes ; il a demeuré intact contrairement aux gens du défunt M23 qui sont tous partis se servir auprès du président Sall. Il devient impératif et plus qu’opportun, à cet instant précis, de rappeler que Seydi Gassama subissait autant que l’opposition d’antan les affres du régime Wade. Que n’avait-on dit sur lui à l’époque ? Qu’avaient dit Macky Sall et ses camarades de l’opposition quand l’ancien dirigeant de la Ligue Sénégalaise des Droits de l’Homme dénonçait la dictature rampante et la « monarchisation » de la république ?

Non, Amnesty ne changera pas son représentant

Amnesty International ne changera pas son représentant à coup sûr. Au contraire, j’ose parier qu’ils vont même se féliciter du travail de leur représentant qui est assez colossal pour mériter la rage du président Sall. Tant que des magouilles et des flous continueront de persister, il n’y a point de doute que la dénonciation restera la seule solution. Tant que les « gros poissons » passeront entre les mailles du filet de la justice et que les « petits poissons » seront anéantis, le ton des organisations des droits de l’homme ne pourra changer. Combien de milliards détournés restent-ils introuvables et les auteurs impunis pendant que les petits brigands croupissent en prison ?

Amnesty Sénégal est en effet l’organisme qu’on entend le plus ces temps-ci. Pour cause, la RADDHO (Rencontre Africaine des Droits de l’Homme) qui portait les plus grands combats du temps de Wade semble être morte de sa belle mort. Alioune Tine qui en était une figure de proue a littéralement disparu de la circulation. Même s’il se fait entendre parfois de manière sporadique, Alioune Tine a complètement mis de l’eau dans son vin. Lui qui disait que Wade est « un démolisseur d’institutions », doit-il se taire quand cela semble avoir empiré ? Voilà comment la démission des autres aidant, Seydi Gassama est devenu un interlocuteur direct de l’Etat à tel point que Macky et ses souteneurs lui cherchent noise.

Ababacar GAYE/ senenews

LAISSER UN COMMENTAIRE

Please enter your comment!
Please enter your name here