C’est une déflagration politique et technique qui vient de secouer la Mauritanie. Remis officiellement le 8 octobre 2026, le rapport de la commission d’enquête indépendante dirigée par Ousmane Mamoudou Kane sur les incendies électriques de Nouakchott met à nu une « cascade de négligences » structurelles au sein de la SOMELEC.
Marchés opaques, câbles non conformes installés dans la précipitation et absence totale de supervision : les conclusions accablantes pointent un risque systémique pour l’avenir énergétique du pays et ont provoqué, dès le lendemain, la démission collective du gouvernement du Premier ministre El Moctar Ould Djay.
Résumé en 5 points de la déclaration de Mamadou Ousmane Kane :
1. Indépendance totale
La commission a travaillé en toute indépendance, sans aucune pression du Président ni du Premier ministre. Le rapport a été remis exclusivement à ces deux autorités et aucune copie n’a été conservée.
2. Cause directe des incendies
Les deux incendies (Poste Est et Poste Nord) sont liés à la pose de 3 nouvelles liaisons souterraines. La liaison Est a brûlé 6 jours après sa mise en charge, celle du Nord 2 jours après. Les départs de feu viennent des cellules où les câbles ont été posés.
3. Une cascade de négligences
– *Préparation faible

SOMELEC jugée structurellement faible pour porter seule ce projet stratégique. Pas de bureau de conseil au départ, pas d’appel d’offres international.
– Délai irréaliste

4 mois exigés pour un projet qui en nécessite 10 à 12 minimum. Preuve : il n’est toujours pas réceptionné.
– Marché opaque

Budget prévu 880 millions, adjugé à 1,14 milliard. La Commission de contrôle des marchés n’était pas convaincue mais a donné un avis de non-objection.
– Le câble non conforme

94% du marché c’est le câble. L’entreprise change de fournisseur après notification. La SOMELEC exige les essais de type avant commande, condition jamais respectée. Pas d’avenant, pas d’essais sur le câble réellement posé (240 mm²). Mission en usine faite sur un autre câble.
– Pose sans supervision

Suivi confié à la Direction Exploitation, débordée. Le bureau de contrôle n’a vu le câble qu’en photo après déterrement. Des anomalies notées mais mise sous tension à vide quand même autorisée, puis mise sous charge dans la précipitation.
4. Risque systémique
La même entreprise et le même bureau de conseil ont obtenu d’autres marchés 4 fois plus importants dans le même programme d’urgence. La commission recommande de les auditer et de résilier ce contrat dans le respect des procédures.
5. Recommandations urgentes
– Refaire le projet correctement avec un vrai bureau de conseil et des délais réalistes. C’est vital car la future centrale du Nord ne servira à rien si on ne peut pas évacuer l’énergie.
– Mettre en place un protocole direct SOMELEC / Protection Civile. Actuellement : SOMELEC appelle Wali/Hakem qui appelle les pompiers, qui se trompent même de site. Au-delà de 6 minutes, un feu électrique est incontrôlable.
– Audit de sécurité de toutes les installations SOMELEC (production et distribution) – très peu de redondance.
– Réforme profonde + assistance technique pour la SOMELEC.
– Clarifier les relations financières État / SOMELEC : prix fixés par le Régulateur, subvention prévisible, pour permettre maintenance et rentabilité.

