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Le dialogue ne peut être la caution d’un pouvoir qui prépare la violation de la Constitution

by Rédaction
14/09/2026
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Le dialogue ne peut être la caution d’un pouvoir qui prépare la violation de la Constitution
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Personne ne conteste que la Mauritanie ait besoin d’un véritable dialogue national. Ce dialogue-là, en tant qu’exigence de refondation politique, économique et sociale, nous le revendiquons autant que quiconque. Mais il faut se garder d’une confusion que certains entretiennent, sciemment ou non : l’exigence nationale de dialogue n’est pas le processus que le pouvoir a engagé. Le premier appelle l’adhésion de tous. Le second doit être jugé pour ce qu’il est, à l’aune de ses actes, de ses garanties et des résultats qu’il permet raisonnablement d’espérer.

Or, que nous disent les actes ? Pendant que ce dialogue prétend installer un climat de sérénité, des opposants sont arrêtés, des parlementaires sont empêchés d’exercer leur mandat, des militants sont poursuivis et le général à la retraite Lebbat Ould Maayouf est envoyé en prison pour des faits directement liés à ses positions et à son expression politique. Pendant ce même temps, une campagne organisée parcourt le pays pour préparer l’opinion publique à une violation de la Constitution et à l’instauration d’un troisième mandat. On ne peut demander à l’opposition de discuter sereinement de l’avenir institutionnel du pays au moment précis où l’on prépare les esprits à en piétiner le fondement.

C’est cette campagne, précisément, qui change tout. Elle ne constitue pas un simple incident regrettable en marge du dialogue, elle en modifie la nature même. Un pouvoir qui laisse prospérer une telle entreprise ne peut prétendre, dans le même temps, offrir les garanties d’un processus loyal de réforme. Il faut alors poser la question qui commande toutes les autres : que ce pouvoir est-il réellement prêt à concéder ?

Car le dialogue, pour ne pas être un exercice de façade, doit affronter les questions qui déterminent la possibilité d’une véritable alternance : la carte électorale et le découpage électoral ; la composition et l’indépendance réelle de la CENI ; l’objectivation et la transparence du processus électoral ; le financement des partis et des campagnes électorales ; le régime d’autorisation des partis ; les règles du parrainage ; l’égalité effective entre les acteurs politiques ; les garanties d’une compétition libre et équitable. Ce sont précisément ces mécanismes qui structurent aujourd’hui la domination politique du pouvoir en place. Ce sont eux qui devraient être transformés en profondeur pour que le mot « alternance » cesse d’être une figure de style.

Sur quoi repose alors l’espoir de ceux qui croient possible une telle transformation ? Quel signal concret le pouvoir a-t-il donné qui autoriserait à penser qu’il accepterait de remettre en cause les mécanismes qui assurent aujourd’hui sa propre domination politique ? Il n’est pas sérieux d’attendre d’un pouvoir qu’il consente, par la seule vertu du dialogue, à des réformes qui remettraient en cause les conditions de sa propre reconduction.

Quelques ajustements techniques, quelques concessions marginales ne suffiront pas à inverser cette logique. Faute d’une transformation suffisamment profonde du système électoral, le dialogue n’aura pas créé les conditions de l’alternance. Il aura seulement conféré une légitimité nouvelle à un système qui cherche avant tout à se perpétuer.

Il faut avoir le courage de regarder cette contradiction en face. D’un côté, le pouvoir laisse se déployer une dynamique visant à préparer la violation de la Constitution et la prolongation de son maintien au-delà des limites qu’elle fixe. De l’autre, une partie de l’opposition continue de miser sur un dialogue dont elle attend des réformes électorales profondes, seules capables de rendre l’alternance possible.

Comment ces deux dynamiques pourraient-elles coexister sans que l’une ne finisse par neutraliser l’autre ? Pourquoi continuer à croire que ce processus peut produire une transformation véritable du système lorsque les actes et les orientations du pouvoir semblent, chaque jour, indiquer le contraire ?

Le problème n’est donc pas de savoir si le dialogue est, en principe, une faveur du pouvoir ou un acte de légitimation. Il est de savoir à qui profite concrètement la présence de l’opposition dans un processus mené sous le signe de la répression, de l’intimidation et de la dérive anticonstitutionnelle.

Lorsque l’opposition y participe malgré ces faits, le pouvoir peut s’en servir pour donner à une situation anormale une apparence de normalité : prétendre que le climat politique est apaisé, que les forces vives du pays sont associées au processus et que les institutions fonctionnent normalement. C’est ainsi que la participation, sans que ce soit nécessairement l’intention de ceux qui l’assument, peut se transformer en caution.

Cette caution, de surcroît, ne saurait être donnée au nom d’un dialogue qui ne réunit pas l’opposition dans son ensemble. On ne peut qualifier d’inclusif un processus qui exclut une composante majeure du paysage politique national, celle dont le candidat est arrivé en deuxième position à la dernière élection présidentielle et qui représente une part considérable de l’électorat mauritanien.

Un dialogue qui se prive d’une force politique de ce poids peut réunir des acteurs, produire des échanges et même aboutir à certains accords ; il ne peut prétendre refonder les règles du jeu politique national ni ouvrir une perspective réelle d’alternance.

Il ne suffit pas non plus de s’en remettre à l’espoir d’un sursaut du pouvoir, de lui demander de recadrer son propre parti, de garantir les libertés et de poursuivre l’ouverture proclamée. Les faits démontrent chaque jour l’inverse de ces engagements. L’opposition ne peut fonder sa stratégie sur cette attente. Elle doit assumer ses propres responsabilités et tirer, enfin, les conséquences politiques de la situation qu’elle dénonce depuis trop longtemps.

Elle a déjà avalé trop de couleuvres et subi trop d’humiliations pour continuer d’espérer, sans rien exiger en retour, un dialogue dont les conditions mêmes contredisent l’ambition affichée. Le peuple mauritanien n’attend pas d’elle des déclarations de préoccupation, il attend une position claire, ferme et courageuse, à la hauteur de la gravité du moment. Il ne lui pardonnera ni la résignation ni l’incapacité à saisir ce moment décisif.

Je veux m’adresser directement à mes frères et compagnons de longue date dans le combat démocratique, Mohamed Mouloud, président de l’UFP et Lo Gourmo. Je connais leur engagement constant pour la démocratie, leur attachement aux libertés, leur souci de l’intérêt supérieur de la Mauritanie, et je sais qu’ils mesurent, mieux que quiconque, par leur expérience d’opposants historiques, la gravité de l’heure.

Il est des moments où la responsabilité politique commande de dépasser les calculs tactiques pour regarder l’histoire en face. Je fais confiance à leur sagesse et à leur expérience pour qu’ils prennent, le moment venu, la décision que commandent l’intérêt de la Mauritanie et la gravité de la situation.

J’appelle donc toutes les forces de l’opposition engagées dans ce dialogue à reconsidérer leur participation et à s’en retirer. Je les appelle, dans le même mouvement, à ouvrir entre elles de véritables concertations pour dépasser leurs divisions et adopter, face à ce pouvoir et face aux défis qui se posent au pays, une position commune.

Car la question n’est pas de savoir si nous sommes pour ou contre le dialogue. Nous sommes, sans réserve, pour un véritable dialogue national, libre, inclusif, transparent, capable de refonder les conditions d’une compétition politique loyale. La question est de savoir si le processus aujourd’hui engagé réunit les conditions politiques, institutionnelles et démocratiques permettant d’atteindre cette ambition. Il ne les réunit pas.

Nous ne refusons donc pas le dialogue. Nous refusons de lui servir de caution tant qu’il ne sera qu’un dialogue de façade, pendant que les libertés sont réprimées, que les opposants sont arrêtés et que le pouvoir prépare, jour après jour, les conditions d’une rupture de l’ordre constitutionnel.

Biram ould Dah ould Abeid
13 Septembre 2026

Tags: Biram Dah Abeiddialogue en Mauritanie
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