L’intervention de Biram Dah Abeid contre la politique générale présentée par le Premier ministre Mokhtar Ould Djay intervient dans un contexte politique marqué par l’annonce d’un dialogue national que l’opposant a choisi de boycotter. Ce boycott constitue un élément central pour comprendre la portée et la stratégie de ses critiques à l’égard du gouvernement.
Figure majeure de l’opposition et leader du combat contre l’esclavage et les discriminations, Biram Dah Abeid estime que les conditions actuelles du dialogue ne garantissent ni sincérité ni efficacité. Selon lui, le processus engagé par les autorités ne s’attaque pas aux causes profondes des crises politiques et sociales du pays, notamment l’impunité, les inégalités structurelles et l’absence de justice pour les victimes des violations passées. Son rejet du dialogue traduit ainsi une défiance profonde à l’égard des mécanismes institutionnels proposés par le pouvoir.
Sur le fond, Biram Dah Abeid reproche au gouvernement Djay une politique générale qu’il juge déconnectée des réalités sociales. Il dénonce l’absence de mesures fortes en faveur de la justice sociale, de la lutte contre la corruption et de l’inclusion des populations marginalisées. Pour l’opposant, le programme gouvernemental s’inscrit dans la continuité des politiques antérieures, sans rupture véritable.
De son côté, le Premier ministre Mokhtar Ould Djay défend une approche graduelle, axée sur la stabilité politique, la croissance économique et la préservation de la cohésion nationale. Le gouvernement considère le dialogue national comme un cadre inclusif ouvert à tous, estimant que le refus d’y participer relève davantage d’un choix politique que d’une exclusion réelle.
Le boycott du dialogue par Biram Dah Abeid revêt également une dimension stratégique. Il lui permet de se positionner comme une opposition de rupture, refusant toute participation à un processus qu’il considère comme formel ou cosmétique. Ce choix renforce son image auprès de sa base militante, tout en l’exposant au risque d’isolement politique si le dialogue aboutit à des consensus majeurs sans sa participation.
Cette confrontation illustre une ligne de fracture persistante dans la vie politique mauritanienne : entre un pouvoir qui privilégie la stabilité et les réformes progressives, et une opposition radicale qui exige des transformations profondes et immédiates. L’enjeu, au-delà des critiques ponctuelles, réside dans la capacité du dialogue national à intégrer ou non ces divergences fondamentales.
À terme, l’absence de Biram Dah Abeid du processus de dialogue pourrait peser sur la légitimité et l’inclusivité de ses conclusions. Elle pose également la question de savoir si le dialogue national peut réellement répondre aux attentes populaires sans la participation de l’une des figures les plus emblématiques de l’opposition mauritanienne.



















