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Le phénomène de l’esclavage en Mauritanie

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Mohamed Yahye Ould Ciré, Président de L’Association des Harratines Mauritaniens d’Europ (AHME) disait : «  Les deux problèmes de la Mauritanie sont le racisme qui est la conception d’une idéologie de supériorité et l’esclavage qui est l’exécution de cette idéologie de supériorité ».

Le diagnostic de la situation passée et actuelle des harratines fait ressortir un tableau sombre, marqué par les ravages de l’esclavage, de la domination, de l’exclusion et de l’injustice. Le mal s’est perpétué sous la chape de plomb d’un ordre empreint d’archaïsmes, d’hypocrisie, d’interprétation tendancieuse de l’islam, du faux, d’usage du faux et d’inaptitude à l’autocritique, finalement réfractaire à toute remise en question interne.

Sur le plan international, l’esclavage est défini juridiquement par la convention internationale de 1926; comme étant : «  L’état où la condition d’un individu sur lequel s’exercent un attribut de propriété ».

Au niveau national, officiellement l’esclavage est nié et l’Etat ne reconnait que les survivances de celui-ci, cependant les ONGs de droit de l’homme agissant sur le terrain le définit comme étant : «une situation de domination physique, psychologique, morale, spirituelle et religieuse qui fait que des hommes vivent à la merci d’autres hommes de par leur naissance ».

Le véritable éveil des harratines a débuté avec la création d’Elhor le 5 Mars 1978, sacre de beaucoup d’autres initiatives anonymes et timides mais qui révèlent dans leur ensemble une prise de conscience évidente des esclaves aussi vieille que leur condition de servilité. Par la suite, après le sommet de la BAULE de 1990 et l’avènement démocratique, les doyens et leurs compagnons de lutte créent le parti Action Pour le Changement (AC) en 1996 portant le débat sur la question de l’esclavage et de la question nationale à l’assemblée nationale.

Ce qui lui a valu d’être dissout en 2001 sous le conseil des ultranationalistes de l’encadrement chauvin étroit du parti du pouvoir d’alors, le PRDS. Un autre parti est tenté d’être crée Convention Pour le Changement (CC), mais vite refusé par Maouwya et son ministre de l’intérieur ; durant la même période l’ONG SOS esclaves est créée, mais reconnue qu’après la chute de la dictature en 2005. La lutte continue, en 2000 l’Association des Harratines Mauritaniens d’Europe est conçue et la cause est internationalisée ; en 2008 l’Initiative de Résurgence du Mouvement Abolitionniste (IRA) est créée, transformant la lutte d’élites à une lutte de masses et tout récemment en 2013 dans ce processus d’émancipation des esclaves et anciens esclaves, le Manifeste pour les droits civiques et économiques des Harratins est né.

Actuellement, plusieurs dizaines à plusieurs centaines de milliers de harratines (les estimations sont approximatives en l’absence d’études indépendantes du fait des tabous nés du refus systématique par les gouvernements successifs) sont encore réduits à l’abominable esclavage de naissance, de statut et de condition avec toutes les sujétions et les traitements inhumains et dégradants qui s’y attachent : travail forcé et non rémunéré, viols et exploitation sexuelle, séparation des familles, ignorance et pauvreté, misère sociale et économique, absence de perspectives d’avenir et exclusion…etc.

Ceci il va s’en dire que l’esclavage dans les sociétés négro-africaines demeure une réalité têtue même si il est en train de se séculariser.
L’instrumentalisation des pouvoirs politiques des années 90, des terres de la Mauritanie fertile du sud crisperont les rapports communautaires. Ces expropriations déferont d’énormes domaines familiaux au profit d’hommes venus d’ailleurs, qui ne connaissent même pas la CHAMAMA, et pour faciliter leur accaparement, des établissements de crédits leur furent crées  avec des centaines de Milliards partis en fumée : Le Crédit Agricole et l’Uncacem.

Ces dernières années ont vu l’implication dans la vallée de gros opérateurs de l’agrobusiness affairiste des pays du golfe dont 31 000 Ha sont octroyés à une société Saoudienne. Le plus grave encore c’est cette politique sournoise à conséquences dangereuses sur l’unité nationale, l’octroi des titres fonciers aux hommes d’affaires exploitant de grands espaces.

Les solutions sont nombreuses mais elles passent essentiellement par un engagement politique à enrayer le problème. De nos jours, les populations se soulèvent de plus en plus pour exiger que soient respectés leurs droits et n’ont plus peur de s’exprimer car elles savent que le monde entier pourra lui rendre justice si quelque chose lui arrivait.

La première des solutions est d’abord la volonté politique des pouvoirs publics mauritaniens. Pour éradiquer définitivement l’esclavage, la première étape sera bien sûr, une volonté politique réelle du gouvernement de solutionner le problème, en arrêtant de le nier, en le reconnaissant publiquement afin que le message soit transmis adéquatement à chaque mauritanien.

Les engagements pris dans ce sens (traités internationaux ratifiés et les lois édictées) doivent être respectés et appliqués.
Il est judicieux aussi de séparer le pouvoir exécutif et le pouvoir judiciaire afin de cesser la corruption, les jugements raciaux et discriminatoires et de s’engager envers les protocoles relatifs aux droits humains desquels la Mauritanie n’a pas voulu être signataire ce qui permettra aux organes internationaux de surveiller et d’intervenir en cas de non applicabilité des lois.

L’Etat doit mettre en œuvre une politique de discrimination positive envers les populations victimes des pratiques esclavagistes. Cette politique passe inévitablement par une enquête quantitative et qualitative des groupes concernés, sous l’égide de l’Etat et avec la participation d’organisations spécialisées afin de mesurer la réalité exacte du phénomène de l’esclavage, de ses survivances et de ses séquelles.

La loi criminalisant l’esclavage devrait être améliorée et sa mise en application effective. Certaines dispositions doivent être revisitées afin de permettre aux organisations de la société civile d’ester en justice en lieu et place des victimes de l’esclavage qui doivent être considérées comme personnes indigentes par causes de l’esclavage et de l’ignorance. Il convient aussi de créer une structure publique dirigée par un conseil d’experts, loin du champ politique, supervisée par une commission interministérielle, qui se chargera de ce dossier et de toutes les politiques publiques pour l’égalité réelle, tout en axant ses efforts sur le repérage, l’affranchissement et la réadaptation des personnes victimes.
Tous les points de vue sont unanimes sur le fait que les lois édictées ne peuvent avoir d’effet sans des mesures d’accompagnement. La réalisation des droits humains en Mauritanie ne se fera pas sans action, visant à favoriser la réinsertion.

Encore aujourd’hui l’Etat ne fait mention d’aucune description de ce qu’est le racisme dans les textes officiels de la Mauritanie. Les faits nous portent à croire que les Mauritaniens ne connaissent pas leurs droits et que cela est la principale raison qu’ils ne dénoncent pas les cas de discrimination raciales vécus.

L’Etat devra encourager un espace public diversifié permettant à tous de pouvoir s’exprimer librement sans peur de représailles ou de peur de poursuite ; les autorités doivent cesser de diaboliser les organisations antiesclavagistes (IRA, SOS ESCLAVES, AHME, et ELHOR), mais aussi de cesser d’attribuer des récépissés à des ONG fantaisistes dirigés par des anciens esclaves qui marient la thèse officielle du pouvoir sur le déni d’esclavage.

L’esclavage est une tradition fortement ancrées dans les mœurs des esclavagistes ; l’enrayer est par conséquent difficile et complexe. Le problème ne vient pas seulement du fait que les maîtres se croient supérieurs ou plus nobles que toutes les autres ethnies du pays, mais il résulte également de la résignation à leur statut d’infériorité des groupes marginalisés ; en d’autre terme ceci résulte de l’orgueil, et du mépris du dominant mais aussi du fatalisme et l’adynamie du dominé.

Pour que la problématique cesse, il faudra impliquer toutes les couches de la société, il faut que tous se sentent concernés par les changements qui surviennent dans la société pour que l’égalité soit effective, mener une lutte pacifique, trouver les mots pour rassembler tout le monde dans le but que chacun s’engage dans une lutte réelle. Une commission nationale de vérité et réconciliation devait être créée pour atteindre cet objectif.

Et comme disait Isselmou Ould Abdelkader  dans l’une de ses contributions intitulée une juste cause mal défendue: «  Que Ceux qui nient l’existence de cette tare sociale et se prévalent encore d’arguments légers et superflus ne contribuent point à obvier aux schismes sociaux qui se pointent à l’horizon ».

Mataka

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