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En prélude de la sortie prochaine de leur opus, un double CD, Chingo, l’un des sociétaires du Label Africa Nitte Prod, revient sur leur parcours professionnel

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Chingo Sy est un jeune rappeur qui a fait ses humanités entre Boune et Pikine, dans la banlieue de Dakar la capitale sénégalaise. Riche d’une expérience vieille de douze années de grâces et de coups bas dans le milieu de la musique urbaine, l’artiste au verbe craquant n’a pas mis de gants pour porter la voix des laissés pour compte. Fidèle à son franc-parler, le compagnon de galère de Commando a répondu à quelques-unes de nos questions. Notre entretien a essentiellement porté sur les projets de Africa Nitte Prod, qui est aujourd’hui l’un des labels de production de spectacles incournable dans le marché de l’événementiel sénégalais. L’un des nouveaux porte-étendard du Galsen nous a reçu dans leurs locaux sis à Keur Massar.

senalioune est assi avec lui, voici l’interview

Qui est Chingo Sy ?

Je suis artiste, promoteur et producteur de spectacles, acteur culturel et propriétaire d’une boite d’événementiel. Je suis né dans la banlieue, à Pikine. J’ai grandi à Keur Massar. Je me suis forgé dès le départ avec un rappeur qui évoluait à Rufisque. Et cela depuis 2006. Je me veux défenseur des couches vulnérables. J’ai quitté le secondaire au profit de la musique urbaine. Cette décision était motivée par les nombreux troubles qui émaillaient le secteur de l’éducation. Les interminables mouvements de revendications syndicales notamment depuis 2007. Je lutte pour le changement tout en sachant que moi même je change chaque jour que Dieu fait. Non seulement je dénonce les dérives autoritaires de nos décideurs politiques, mais je combats également les tares de la société. Des fléaux qui poussent beaucoup de jeunes à emprunter des voies regrettables. Des fléaux auxquels je ne suis pas insensible parce que les vivant au quotidien. Étant un jeune issu de ces milieux défavorisés je me donne la légitimité de parler au nom de tous les sans voix. Les laissés pour compte. Jusque-là je suis écouté. Je rends grâce à Allah et à tous les sénégalaises et sénégalais de la banlieue.

“ Tout travail, tout effort tout ouvrage est amateur pour un œil débutant. Mais il faut travailler dur à améliorer la qualité de l’offre. Pour satisfaire une bonne partie des exigences professionnelles du milieu. ”

Avec une expérience vieille de dix ans quel regard portez-vous sur le paysage du showbiz sénégalais ?



Le milieu de la musique est parsemé d’octacles. Des difficultés toutefois sont nécessaires pour notre épanouissement, mais force est de reconnaître qu’il y a plus de coups bas que d’opportunités pour nous les jeunes artistes. Parce que beaucoup d’entre nous pour ne pas dire tout le monde, nous nous cherchons. En plus des tentations. C’est pas facile. Qui dit musique dit image. La musique est incontournable dans le monde de la culture, du cinéma aux autres formes d’expression artistiques. Étant un propriétaire d’une modeste cabine de mixage et de montage audionumérique, je travaille souvent avec des dramaturges. Beaucoup de vidéos ne sont pas de bonne qualité, on confond souvent les spots de publicité aux images de plateau télévisuels aux images qu’il faut pour une production cinématographique. En tant qu’artiste nous sommes tenus de toucher à tout. Tout travail, tout effort tout ouvrage est amateur pour des mains débutantes. Mais il faut travailler dur à améliorer la qualité de l’offre. Pour satisfaire une bonne partie des exigences professionnelles du milieu. Pour notre émancipation socioprofessionnelle. Je suis dans le milieu depuis dix ans je sais de quoi je parle, même si je ne suis pas un grand nom du milieu du showbiz.

Qu’est-ce que Chingo et Commando reservent au public senegalais,jusque-là vous ne nous avez pas parlé projet sur le court terme : est-ce que vous avez des projets ou plutôt un agenda promotionnel en cours ?


Le 4 avril prochain 2018 nous allons procéder au lancement de notre premier album. Avec une innovation de taille. Ce sera une première au Sénégal qu’un groupe artistique et culturel fasse une sortie en musique avec un double album. Et comme thème phare la vie carcérale. Thiono Dou Rerr est composé de douze titres. C’est l’œuvre de toute une vie. C’est un bébé issu d’une complicité vieille de douze bonnes années entre Chingo et Commando comme je le disais tantôt, entre deux compagnons de galère. Côté finance, nous n’avons reçu la moindre avance mais la fin, ça promet.

“ Nous avions la commission culturelle du Fesman à Keur Massar. Pour un événement qui se tient tous les 30 ans et d’une dimension mondiale, ce fut pour nous une expérience inoubliable. Après la célébration du Fesman nous avions initié Festmass’art ”

Quels sont les objectifs spécifiques de Africa Nitte Prod ?



Notre objectif le plus spécifique est défendre la banlieue, de développer des opportunités de promotion pour nos frères de la banlieue, de raffiner l’image des milieux populeux pour aider à pousser les sénégalais supposés ou non bon chic bon genre BCBG ( nantis ) à changer de regard sur nous autres jeunes sénégalais du bas peuple. De la banlieue notamment. Par un éveil collectif des consciences. Nous avons toujours défendu les acteurs culturels. C’est pourquoi la commission culturelle à Keur Massar lors de l’organisation du Fesman ( ndlr : festival mondial des arts nègres ), en 2010, nous avait été confiée. Pour un événement qui se tient tous les 30 ans et d’une dimension mondiale, ce fut pour nous une expérience inoubliable. Après la célébration du Fesman nous avions initié en 2014 le Fest Mass’art qui s’est déroulé pendant trois jours. Pour la Francophonie lorsque le petit fils de Doudou Ndiaye Coumba Rose, en loccurence Ibrahima Rose Ndjaye, l’a décroché, l’organisation de cette manifestation culturelle nous avait été également confiée.

“ Les barrières géographiques, les délimitations artificielles doivent disparaître. Nous avons besoin des ponts idéographiques. Pour briser nos chaines mentales. ”

Quels liens entretenez-vous avec les autres associations à vocation culturelle ou organisationnelle ?

Nous avons des rapports tout à fait bons avec les autres structures à vocation culturelle. Notre association est composée d’un corps légal actif avec des statuts qui régissent son fonctionnement en tenant compte nos valeurs sociales et les lois de notre pays en ce qui concerne la liberté d’association. C’est-à-dire que nous avons un président, un vice-président, un trésorier etc. Nous avons obtenu sa légalisation depuis septembre 2016 sous le numéro 00292.

Est-ce que Chingo est un croyant ?

( Rires ). Je suis musulman et pratiquant. Je crois en l’existence d’un Dieu unique : Allah. Et son Messager : Mohamed ( PSL ). Et je respecte toutes les formes de culte au monde. Dieu est pour la diversité. La pluralité est l’essence de la création. Le melange des couleurs est nécessaire. Les barrières géographiques, les délimitations artificielles doivent disparaître. Nous avons besoin des ponts idéographiques. Pour briser nos chaines mentales. Je prône le métissage culturel. L’Afrique est le seul continent qui alimente le monde. L’ouverture au monde doit nous permettre d’affirmer notre identité et de faire valoir notre conception de l’interdépendance multidimensionnelle dans le concert des nations.

“ Tout le monde emmerde tout le monde. Nos yeux se croisent mais nos cœurs ne convergent pas ”

Quels sont les plans d’action de votre structure, je veux dire comment financez-vous le fonctionnement de votre association ?

Des ONG font souvent recours à nos services pour l’organisation de panels, des remises de diplômes, ded bals de promotion universitaires, des séminaires de formation etc. Le fonctionnement de notre association repose sur des dividendes obtenues à travers ces prestations de service, des cotisations des membres, du soutien de tierces personnes, des acteurs de développement communautaires notamment.

Comment interpretez-vous la récente sortie du président Donald Trump sur les pays d’origine de certains migrants vivant sur le sol américain ?

Le discours du locataire républicain de la maison blanche sur des pays qu’il dit « de pays de merde » est blâmable sur la forme. Mais nous reprenons régulièrement des propos similaires dans nos lyrics, c’est pourquoi on traite souvent le rap de musique de violence. Nous les rappeurs nous sommes pragmatiques. Nous disons tout haut ce qui est un secret de polichinelle même pour le sénégalais lambda. Tout le monde emmerde tout le monde. Nos yeux se croisent mais nos cœurs ne convergent pas. Je répète que son langage n’est pas courtois car indigne d’un chef de son rang, en l’occurrence le président des États-Unis d’Amérique.

Quelle impression portez-vous sur la situation socio-économique au Sénégal, notre pays ?

Il est vrai que je ne suis pas un militant de l’Apr, le Président Macky Sall cependant est un homme courageux, il mérite mon encouragement alors je l’encourage et prie pour lui également. C’est le père de la nation. Mais les sénégalais attendent de leur président des actes concrets.

“ C’est le père de la nation ”, là c’est le citoyen qui parle, pas l’artiste engagé que vous êtes ?

( rires ).

“ Je difinis le developpement comme la collecte des evenements positifs d’une nation pendant une période de son histoire. Il nous faut des entreprises de construction citoyenne.”

Mais la conjoncture est telle que les jeunes sénégalais meurent par miliers sur la route de l’immigration clandestine ?

Je souhaite la prospérité à tous les fils du Sénégal. La prospérité ce n’est pas les murs de bétons ou les couches de goudron. C’est mental positif. Je définis le developpement comme la collecte des evenements positifs d’une nation pendant une période de son histoire. Il nous faut des entreprises de construction citoyenne. Pour notre développement humain. Si nous créons des routes et des bâtiments pharaoniques, et que notre système éducatif est dépassé parce que ne répondant plus aux besoins du marché de l’emploi, notre essor ne sera pas pour demain. Notre immersion économique devrait alors attendre des générations dont les ascendants directs n’ont pas encore vu le jour ( rires ).

Chingo est-il un cœur à prendre ou bien il a déjà passé la corde ?

( Rires ). Chingo est un homme marié.

Votre dernier mot ?

Le Sénégal de Cheikh Ahmadou Bamba, de Maodo Malick Sy, de Aline Sitoé et de Léopold Cédar Senghor, est un grand peuple, travaillons pour qu’il redevienne cette glorieuse grande nation. Pour que ces fils et filles prospèrent à jamais. Pour toujours.

Propos recueillis par Mamy Sow

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