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Après la condamnation de Khalifa Sall, quel avenir pour le socialisme ?

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La condamnation du maire de Dakar à cinq ans de prison fermes, si elle est définitive, va indubitablement porter un coup létal au Parti Socialiste dont il se réclame toujours. Un des ténors de cette formation pressenti pour remplacer Tanor, Khalifa Ababacar Sall risque d’emporter dans sa chute les espoirs de tous ceux qui jusque-là rêvaient d’un possible retour du socialisme ou du PS en particulier à la magistrature suprême.

Durant les cinq dernières années du Président Wade, Khalifa Sall apparaissait comme la deuxième personnalité politique du pays ou au moins de la capitale. En sa qualité de premier magistrat de la ville de Dakar, il était constamment sous les projecteurs et gagnait le cœur de nombre de Dakarois.

Ainsi apparaissait-il comme un sérieux adversaire du régime d’alors du fait de sa notoriété en tant que maire et principalement de son appartenance à un parti structuré et bien présent au niveau national. Avec Ousmane Tanor Dieng qui incarnait une « opposition républicaine », attitude dont beaucoup se glorifiaient, et un camarade influent sur le plan institutionnel car étant maire de Dakar, le Parti Socialiste avait à sa disposition d’importants arguments pour reconquérir le pouvoir.

 Bennoo Siggil Senegaal  Vs. «tout sauf Wade».

En sus de cela, avec l’Alliance des Forces de Progrès, les socialistes avaient à leur cause l’écrasante majorité de la Coalition Bennoo Siggil Senegaal et demeuraient une sérieuse alternative dans le « tout sauf Wade». Après douze ans d’opposition, les héritiers de Senghor auraient pu revenir au pouvoir si les démons qui les avaient divisés auparavant n’étaient pas revenus lors du choix du candidat de l’opposition regroupée autour de cette coalition. Et naturellement, la jalousie au sein de la maison socialiste avait abouti à la naissance de la coalition Bennoo Ak Tanor qui porta la candidature de ce dernier. Cette séparation, qui apparaissait comme une trahison envers cette importante frange du peuple qui croyait en eux, ne pourrait que profiter au troisième larron en l’occurrence la coalition « Macky 2012 ».

Le compagnonnage avec le Président Macky Sall qui s’inscrit dans le cadre du « gagner ensemble, gouverner ensemble » renferme en son sein des pièges quant au devenir des deux principales formations socialistes.

Tanor Vs. Khalifa  et Niasse Vs. Gackou

En effet, depuis 2012, le PS et l’AFP ne tiennent presque plus de meetings ou de tournées pour massifier leurs partis. Tous leurs faits et gestes visent strictement à renforcer la coalition présidentielle Bennoo Bokk Yaakaar et peut-être inconsciemment le parti au pouvoir. C’est ainsi qu’il faut apprécier la décision de Malick Gackou, alors membre de l’AFP, de ne pas conquérir la mairie de Guédiawaye qui était largement à sa portée.

Il faut y ajouter la mise à l’écart des deux principaux dauphins desdites parties dont leur standing de numéro 2 ne faisait l’objet d’aucun doute. Malick Gackou (AFP) et Khalifa Ababacar Sall (PS) manifestaient tous deux sinon leur volonté d’être candidat leur refus de se faire remorquer par le parti présidentiel. Et cette « rébellion » n’a jamais été du goût de leurs leaders respectifs et leur a valu à chacun d’eux un avis d’expulsion.

En se séparant de leurs numéros 2, Moustapha Niasse et Ousmane Tanor Dieng ont porté un coup de massue à leurs formations politiques. Ils ont choisi leur présent (préserver l’alliance avec l’APR) au détriment de l’avenir de leurs partis. D’ailleurs, il est clairement exprimé que leur candidat en 2019 demeure le président de la république. Et ce sera la première fois que le parti de Senghor s’abonne absent lors d’un rendez-vous électoral.

Le choix de se débarrasser de ces « rabat-joie » ainsi fait, permet certes de garder la cohésion au sein de Bennoo Bokk Yaakaar, mais freine l’élan du socialisme qui commençait à reprendre du poil de la bête. En réalité, cette appartenance à la majorité présidentielle permet de sauver les meubles pour le temps que durera le magistère du président Macky Sall. Tant qu’il sera au pouvoir, la question de la relève au sein des deux partis sera toujours différée mais tôt ou tard elle se fera.

Et si l’avenir appartient à Khalifa Sall et Malick Gackou

Après 2019 en effet, les présidents Moustapha Niasse et Ousmane Tanor Dieng ne pourront plus briguer la magistrature suprême car ils auront dépassé l’âge plafond pour être candidat. Ainsi seront-ils obligés de se faire remplacer.

Malheureusement pour eux, il sera difficile voire impossible de trouver des leaders de l’acabit de Malick Gackou et Khalifa Sall qui étaient plus connus que leurs autres camarades de partis. De ce fait, le socialisme restera relégué au second plan dans l’échiquier politique. La légitimité dont ils bénéficiaient pour avoir été maire de Dakar et président du Conseil Régional de Guédiawaye leur profiterait sans doute avec une base politique acquise à leur cause.

Au sein des deux appareils, on peut aujourd’hui constater que même s’il y a de très grands cadres, personne ne sort du lot pour pouvoir espérer remplacer sans contestation l’un ou l’autre secrétaire général. Au risque de me répéter, la mise en quarantaine de Gackou et Khalifa sert exclusivement les intérêts du libéralisme, idéologie à laquelle appartiendrait le président Macky Sall.

A y regarder de près, c’est l’histoire de la dislocation de la famille libérale qui bégaie encore et éclabousse les formations socialistes. Si le président Wade avait réussi à maintenir sous ses ailes Idrissa Seck et Macky Sall pour l’intérêt supérieur de son parti, le PDS aurait certainement une plus grande longévité à la tête du pays et la relève serait assurée sans coup férir.

Socialisme en perte d’influence 

C’est probablement fort de ce constat de perte d’influence du socialisme que le Secrétaire Général de l’URD, Diégane SENE, dit son intention de travailler pour les retrouvailles de la famille socialiste. Il sera tout de même difficile puisque cette même URD a participé à la défaite du président Diouf lors de l’élection présidentielle de 2000.

Mais là n’est pas le plus gros problème. Comment fera-t-il pour réconcilier Ousmane Tanor et Moustapha Niasse (faiseur de roi pour le président Wade face à Diouf en 2000) si l’on sait que tous deux sont comptables de la dislocation de la famille socialiste qui s’était réunie grâce à la coalition Bennoo Siggil Senegaal ? Parce que tout simplement, beaucoup de différends opposent ces deux leaders qui n’ont de dénominateur commun que la volonté de travailler pour le président Macky Sall.

Aussi longtemps que durera ce partenariat gagnant-gagnant avec l’Alliance Pour la République, les questions fondamentales liées à la massification et à la succession au sein des partis d’idéologie socialiste seront toujours différées au lendemain. Il est seulement important de souligner que différer un problème n’est jamais le résoudre et peut même contribuer à sa chronicité.

Par Ababacar GAYE/senenews

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